Le 25ème sommet ordinaire de la Communauté de l’Afrique de l’Est marque un tournant décisif avec le lancement attendu du EAC Customs Bond, une garantie douanière régionale sans précédent.
Arusha (Tanzanie), le 7 mars 2026 — Sous le ciel bleu d’Arusha, aux pieds du Kilimandjaro, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) se retrouvent ce vendredi pour leur 25ème sommet ordinaire, dans le cadre majestueux du siège de l’organisation panafricaine. Une édition qui s’annonce, selon plusieurs sources diplomatiques, comme l’une des plus décisives depuis la refondation du bloc régional en 2000. Au cÅ“ur des débats : l’approfondissement de l’intégration économique et, surtout, le lancement officiel du très attendu EAC Customs Bond, une innovation majeure dans l’architecture commerciale du continent africain.
Arusha, capitale symbolique d’une ambition continentale
La ville tanzanienne n’est pas choisie par hasard. Depuis des décennies, Arusha est bien plus qu’un simple siège administratif : elle est le cÅ“ur battant de l’intégration est-africaine, le lieu où se forge, sommet après sommet, le destin partagé de plus de 300 millions d’habitants répartis sur huit États membres le Burundi, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Rwanda, la Somalie, le Soudan du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda.
Le 25ème sommet ordinaire réunit ainsi des dirigeants aux agendas parfois divergents, mais unis par une conviction commune : la prospérité de la région ne se construira qu’en commun. Le contexte géopolitique tensions sécuritaires persistantes à l’Est de la RDC, pressions économiques mondiales, instabilité des chaînes d’approvisionnement post-pandémiques donne à cette rencontre une résonance particulière.
Le EAC Customs Bond : une révolution silencieuse pour le commerce régional
L’annonce la plus attendue de ce sommet est indéniablement le lancement officiel du EAC Customs Bond, un mécanisme de garantie douanière régionale unique en son genre sur le continent africain. Concrètement, cet instrument permettra aux opérateurs économiques de ne fournir qu’une caution douanière unique, valable sur l’ensemble du territoire de l’EAC, en lieu et place de multiples garanties nationales exigées à chaque frontière traversée.
Jusqu’à présent, un commerçant transportant des marchandises du port de Mombasa (Kenya) jusqu’à Kampala (Ouganda), voire à Kigali (Rwanda), devait constituer des garanties financières distinctes auprès des autorités douanières de chaque pays de transit. Un système non seulement coûteux, mais chronophage, source de retards considérables aux postes frontières et facteur d’insécurité juridique pour les entreprises.
Le EAC Customs Bond entend mettre fin à cet archaïsme administratif. En mutualisant les garanties au sein d’un cadre régional harmonisé, le mécanisme vise à réduire les coûts de transaction, à accélérer les délais de dédouanement et, in fine, à stimuler les échanges intra-régionaux qui demeurent encore en deçà de leur potentiel. Selon les estimations préliminaires de la Commission de l’EAC, le commerce intra-régional ne représente aujourd’hui qu’environ 15% du total des échanges de la zone, un chiffre nettement inférieur à celui de l’Union européenne ou même de l’ASEAN.
Un agenda chargé pour un bloc en pleine mutation
Au-delà du Customs Bond, le sommet abordera plusieurs dossiers structurants. La question de l’union monétaire, régulièrement repoussée en raison des disparités macroéconomiques entre États membres, devrait faire l’objet d’un état des lieux actualisé. Les dirigeants discuteront également des progrès réalisés dans la mise en Å“uvre du marché commun, notamment en matière de libre circulation des personnes et des capitaux.
La sécurité régionale figure aussi en bonne place à l’ordre du jour, dans un contexte où la persistance des groupes armés dans l’est de la RDC continue de fragiliser la stabilité de toute la sous-région et d’entraver les investissements. Plusieurs délégations plaideront pour un renforcement du mécanisme de force régionale déployée depuis 2022.
Enfin, la question du financement de l’organisation les arriérés de contributions de certains États membres étant régulièrement pointés du doigt pourrait donner lieu à des discussions tendues en marge du sommet officiel.
Des attentes fortes de la société civile et du secteur privé
Du côté de la société civile et du monde des affaires, les attentes sont immenses. Les fédérations d’entreprises est-africaines, réunies au sein du East African Business Council (EABC), ont transmis aux chefs d’État un mémorandum appelant à une accélération concrète des réformes. Parmi leurs revendications : la numérisation des procédures douanières, la suppression des barrières non tarifaires qui continuent de gangréner le commerce régional, et une meilleure protection des investissements transfrontaliers.
« Le Customs Bond est une excellente nouvelle, mais il ne sera efficace que s’il s’accompagne d’une volonté politique ferme de supprimer les checkpoints illégaux et les pratiques informelles aux frontières », nuance un représentant du secteur privé kényan, sous couvert d’anonymat.
Un sommet sous les projecteurs continentaux
La communauté internationale observe avec attention cette réunion, dans un contexte où l’entrée en vigueur progressive de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) redessine les dynamiques commerciales à l’échelle du continent. L’EAC, bloc pionnier en matière d’intégration régionale, est perçue comme un laboratoire dont les succès et les échecs influenceront les autres communautés économiques régionales.
À Arusha, dans les couloirs feutrés du siège de l’EAC, l’optimisme est de mise. Mais les diplomates chevronnés rappellent, avec la sagesse qu’imposent vingt-cinq sommets d’expérience, que la distance entre les déclarations et les actes a souvent constitué le principal obstacle à l’intégration est-africaine. Le vrai test du 25ème sommet se mesurera, comme toujours, à l’aune de la mise en Å“uvre effective des engagements pris.

