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Ils sont venus de YaoundĂ© avec des mallettes, des PowerPoint et des promesses. Ils sont repartis avec des milliards. La RĂ©publique Centrafricaine, sous le regard impuissant — ou complice — d’une prĂ©sidence aveuglĂ©e par la confiance, est devenue le terrain de chasse favori d’un rĂ©seau camerounais d’aventuriers financiers. Notre rĂ©daction rĂ©vèle les dessous d’un pillage organisĂ© qui dĂ©passe la simple escroquerie : c’est un système. Et ce système a un nom.

Bangui le 10 mai 2026— Ce week-end, les rĂ©seaux sociaux centrafricains ont pris feu. Non pas Ă  cause d’une attaque armĂ©e, ni d’un coup de force politique. Mais Ă  cause d’un live. Celui d’un Camerounais — le journaliste RĂ©my Ngono — qui a osĂ© dire tout haut ce que beaucoup Ă  Bangui murmurent depuis des mois dans les couloirs du palais de la Renaissance. Des noms. Des chiffres. Un mĂ©canisme. Et au bout de ce mĂ©canisme : un trou bĂ©ant dans les finances de l’État centrafricain, estimĂ© Ă  cinquante milliards de francs CFA. Cinquante milliards. Disparus. SiphonnĂ©s. Et personne, au sommet de l’État, n’avait encore jugĂ© utile d’en parler.

Le personnage central de ce scandale s’appelle AimĂ© Parfait Simb. Camerounais. Bien introduit. Bien habillĂ©. Bien parlant. C’est prĂ©cisĂ©ment ce triptyque — origine, rĂ©seau, Ă©loquence — qui lui a ouvert les portes du saint des saints : les cercles de dĂ©cision de la prĂ©sidence centrafricaine. Il n’a pas forcĂ© les grilles. On les lui a ouvertes. Et lĂ  rĂ©side le vĂ©ritable scandale.

« Cinquante milliards. Pas un audit. Pas une caution. Pas une vĂ©rification. Juste une poignĂ©e de main et une confiance aveugle qui a coĂ»tĂ© Ă  la RĂ©publique Centrafricaine l’Ă©quivalent d’une annĂ©e de budget de la santĂ© publique. »

L’homme qui valait 50 milliards : portrait d’un prĂ©dateur bien reçu

AimĂ© Parfait Simb n’est pas un escroc de bas Ă©tage. Il appartient Ă  une catĂ©gorie beaucoup plus redoutable : celle des prĂ©dateurs financiers qui prospèrent non pas malgrĂ© les institutions, mais grâce Ă  elles. Son arme n’est pas la violence. C’est la crĂ©dibilitĂ© empruntĂ©e, la recommandation glissĂ©e dans la bonne oreille, le dossier qui tient juste assez longtemps pour que l’argent soit dĂ©jĂ  parti.

Selon nos informations, Simb a Ă©tĂ© introduit dans les cercles prĂ©sidentiels centrafricains sous couvert de « conseil stratĂ©gique » et de « facilitation de partenariats financiers ». Une formule suffisamment vague pour tout recouvrir et suffisamment sĂ©rieuse pour ne pas ĂŞtre remise en question. Ă€ Bangui, il a Ă©tĂ© logĂ© aux frais de l’État, reçu Ă  la table des dĂ©cideurs, inclus dans des rĂ©unions oĂą se discutaient des contrats sensibles. Jamais un audit prĂ©alable. Jamais une vĂ©rification de ses rĂ©fĂ©rences. Jamais une due diligence digne de ce nom.

Pourquoi ? La rĂ©ponse d’une source interne Ă  la prĂ©sidence est glaçante de simplicitĂ© : Â« Il avait le profil. Il parlait bien. Il venait de YaoundĂ©. » C’est tout. Cinquante milliards de francs CFA sur la foi d’un accent et d’un costume.

Un système, pas un accident : la kleptocratie sous influence étrangère

VoilĂ  ce que notre rĂ©daction tient Ă  Ă©tablir clairement, car c’est lĂ  que l’affaire Simb cesse d’ĂŞtre un fait divers pour devenir un fait d’État : Simb n’est pas une anomalie. Il est la partie Ă©mergĂ©e d’un iceberg dont la masse sous-marine est beaucoup plus imposante.

