Il avait un casier judiciaire dans trois pays, 300 000 victimes à travers le monde, et un mandat Interpol sur le dos. Il a pourtant été accueilli au palais de la Renaissance de Bangui comme un investisseur de premier plan. La clé de cette énigme tient en un mot : Moscou. Notre cellule d’investigation révèle comment Aimé Parfait Simb, parrainé par les services russes, a méthodiquement infiltré les institutions centrafricaines — et pourquoi l’État a fermé les yeux.
Bangui le 11 mai 2026—Pour comprendre comment Aimé Parfait Simb a pu pénétrer les sphères les plus sensibles de l’État centrafricain, il faut d’abord comprendre une règle d’or de la géopolitique des régimes fragiles : quand un pays dépend d’une puissance étrangère pour sa survie militaire, il lui accorde, en contrepartie, des libertés qu’il n’accorderait à personne d’autre. La République Centrafricaine de Touadéra a survécu aux rébellions grâce aux combattants russes de Wagner — aujourd’hui rebaptisé Africa Corps. Et cette survie a un prix. Simb est ce prix.
Du moins, c’est ce que notre enquête tend à démontrer. Un homme au passé judiciaire calamiteux, recherché sur plusieurs continents, protégé par des éléments des services russes présents en territoire centrafricain, introduit au cœur des institutions par des relais soigneusement positionnés. Ce n’est pas une histoire d’escroquerie ordinaire. C’est une opération d’État. Et elle mérite d’être traitée comme telle.
« Soit Moscou ne savait pas qui était Simb — faute professionnelle colossale. Soit il le savait, et l’a choisi pour cette raison précise : un homme compromis est un homme contrôlable. »
Le parrain du Kremlin : une nomination qui change tout
Le 30 décembre 2022, Aimé Parfait Simb est officiellement investi par les autorités russes comme « représentant des BRICS pour les projets stratégiques en éducation et tourisme en Afrique centrale ». Ce détail, que la plupart des observateurs ont laissé passer, change radicalement la nature de l’affaire. Simb ne s’est pas autoproclamé homme d’affaires influent. Il a été nommé. Par Moscou.
Cette nomination n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie russe bien documentée en Afrique : utiliser les structures parallèles — officines d’influence, représentants BRICS, conseillers « techniques » — pour installer des relais dans des États stratégiquement utiles, sans passer par les voies diplomatiques officielles qui laisseraient trop de traces. Dans ce schéma, Simb remplit une fonction précise : il est la face présentable, civile et entrepreneuriale, de l’influence russe en Centrafrique. Pendant que Africa Corps sécurise le terrain militaire, Simb sécurise le terrain financier.
Pourquoi Moscou avait besoin de Simb en RCA
🔹 La porte d’entrée crypto : En 2022, la RCA était devenue le premier pays africain à adopter le Bitcoin comme monnaie légale. Moscou, cherchant à contourner les sanctions occidentales via les cryptomonnaies, avait besoin d’un opérateur terrain spécialisé — et Simb avait déjà son écosystème crypto via Limocoin et GIT.
🔹 Le contrôle des ressources : Via sa société Global Investment Trading, Simb permettait à Moscou une emprise discrète sur certains flux miniers — or et diamants — et des projets d’infrastructure, sans engagement diplomatique visible.
🔹 L’influence douce : En habillant Simb en promoteur de l’« éducation et du tourisme », le Kremlin construisait une image bienveillante en Afrique centrale, contrebalançant la réputation sanglante héritée des années Wagner.
🔹 Un homme contrôlable : Un individu sous le coup de procédures judiciaires dans trois pays est, par définition, dépendant de la protection qu’on lui accorde. Dépendant, donc fidèle.
Le profil d’un prédateur à l’échelle planétaire
Pour mesurer l’ampleur de la défaillance centrafricaine, il faut poser clairement ce que les services d’un État normalement constitué auraient dû savoir sur Simb avant de lui ouvrir la moindre porte.
