BANGUI, le 18 Février 2026 – Il était attendu comme l’homme qui pouvait (ré)incarner une opposition structurée, voire fédérer les voix discordantes de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC). Après de longs mois de silence stratégique, Francis Bozizé, fils aîné de l’ancien président déchu François Bozizé, a finalement brisé le silence. Mais l’arme qu’il a choisie un enregistrement audio parvenu à notre rédaction pourrait bien se révéler être un boomerang.
Dès les premières secondes de cette adresse, le ton est donné, et c’est là que le bât blesse. Loin d’un appel à l’unité nationale ou d’un discours politique global, l’orateur s’adresse exclusivement à « l’ethnie gbaya de Bossangoa, au peuple gbaya ». En quelques mots, Francis Bozizé vient de commettre une erreur politique majeure : il a réduit son combat à une seule fibre identitaire.
Une communication qui fracture
Dans un pays comme la République centrafricaine, où la reconstruction nationale est un chemin de croix semé d’embûches communautaires, ce préambule sonne comme une régression. En choisissant de parler au nom des seuls Gbaya de Bossangoa le fief historique de son père Francis Bozizé exclut de facto les autres composantes ethniques et régionales qui pourraient adhérer à une lutte politique. Il transforme ainsi une potentielle dynamique de libération nationale en une fragile revendication communautariste.
Ce discours, bien plus qu’une simple maladresse, est un miroir tendu à la CPC elle-même. Il explique, en filigrane, pourquoi cette coalition hétéroclite n’a jamais réussi à peser militairement ou politiquement de manière unie au-delà de ses premières heures. La rébellion, qui se voulait un front large contre le pouvoir de Bangui, semble se résumer à une juxtaposition de querelles de chefs et d’intérêts régionaux.
Bossangoa, épicentre de la lutte ou simple îlot ?
Cette sortie soulève une question fondamentale pour l’avenir du pays : Bossangoa est-il le seul facteur de lutte de la CPC ? La République centrafricaine se limiterait-elle à ce seul bastion ?
La réponse est évidemment négative. La République Centrafricaine est une mosaïque de cultures et de territoires, de la Haute-Kotto à la Vakaga, en passant par l’Ouham-Pendé. Les défis sécuritaires et politiques qui l’assaillent sont transrégionaux. En recentrant le débat sur son seul groupe ethnique d’origine, Francis Bozizé prête le flanc à la critique la plus évidente : son combat serait moins celui de la libération d’un peuple que celui de la reconquête d’un pouvoir perdu par une famille et son clan.
Ce message, s’il venait à être diffusé largement, risque de consolider l’idée que la CPC n’est pas une alternative politique crédible, mais une coalition de circonstance, fragile, incapable de transcender les clivages tribaux. Pour une population centrafricaine qui aspire à la paix et à une gouvernance inclusive, entendre un leader potentiel s’adresser à « son ethnie » est un douloureux retour en arrière.
Le risque de l’impasse
En cette période où le pays tente, tant bien que mal, de panser les plaies d’une décennie de crises, les acteurs politiques ont le devoir de parler au nom de tous les Centrafricains. En s’enfermant dans le prisme réducteur de Bossangoa, Francis Bozizé ne fait pas seulement une erreur de communication : il s’enferme lui-même dans un ghetto politique.
Loin d’apporter une solution ou une vision claire, cet audio démontre que, du côté de cette frange de l’opposition armée, la logique du terroir prime encore sur l’intérêt général. Une stratégie de la dernière chance pour un homme qui sort du silence, mais qui semble déjà parler dans le vide.


Clarification du Coordonnateur de la Plateforme des Gbaya de Bossangoa
En qualité de coordonnateur de la plateforme des Gbaya de Bossangoa, je souhaite apporter une clarification importante à la suite de l’article consacré à la récente prise de parole de Jean Francis Bozizé. L’interprétation qui en est faite ne reflète ni le sens ni la portée réelle de son message.
Il ne s’agit nullement d’un appel à une lutte armée menée par les Gbaya, ni d’une mobilisation identitaire tournée vers la confrontation. Le message adressé à la communauté gbaya s’inscrit dans une dynamique bien connue en République centrafricaine : celle par laquelle chaque région, chaque communauté, chaque groupement d’origine encourage ses ressortissants à contribuer au développement local et, par ricochet, à celui de la nation tout entière.
Comme tous les Centrafricains, Jean Francis Bozizé appartient à une région, à une histoire et à une identité locale. Cela ne le distingue en rien des nombreuses associations, plateformes et regroupements régionaux qui existent dans tout le pays — de l’Ouham à la Vakaga, de la Lobaye à la Haute Kotto — et qui œuvrent, chacun à leur manière, à la valorisation de leur territoire d’origine. Cette organisation communautaire, profondément ancrée dans notre culture, n’a rien de politique ou de militaire : elle est un moteur de solidarité, de cohésion et de développement.
Assimiler cet appel à une initiative guerrière ou à une revendication communautariste constitue donc un amalgame regrettable. Il est important de rappeler que l’engagement des Gbaya de Bossangoa s’inscrit dans une dynamique citoyenne et communautaire, comme c’est le cas pour de nombreuses régions du pays. Leur mobilisation relève d’initiatives sociales, culturelles et de développement local, et ne doit pas être confondue avec les choix ou les trajectoires d’acteurs politiques ou militaires individuels. Ils participent, comme tant d’autres communautés, à des actions visant à renforcer la dignité, la cohésion et le relèvement de leur région.
La plateforme que je coordonne n’a ni vocation politique ni ambition militaire. Elle rassemble des femmes et des hommes qui souhaitent contribuer, chacun selon ses moyens, à l’amélioration des conditions de vie dans leur localité d’origine, dans un esprit de responsabilité et de paix.
Nous appelons ainsi à une lecture plus équilibrée et plus rigoureuse des faits, afin d’éviter les interprétations hâtives qui risquent d’alimenter des tensions inutiles. Notre pays a besoin de compréhension mutuelle, de respect des initiatives locales et d’un engagement collectif tourné vers la paix et le développement.
Genève, le 18 février 2026
Dr Simplice FEIKOUMO
C’est confus et indigeste. Dès acteurs politique ayant des prétentions nationales doivent faire très attention quant au discours qu’ils tiennent. Francis Bozize n’est certainement me pas outillé intellectuellement pour percevoir que faire exclusivement appel à son ethnie ou son clan est politiquement contre-productif. Diffuser cet audio
. On se ferai soi même un idée et n des clrificationsidentitaires.
https://afriqueenplus.com/%f0%9f%92%a5%f0%9f%92%a5%f0%9f%87%a8%f0%9f%87%ab-centrafrique-lassociation-qui-parlait-trop-enquete-sur-la-strategie-de-contournement-de-la-cpc/blaiseyakpe/18/19/4347/