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Il voulait faire le ménage. Il a fini par balayer devant sa propre porte. Retour sur une affaire qui résume, à elle seule, toutes les contradictions du système centrafricain.

Bangui, le 15 avril 2026 – Dans les couloirs feutrĂ©s de l’ONASPORT, un homme a repris sa chaise, son bureau, et son pouvoir. Discrètement. Sans fanfare. Sans justification. HervĂ© Lidamon, le Directeur GĂ©nĂ©ral de l’Office national de promotion et de gestion des infrastructures sportives, est de retour. Comme si rien ne s’Ă©tait passĂ©. Comme si les arrĂŞtĂ©s, les discours tonitruants et les promesses de « mise au pas » n’avaient jamais existĂ©.

Pour son ministre de tutelle, HĂ©ritier Doneng, c’est plus qu’un camouflet. C’est une gifle politique, administrĂ©e en silence, et qui fait d’autant plus mal qu’elle est publique.

« Je vais le renvoyer » : la promesse qui a mal vieilli

Revenons au 9 mars 2026. Ce jour-lĂ , le ministre Doneng signe un arrĂŞtĂ© de suspension contre HervĂ© Lidamon avec une solennitĂ© calculĂ©e, celle de l’homme qui veut marquer les esprits. Les griefs sont lourds, documentĂ©s, et difficilement contestables : dĂ©gradation avĂ©rĂ©e du patrimoine sportif national, transformation sauvage des espaces du complexe BarthĂ©lemy Boganda en marchĂ©s informels, contrats opaques signĂ©s dans l’ombre, et insubordination caractĂ©risĂ©e vis-Ă -vis de la tutelle ministĂ©rielle.

Devant les micros, Doneng ne tergiverse pas. La formule claque : « Il faut mettre fin Ă  l’irresponsabilitĂ© et arrĂŞter l’hĂ©morragie. » Un intĂ©rimaire est nommĂ© dans la foulĂ©e — Christian Francial Malessandji — et l’opinion publique, ulcĂ©rĂ©e par l’Ă©tat de dĂ©labrement du stade national, applaudit des deux mains.

Le dossier semblait plié. Lidamon, lui, semblait cuit.

Le trou noir : six semaines de silence assourdissant

Sauf que. Sauf que les semaines ont passĂ©. Et avec elles, les promesses. L’audit indĂ©pendant annoncĂ© en grande pompe ? Introuvable. L’enquĂŞte pĂ©nale brandie comme un couperet ? ÉvaporĂ©e. Les suites judiciaires promises Ă  qui voulait l’entendre ? RĂ©duites Ă  nĂ©ant.

Et puis, un matin, HervĂ© Lidamon a simplement rĂ©apparu dans son bureau. Sans ordonnance de rĂ©intĂ©gration rendue publique. Sans communiquĂ© officiel. Sans la moindre explication Ă  l’opinion pourtant directement concernĂ©e. Un retour fantĂ´me, furtif, presque indĂ©cent — mais terriblement efficace.

La question qui brĂ»le les lèvres de tous ceux qui ont suivi l’affaire est dĂ©sormais simple et cinglante : qui a fait plier le ministre ?

Un homme aux neuf vies : le profil Lidamon

Pour comprendre ce come-back improbable, il faut d’abord comprendre qui est HervĂ© Lidamon. Pas un fonctionnaire lambda. Pas un technocrate remplaçable Ă  merci.

Selon des informations relayĂ©es par nos confrères de Radio Ndeke Luka, son contrat de cinq ans — renouvelable une seule fois — aurait expirĂ© depuis plus de deux ans au moment mĂŞme de sa suspension. Ce dĂ©tail, en apparence technique, est en rĂ©alitĂ© explosif : Lidamon dirigeait l’ONASPORT dans un vide juridique patent, et personne, dans la chaĂ®ne hiĂ©rarchique, n’avait jugĂ© utile d’y mettre fin.

Pourquoi ? Parce qu’il a des appuis. Parce que derrière cet homme, il y a des intĂ©rĂŞts bien enracinĂ©s : des contrats juteux, des occupants d’espaces sportifs qui tiennent Ă  leurs « marchĂ©s informels » comme Ă  la prunelle de leurs yeux, et, très probablement, des soutiens nichĂ©s Ă  des Ă©tages du pouvoir que le ministre Doneng n’a pas eu le bras assez long pour atteindre.

La loi des couloirs : quand la politique dévore les arrêtés

La politique centrafricaine a ses règles non Ă©crites, et l’une d’elles est implacable : les dĂ©cisions qui dĂ©rangent les puissants ne survivent pas toujours Ă  l’Ă©preuve du couloir.

Le ministre Doneng a voulu jouer les gros bras. Il s’est retrouvĂ© face Ă  un bloc d’intĂ©rĂŞts autrement plus massif. La rĂ©habilitation de Lidamon — car c’est bien de cela qu’il s’agit, qu’on l’appelle ou non ainsi — n’a pas eu besoin d’une signature officielle. Elle s’est faite dans le silence, avec la complicitĂ© de l’inaction, et au mĂ©pris des centrafricains qui espĂ©raient enfin voir leurs infrastructures sportives respectĂ©es.

Ce retour n’est pas une victoire juridique pour Lidamon. C’est un aveu politique pour Doneng : celui d’un ministre qui n’a pas eu les reins assez solides pour aller jusqu’au bout d’une dĂ©cision qu’il avait lui-mĂŞme prise, devant tĂ©moins, devant camĂ©ras, devant le peuple.

Le silence du ministre vaut tous les discours

Afrique en Plus a tentĂ© Ă  plusieurs reprises de joindre le cabinet du ministre HĂ©ritier Doneng pour obtenir une rĂ©action officielle sur ce retour non expliquĂ©. Silence radio total. Aucun communiquĂ©. Aucune confĂ©rence de presse. Aucun mot d’explication Ă  l’endroit des Centrafricains qui avaient, pour une fois, cru en une volontĂ© politique rĂ©elle de faire le mĂ©nage.

Ce silence-là est une réponse en soi.

Celui qui avait promis d' »arrĂŞter l’hĂ©morragie » regarde aujourd’hui, les bras ballants, la mĂŞme Ă©quipe reprendre les commandes d’un navire qu’elle a contribuĂ© Ă  saborder. Le stade BarthĂ©lemy Boganda, lui, continue de tomber en ruine. Les marchands informels, eux, n’ont probablement pas bougĂ© d’un centimètre.

Et Hervé Lidamon, lui, est dans son bureau.

Comme si de rien n’Ă©tait.

— La RĂ©daction d’Afrique en Plus reste ouverte Ă  toute rĂ©action officielle du ministre HĂ©ritier Doneng, de son cabinet, ou de la direction de l’ONASPORT. Nos colonnes leur sont accessibles.

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