Depuis plusieurs annĂ©es, un rĂ©seau discret mais structurĂ© de conseillers, facilitateurs et gestionnaires camerounais a progressivement infiltrĂ© les rouages sensibles de l’État centrafricain. Leurs titres changent, leurs visages aussi, mais la mĂ©thode reste la mĂŞme : s’installer dans les espaces de confiance, capter les marchĂ©s publics, orienter les fonds spĂ©ciaux, et disparaĂ®tre avant que les comptes soient prĂ©sentĂ©s.

Anatomie d’un rĂ©seau prĂ©dateur

🔹 Des conseillers prĂ©sidentiels sans transparence sur leur rĂ©munĂ©ration rĂ©elle ni sur leur mandat prĂ©cis, gravitant autour des dĂ©cisions budgĂ©taires sensibles.

🔹 Des gestionnaires de fonds spĂ©ciaux dont les traces bancaires, selon nos sources, remontent Ă  des comptes domiciliĂ©s Ă  Douala et Ă  YaoundĂ©.

🔹 Des « facilitateurs » de marchĂ©s publics ne maĂ®trisant ni le sango ni le code centrafricain des marchĂ©s, mais disposant d’un accès direct aux ministères rĂ©galiens.

🔹 Des cabinets d’influence fantĂ´mes, enregistrĂ©s en dehors du territoire centrafricain, facturant des prestations impossibles Ă  contrĂ´ler ni Ă  auditer.

Pendant ce temps, Ă  YaoundĂ©, certains rentrent exhiber des villas construites en quelques mois et des vĂ©hicules de luxe dont aucun salaire officiel ne saurait expliquer l’achat. Pendant ce temps, le Centrafricain ordinaire dĂ©bat du prix du carburant et compte les jours entre deux livraisons d’aide humanitaire. Le contraste est indĂ©cent. L’injustice est systĂ©mique.

RĂ©my Ngono ou l’ironie amère d’une vĂ©ritĂ© venue d’ailleurs

Il faut s’arrĂŞter un instant sur la dimension proprement humiliante de cette affaire. Ce n’est pas un dĂ©putĂ© centrafricain qui a dĂ©noncĂ© le scandale. Ce n’est pas un ministre, ni un magistrat, ni un lanceur d’alerte issu de la sociĂ©tĂ© civile de Bangui. C’est un journaliste camerounais — RĂ©my Ngono — qui, depuis sa plateforme numĂ©rique, a brisĂ© le silence que tout Bangui observait.

Ce n’est pas un dĂ©tail. C’est un aveu. L’aveu d’une presse centrafricaine muselĂ©e ou intimidĂ©e. L’aveu d’institutions de contrĂ´le inexistantes ou neutralisĂ©es. L’aveu, surtout, d’une classe politique locale incapable ou peu dĂ©sireuse de mordre la main qui la nourrit — fĂ»t-elle camerounaise. Quand la vĂ©ritĂ© sur un pays doit venir de l’extĂ©rieur de ce pays, c’est que quelque chose d’essentiel est cassĂ© Ă  l’intĂ©rieur.

Et ce que rĂ©vèle Ngono dans son live viral n’est pas seulement un scandale financier. C’est le portrait d’une prĂ©sidence qui a transformĂ© la confiance — valeur cardinale dans toute relation humaine — en faiblesse exploitable. Une confiance sans garde-fous. Une confiance sans contrĂ´le. Une confiance qui, en politique, s’appelle autrement : naĂŻvetĂ© coupable, ou complicitĂ© passive.

« Ce n’est pas la RCA qui a choisi le Cameroun. Ce sont certains Camerounais qui ont choisi de faire de la RCA leur territoire d’impunitĂ©. Et Bangui les a laissĂ©s faire. »

La responsabilité de Touadéra : entre aveuglement et défaillance de gouvernance

Soyons prĂ©cis, car la prĂ©cision est ici une exigence morale. Accuser TouadĂ©ra d’avoir personnellement organisĂ© le pillage serait inexact en l’Ă©tat des preuves disponibles. Mais absoudre la prĂ©sidence de toute responsabilitĂ© serait d’une malhonnĂŞtetĂ© intellectuelle tout aussi inacceptable.