2020 — Yaoundé
La COSUMAF (Commission de surveillance des marchés financiers de l’Afrique centrale) épingle officiellement Aimé Parfait Simb pour collecte irrégulière de fonds via Global Investment Trading, système pyramidal promettant des rendements entre 100 et 500%. Il est arrêté, puis libéré sous caution. Il quitte rapidement le Cameroun.
Juin 2021 — Québec, Canada
L’Autorité des marchés financiers du Québec publie une mise en garde formelle contre GIT : « non inscrite à quelque titre que ce soit ». Des milliers d’épargnants canadiens, américains et européens sont touchés. Les recours sont limités car les sociétés opèrent depuis l’étranger.
2021-2022 — International
Le Limocoin Swap (LMCSWAP), cryptomonnaie maison de Simb, s’effondre de 99,96% de sa valeur. Le bilan des victimes dépasse 300 000 personnes à travers le monde. Des procédures Interpol sont engagées.
30 décembre 2022 — Moscou
Malgré ce passif accablant, Simb est officiellement investi par les autorités russes comme représentant BRICS pour l’Afrique centrale. Un bouclier diplomatique informel mais redoutablement efficace se referme autour de lui.
2023 — Bangui
Simb est introduit à l’Assemblée nationale centrafricaine via des proches du président Sarandji. Il verse 140 millions de FCFA pour la construction d’un bâtiment annexe et est nommé conseiller spécial — titre qui lui confère immunité de fait et accès direct aux sphères du pouvoir.
– 300 000 victimes présumées dans le monde via GIT et Limocoin
– 99,96% perte de valeur du Limocoin Swap (LMCSWAP) en quelques mois
– 50 Mds FCFA présumés détournés au cœur de la présidence centrafricaine
L’infiltration méthodique : de l’Assemblée au palais présidentiel
La méthode Simb est d’une efficacité redoutable parce qu’elle est patiente. Il n’a pas forcé les portes de Bangui. Il les a achetées. Progressivement. Symboliquement. Et chaque achat lui a ouvert l’accès à un niveau supérieur d’influence.
Premier acte : l’Assemblée nationale. Cent quarante millions de FCFA versés pour la construction d’un bâtiment annexe. En retour, un titre — conseiller spécial — et avec lui une légitimité institutionnelle que ni la COSUMAF ni Interpol ne pouvaient désormais lui retirer sur le sol centrafricain. C’est une technique classique de corruption douce : on ne soudoie pas un individu, on finance une institution. L’institution vous doit quelque chose. Et vous avez une photo.
Deuxième acte : SIM Airlines. Le lancement de cette compagnie aérienne — aussi spectaculaire que fragile — a été son grand coup de communication. Le premier vol inaugural s’est déroulé en présence du ministre d’État Arnaud Djoubaye Abazene. Des photos officielles ont circulé, présentant Simb aux côtés de l’élite politique de Bangui. Pour ses victimes dans le monde entier, ces images avaient une fonction précise : crédibiliser l’homme, retarder les doutes, prolonger les investissements. Pendant que l’empire s’effondrait, les photos rassuraient.
Troisième acte, le plus troublant : le SangoCoin. Cette cryptomonnaie nationale, portée personnellement par le président Touadéra comme symbole de la modernité centrafricaine, soulève des questions auxquelles personne, à ce jour, n’a répondu publiquement. Quel a été le rôle exact de Simb dans ce projet ? Combien de fonds publics y ont été injectés ? Où est l’audit ? La convergence entre le profil de Simb — opérateur crypto de grande envergure — et l’ambition centrafricaine d’une cryptomonnaie nationale est trop frappante pour n’être qu’une coïncidence.
« SangoCoin, SIM Airlines, fonds spéciaux présidentiels : trois dossiers, un seul homme, zéro audit. Le peuple centrafricain mérite des réponses. Pas des silences. »
La question géopolitique qui brûle : Moscou a-t-il livré la RCA ?
