Bangui, le 30 avril 2026— Il y a des fins qui ressemblent Ă des commencements. Ce jeudi 30 avril 2026, dans une atmosphère Ă la fois solennelle et empreinte d’une certaine nostalgie, l’AssemblĂ©e nationale de la RĂ©publique Centrafricaine a tirĂ© le rideau sur la septième lĂ©gislature — cinq annĂ©es d’un mandat exercĂ© dans l’un des contextes les plus exigeants qu’un parlement africain puisse traverser.
La cĂ©rĂ©monie de clĂ´ture s’est dĂ©roulĂ©e en prĂ©sence du corps diplomatique, des membres du gouvernement et des reprĂ©sentants des institutions rĂ©publicaines — un parterre qui tĂ©moigne de l’importance symbolique de ce moment pour la vie institutionnelle centrafricaine. L’ambiance, conviviale selon les participants, n’a pas effacĂ© le poids du bilan Ă dresser ni l’ampleur des attentes qui pèsent sur la prochaine lĂ©gislature.
Soixante lois, cinq ans, un bilan Ă nuancer
LancĂ©e le 3 mars dernier, la première session ordinaire de l’AssemblĂ©e nationale de l’annĂ©e 2026 s’est achevĂ©e aujourd’hui, marquant du mĂŞme coup la fin officielle du mandat des dĂ©putĂ©s de la 7e lĂ©gislature — Ă©lus en 2021, dans un pays qui sortait Ă peine de l’une des crises sĂ©curitaires les plus graves de son histoire rĂ©cente.
Le bilan lĂ©gislatif est lĂ : une soixantaine de lois adoptĂ©es, toutes promulguĂ©es par le prĂ©sident de la RĂ©publique, le gĂ©nĂ©ral Faustin-Archange TouadĂ©ra. Ces textes couvrent des domaines aussi variĂ©s que la gestion des finances publiques, l’organisation territoriale, la sĂ©curitĂ©, et les grandes rĂ©formes sociales engagĂ©es dans le cadre de la 7e RĂ©publique.
Les dĂ©putĂ©s ont Ă©galement exercĂ© leur fonction de contrĂ´le de l’action gouvernementale, interpellant le gouvernement plus d’une dizaine de fois sur des sujets brĂ»lants — une activitĂ© qui, mĂŞme modeste au regard des standards parlementaires internationaux, reprĂ©sente un signal positif dans un pays oĂą la culture du dĂ©bat institutionnel est encore en construction.
140 élus en 2021, une quarantaine au rendez-vous des adieux
Mais c’est un autre chiffre qui retient l’attention — et qui mĂ©rite qu’on s’y arrĂŞte sans complaisance. Ils Ă©taient 140 dĂ©putĂ©s Ă prĂŞter serment en 2021, la main levĂ©e, la voix ferme, face Ă une nation qui plaçait en eux ses espoirs de reprĂ©sentation et de dĂ©bat dĂ©mocratique.
Ce jeudi, Ă la cĂ©rĂ©monie d’adieux Ă leur propre mandat, une quarantaine seulement ont fait le dĂ©placement.
Ce chiffre ne doit pas ĂŞtre noyĂ© dans les discours de clĂ´ture. Il dit quelque chose — sur l’absentĂ©isme chronique qui a Ă©maillĂ© cette lĂ©gislature, sur les conditions d’exercice du mandat parlementaire en Centrafrique, sur le fossĂ© parfois bĂ©ant entre la reprĂ©sentation thĂ©orique du peuple et sa traduction concrète dans les travĂ©es de l’hĂ©micycle.
La 8e lĂ©gislature devra rĂ©pondre Ă cette question fondamentale : comment redonner au mandat de dĂ©putĂ© sa dignitĂ©, sa rigueur et sa visibilitĂ© aux yeux d’un peuple qui a besoin de croire en ses institutions ?
La 8e législature aux portes
L’avenir, lui, ne s’attarde pas. Selon une source interne Ă l’AssemblĂ©e nationale, la 8e lĂ©gislature dĂ©butera officiellement ses activitĂ©s dès mercredi prochain. Les nouveaux Ă©lus, issus des dernières consultations Ă©lectorales, hĂ©riteront d’une institution fragilisĂ©e mais debout — et d’un pays qui attend d’eux davantage que de la prĂ©sence protocolaire.
Les dĂ©fis sont connus : une situation sĂ©curitaire encore tendue dans plusieurs prĂ©fectures, une pression du FMI sur les finances publiques, une jeunesse qui doute de la capacitĂ© de l’État Ă la protĂ©ger et Ă lui offrir un avenir digne, une diaspora qui interpelle, une presse qui surveille.
La 7e lĂ©gislature a posĂ© des briques. Certaines solides, d’autres fragiles. Elle a fonctionnĂ© dans des conditions que peu de parlements au monde ont connues — insĂ©curitĂ©, pandĂ©mie, crise Ă©conomique, pression gĂ©opolitique. Cela mĂ©rite d’ĂŞtre dit.
Mais elle laisse aussi derrière elle des questions sans rĂ©ponse, des interpellations sans suite, des lois adoptĂ©es dont l’application sur le terrain reste Ă vĂ©rifier. Et surtout, elle laisse le souvenir d’une chambre souvent peu garnie — oĂą les absents avaient peut-ĂŞtre dĂ©jĂ gagnĂ©.
Ce que la 8e législature doit être
Afrique en Plus salue le travail accompli par ceux qui ont honorĂ© leur mandat avec sĂ©rieux. Et nous adressons dès aujourd’hui, Ă ceux qui s’apprĂŞtent Ă prendre leur place, un message sans dĂ©tour.
Le peuple centrafricain n’a pas besoin de 140 noms sur une liste. Il a besoin de 140 reprĂ©sentants prĂ©sents, actifs, courageux — capables d’interroger le gouvernement quand il le faut, de voter les lois avec discernement, de dĂ©fendre les intĂ©rĂŞts de leurs circonscriptions avec la constance que le mandat exige.
La démocratie centrafricaine ne se construira pas dans les discours de clôture. Elle se construira dans la régularité des sessions, dans la qualité des débats, dans la capacité du Parlement à dire non quand il le faut — et à dire oui quand le pays en a besoin.
La 7e lĂ©gislature s’achève. La 8e commence. Le peuple centrafricain, lui, continue d’attendre.