Un chef d’État est responsable de ceux qu’il nomme. Il est responsable des systèmes de contrĂ´le qu’il met — ou ne met pas — en place. Il est responsable du climat de gouvernance qui règne dans ses cercles rapprochĂ©s. Or, ce que l’affaire Simb rĂ©vèle, c’est l’absence totale de filtres, de procĂ©dures de vĂ©rification, d’organes indĂ©pendants capables d’alerter avant que l’argent ne disparaisse. Un État sĂ©rieux ne donne pas accès Ă  ses fonds spĂ©ciaux sur la foi d’une bonne impression lors d’un premier dĂ©jeuner.

La question posĂ©e au prĂ©sident TouadĂ©ra n’est donc pas : Â« Avez-vous volĂ© ? » La question est : Â« Pourquoi avez-vous laissĂ© voler ? » Et cette question-lĂ  mĂ©rite une rĂ©ponse publique, devant les Centrafricains, pas un communiquĂ© de presse rĂ©digĂ© par le mĂŞme cabinet d’influence qui a peut-ĂŞtre prospĂ©rĂ© sous votre toit.

Ce que notre rédaction exige — sans délai ni détour

Saisine immĂ©diate de la Cellule nationale de renseignement financier doit ĂŞtre mandatĂ©e pour tracer l’intĂ©gralitĂ© des flux liĂ©s aux 50 milliards impliquĂ©s dans l’affaire Simb, remonter les chaĂ®nes bancaires jusqu’aux comptes bĂ©nĂ©ficiaires, et identifier les complices internes.

Audit indĂ©pendant de tous les conseillers Ă©trangers Tout ressortissant Ă©tranger disposant d’un accès aux fonds publics, aux marchĂ©s rĂ©galiens ou aux dĂ©cisions budgĂ©taires doit faire l’objet d’un audit immĂ©diat de ses rĂ©fĂ©rences, de sa rĂ©munĂ©ration et de la traçabilitĂ© de ses prestations.

EnquĂŞte parlementaire sur les cabinets d’influence Ă©trangers L’assemblĂ©e nationale centrafricaine doit constituer une commission d’enquĂŞte sur la prĂ©sence et le rĂ´le des officines camerounaises infiltrĂ©es dans les ministères sensibles. Cette commission doit rendre ses conclusions publiquement.

Publication intĂ©grale des contrats sensibles Tout contrat signĂ© avec une entitĂ© Ă©trangère — personne physique ou morale — pour un montant supĂ©rieur Ă  500 millions de FCFA doit ĂŞtre rendu public dans un dĂ©lai de trente jours. La transparence n’est pas une option : c’est une obligation rĂ©publicaine.

Ce que la République Centrafricaine ne peut plus se permettre

Il y a, dans cette affaire, une dimension qui dĂ©passe les chiffres et les noms. Elle touche Ă  l’identitĂ© mĂŞme d’un État. La RĂ©publique Centrafricaine a payĂ©, depuis son indĂ©pendance, un prix incalculable en sang, en pauvretĂ© et en dignitĂ© bafouĂ©e. Ce peuple — rĂ©silient, fier, debout malgrĂ© tout — mĂ©rite un État qui le dĂ©fend, pas un État qui ouvre ses caisses Ă  quiconque se prĂ©sente avec un discours bien rodĂ© et un passeport d’un pays voisin.

ĂŠtre la risĂ©e de la sous-rĂ©gion — voir des mèmes circuler sur les rĂ©seaux sociaux camerounais sur « la naĂŻvetĂ© de nos dirigeants » — c’est une humiliation collective. Ce n’est pas l’humiliation d’un prĂ©sident. C’est celle d’un peuple entier. Et cette humiliation-lĂ , contrairement aux milliards envolĂ©s, ne se rĂ©cupère pas par un audit.

Ce que notre rĂ©daction demande, au fond, est simple. Pas de la vengeance. Pas de l’agitation politique. Mais la vĂ©ritĂ© — toute la vĂ©ritĂ© — sur ce qui s’est passĂ© dans les cercles du pouvoir centrafricain. Et la certitude que cela ne se reproduira plus. La RĂ©publique Centrafricaine n’est pas Ă  vendre. Elle n’est pas un terrain de jeu pour aventuriers financiers. Elle n’est pas le buffet libre de ceux qui arrivent de YaoundĂ© avec une mallette et repartent avec un empire. Elle est une nation. Et les nations, quand elles se rĂ©veillent, rĂ©clament des comptes. Ce rĂ©veil a commencĂ© ce week-end. Il ne s’arrĂŞtera pas.

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