C’est l’hypothèse la plus dérangeante de notre enquête, et c’est précisément pour cela qu’elle doit être posée. Depuis l’arrivée des combattants russes en Centrafrique, le régime Touadéra a pu se maintenir face à des groupes armés qui le menaçaient d’effondrement. Cette dette sécuritaire est réelle, massive, et structure tous les équilibres politiques du pays. Mais à quel prix concret ?
Si Simb bénéficiait effectivement d’une protection rapprochée d’éléments russes présents en RCA — comme nos sources l’affirment — alors une hypothèse s’impose : les 50 milliards détournés ne sont peut-être pas le résultat d’une naïveté présidentielle. Ils sont peut-être le prix tacitement consenti d’une protection militaire. Un deal non écrit, non signé, mais parfaitement compris par toutes les parties : vous nous laissez opérer, nous vous gardons au pouvoir.
Si cette hypothèse est exacte, l’affaire Simb cesse d’être un scandale financier. Elle devient un scandale de souveraineté nationale. La République Centrafricaine n’aurait pas été pillée malgré son alliance avec Moscou. Elle aurait été pillée à cause d’elle.
Les questions auxquelles Touadéra doit répondre — publiquement
Interpellation officielle de la rédaction Afrique en Plus
▶Sur le SangoCoin : Combien de fonds publics centrafricains ont été injectés dans ce projet ? Où en est l’audit indépendant ? Quel a été le rôle exact d’Aimé Parfait Simb dans sa conception et sa gestion ?
▶Sur la nomination de conseiller spécial : Qui, au sein de l’Assemblée nationale ou de la présidence, a validé la nomination de Simb à ce titre, en connaissance ou non de son passé judiciaire international ?
▶Sur la protection russe : Les services de sécurité centrafricains étaient-ils informés que Simb bénéficiait d’une couverture des services russes présents en RCA ? Si oui, qui a décidé de ne pas agir ?
▶Sur les 50 milliards : Des procédures judiciaires ont-elles été engagées sur le territoire centrafricain ? Le peuple centrafricain a le droit de savoir si son État se défend.
▶Sur la souveraineté : L’impunité dont a bénéficié Simb en territoire centrafricain était-elle la contrepartie — tacite ou explicite — du maintien de la coopération militaire russe ?
Ce que cette affaire dit de l’Afrique centrale de demain
Il serait commode de traiter l’affaire Simb comme une exception centrafricaine, un accident de parcours dans un pays fragilisé par des décennies de conflits. Ce serait une erreur d’analyse. Ce que révèle cette affaire est un modèle — reproductible, exportable, déjà en cours d’exportation dans d’autres capitales africaines où la dépendance sécuritaire à des puissances extérieures crée les mêmes angles morts, les mêmes espaces d’impunité.
La Russie n’est pas la seule puissance à utiliser ce modèle. D’autres — occidentales ou orientales — y ont recours. Mais le cas centrafricain est particulièrement documenté, particulièrement brutal dans ses conséquences financières pour une population parmi les plus pauvres du monde. Et c’est précisément pour cela qu’il doit être exposé sans concession.
Car si l’on accepte que la souveraineté nationale puisse être monnayée en échange d’une protection militaire, si l’on normalise l’idée qu’un État africain peut laisser un prédateur financier sous protection étrangère opérer librement dans ses institutions, alors on abandonne l’idée même d’État de droit sur ce continent.
Ce que notre rédaction demande n’est pas une déclaration de guerre contre la Russie ni contre le Cameroun. Ce sont des comptes. Des comptes rendus publiquement, devant le peuple centrafricain, qui a payé l’addition sans avoir jamais été consulté. Aimé Parfait Simb n’est pas tombé du ciel sur Bangui. On l’y a amené. On l’y a protégé. Et on a laissé faire. Le nom de ceux qui ont pris ces décisions — ou de ceux qui ont choisi de ne pas les empêcher — doit être connu. L’histoire centrafricaine ne peut pas se construire sur des silences aussi lourds. Et notre journal ne se taira pas.

