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BOUAR — À quelques jours du premier tour de la présidentielle centrafricaine, prévu le 28 décembre, le candidat d’opposition Anicet-Georges Dologuélé s’est vu interdire un meeting et la liberté de mouvement, dans une série d’obstacles qu’il dénonce comme des manœuvres du régime pour le museler.

Les incidents de Bouar sont survenus dans un contexte où les mercenaires russes du groupe Wagner mènent, selon des témoignages, une violente campagne d’intimidation dans les zones rurales en faveur du président sortant Faustin-Archange Touadéra. Cette atmosphère rappelle les heures sombres des guerres civiles passées et pose une question cruciale : la démocratie en Centrafrique peut-elle éviter un nouveau cycle de violence ?

Un meeting empêché et un avion cloué au sol

Ce matin à Bouar, les partisans d’Anicet-Georges Dologuélé, candidat de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), se sont retrouvés devant un stade fermé et inaccessible. Selon plusieurs sources, les autorités locales ont refusé de lui délivrer l’autorisation nécessaire pour tenir son rassemblement.

Plus grave encore, l’ancien Premier ministre (1999-2001) s’est vu refuser le droit de décoller dans son avion pour se rendre à sa prochaine étape de campagne. Cette entrave à sa liberté de circulation n’est pas une première.

En mars 2021, les autorités lui avaient déjà refusé de quitter le territoire pour se faire soigner à Paris, une décision qui avait été dénoncée par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Un catalogue d’obstacles dénoncé par l’opposant

Ces événements s’inscrivent dans une longue liste de tracasseries que Dologuélé attribue à une vendetta personnelle du président Touadéra. Dans une lettre incendiaire datée du 14 octobre 2025, il a détaillé une décennie de ce qu’il qualifie de « persécutions systématiques », allant de tentatives d’implication dans des affaires judiciaires à la confiscation de son passeport.

La dernière manœuvre en date, avant les incidents de Bouar, fut une tentative des autorités de déclarer l’opposant « apatride » en lui notifiant qu’il avait « perdu la nationalité centrafricaine ». Une procédure que Dologuélé a violemment contestée, rappelant qu’il avait officiellement renoncé à sa nationalité française fin septembre 2025 pour se conformer à la nouvelle Constitution, qui interdit aux binationaux de se présenter. Sa candidature a finalement été validée par le Conseil constitutionnel.

Le spectre de l’intimidation et de la guerre civile

La tension actuelle résonne douloureusement avec l’histoire récente du pays. Entre 2013 et 2018, la République Centrafricaine a été ravagée par une troisième guerre civile. Les combats entre la coalition rebelle Séléka et les milices d’auto-défense anti-balaka ont fait environ 3 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes.

Aujourd’hui, alors que le souvenir de ces violences est encore vif, des rapports font état d’une campagne de peur orchestrée par les mercenaires russes de Wagner, alliés du pouvoir. Dans la région de Nana-Mambéré, notamment autour de Bouar, ces mercenaires parcourraient les villages avec d’anciens rebelles du groupe 3R pour menacer les populations : si elles ne votent pas pour Touadéra, leurs habitations seront incendiées.

Une démocratie à l’épreuve

Le régime du président Touadéra, au pouvoir depuis 2016 et qui a fait adopter une nouvelle Constitution lui permettant de briguer un troisième mandat, est régulièrement accusé d’étouffer l’opposition. Les arrestations de figures dissidentes, comme le député Dominique Yandocka, sont dénoncées comme des méthodes d’intimidation arbitraire.

Face à ces pressions, l’opposition est divisée entre les partisans du boycott, regroupés au sein du Bloc républicain pour la défense de la constitution (BRDC), et ceux qui, comme Dologuélé, ont choisi de participer au scrutin pour « démasquer la tyrannie ». Dans une métaphore révélatrice, Dologuélé avait récemment déclaré qu’il était impossible de jouer un match de football « quand on sait que les arbitres sont biaisés ».

L’empêchement de son meeting à Bouar et l’immobilisation de son avion ce matin semblent confirmer ses craintes. Ils posent une question fondamentale pour l’avenir de la Centrafrique : un processus électoral entaché d’intimidations et d’entraves aux libertés fondamentales peut-il déboucher sur une paix durable, ou risque-t-il au contraire de rallumer les braises d’un conflit que le pays paie encore aujourd’hui ?

Les Centrafricains, dont un sur quatre a été réfugié ou déplacé au cours de sa vie, disent avant tout aspirer à la paix. Leur réponse, dans les urnes ou dans la rue, déterminera si la démocratie, même imparfaite, peut-être une alternative à la guerre civile.

Une réflexion sur “ Intimidation en campagne : l’opposant Dologuélé empêché de tenir meeting à Bouar, son avion cloué au sol

  1. Tout ce que ce passe la n’est pas normal tout le monde a la droite de faire ce que il doit a faire nous sommes actuellement au moment de campagne Électorale pourquoi tout cet interdiction la. Je ne vois pas la bonne marche de ce Élections groupe la

Répondre à Mandjakette Patrick Jérôme Annuler la réponse

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