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Alors que l’Ă©lection du prochain secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies n’est officiellement prĂ©vue qu’Ă  l’Ă©tĂ© 2026, le dĂ©pĂ´t surprise de deux nouvelles candidatures Ă©largit le champ des possibles. L’ancien prĂ©sident sĂ©nĂ©galais, portĂ© par l’Union africaine, entre en lice face Ă  trois figures dĂ©jĂ  bien Ă©tablies.

NATIONS UNIES, NEW YORK – Le jeu des chaises musicales onusiennes vient de se complexifier. Alors que seuls deux noms circulaient dans les couloirs de verre du siège de l’ONU depuis plusieurs semaines, la publication officielle mercredi sur le site du prĂ©sident de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies de deux candidatures supplĂ©mentaires Ă©largit soudainement le spectre d’une compĂ©tition qui s’annonce cruciale pour l’Ă©quilibre du multilatĂ©ralisme.

L’information est tombĂ©e comme un tremblement de politique diplomatique : le Burundi, en sa qualitĂ© de prĂ©sident de l’Union africaine pour 2026, a officiellement proposĂ© la candidature de Macky Sall, ancien prĂ©sident de la RĂ©publique du SĂ©nĂ©gal. Dans le mĂŞme temps, le Costa Rica a mis sur la table le nom de Rebeca Grynspan, Ă©conomiste de renom et actuelle secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la CNUCED, forte de son expĂ©rience de vice-prĂ©sidente costaricienne.

Ils rejoignent ainsi deux poids lourds dĂ©jĂ  en piste : Michelle Bachelet, l’ancienne prĂ©sidente chilienne, portĂ©e par une coalition chilĂ©no-brĂ©silo-mexicaine, et Rafael Grossi, le diplomate argentin actuellement Ă  la tĂŞte de l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique (AIEA).

Cette quadrangulaire inattendue pose une question brĂ»lante : alors que l’Ă©chĂ©ance du scrutin est encore lointaine (l’Ă©tĂ© prochain), le rapport de forces est-il en train de basculer ?

Le « moment africain » : Macky Sall, candidat du compromis ?

La candidature de Macky Sall est celle qui cristallise le plus d’attentes. Elle porte une revendication historique : celle du continent africain, qui estime que le moment est venu de briser le plafond de verre. Depuis la crĂ©ation de l’ONU, seuls deux Africains ont occupĂ© le poste le plus Ă©levĂ© : Boutros Boutros-Ghali (Égypte) et Kofi Annan (Ghana). Le dernier remonte Ă  2006.

L’argument de l’UA est simple : après l’Europe (AntĂłnio Guterres, 2017-2026), l’Asie (Ban Ki-moon) et l’AmĂ©rique latine, l’Afrique doit passer en tĂŞte du tourniquet gĂ©ographique.

Mais Macky Sall n’est pas un simple « candidat de drafting ». En quittant le pouvoir Ă  Dakar en avril 2024 après deux mandats, il a immĂ©diatement endossĂ© un costume international, multipliant les mĂ©diations (notamment dans la crise russo-ukrainienne via la mission africaine) et prĂ©sidant aux destinĂ©es de l’Union africaine. Son profil de « sage » discret, sa maĂ®trise des dossiers Ă©nergĂ©tiques et climatiques (il a prĂ©sidĂ© le ComitĂ© sur le changement climatique de la CEDEAO), et son rĂ©seau dans les monarchies du Golfe en font un candidat de consensus, apprĂ©ciĂ© aussi bien des Occidentaux que des non-alignĂ©s.

Rebeca Grynspan : La carte technique et latino

La candidature de Rebeca Grynspan est plus discrète, mais potentiellement redoutable. Figure respectĂ©e de l’Ă©conomie internationale, cette Costaricienne parle le langage des technocrates onusiens. Son parcours Ă  la tĂŞte de la CNUCED (oĂą elle dĂ©fend les intĂ©rĂŞts des pays du Sud face au protectionnisme des grands) et son hĂ©ritage de femme politique centriste en AmĂ©rique latine lui confèrent une double lĂ©gitimitĂ© : celle du terrain et celle des institutions.

Face Ă  elle, l’ancienne prĂ©sidente chilienne Michelle Bachelet pâtit peut-ĂŞtre de son image de « madame droits de l’homme ». Si elle jouit d’une aura mondiale, sa franchise sur certains dossiers sensibles (Chine, Éthiopie, IsraĂ«l-Palestine) a pu lui aliĂ©ner certains États membres du Conseil de sĂ©curitĂ©. Son dĂ©fi sera de transformer sa popularitĂ© mĂ©diatique en capital diplomatique.

Rafael Grossi : L’homme des situations complexes

Enfin, l’Argentin Rafael Grossi joue la carte de l’actualitĂ© immĂ©diate. En tant que chef de l’AIEA, il est constamment sous les projecteurs, gĂ©rant le dossier du nuclĂ©aire iranien et la sĂ©curitĂ© de la centrale de Zaporijjia en Ukraine. Son nom est synonyme de gestion de crise. Mais l’Ă©cueil est Ă©vident : l’AIEA est une agence spĂ©cialisĂ©e, et le passage d’une agence technique Ă  la complexitĂ© politique mondiale n’a pas toujours rĂ©ussi par le passĂ©.

Une élection sous haute tension géopolitique

Le prochain locataire du 38e Ă©tage du siège de l’ONU remplacera AntĂłnio Guterres Ă  l’automne 2026, Ă  un moment oĂą l’ordre mondial est fracturĂ© par la guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine et le retour du « Sud global » comme force de blocage.

Le scrutin, qui se dĂ©roulera Ă  l’Ă©tĂ©, est en rĂ©alitĂ© une affaire de Cinq. Ce sont les membres permanents du Conseil de sĂ©curitĂ© (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) qui, par leur droit de veto, feront le tri. Derrière la question de la compĂ©tence, c’est celle de la docilitĂ© qui se joue. Un secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral trop indĂ©pendant peut ĂŞtre « tué » par un veto ; trop consensuel, il perd sa crĂ©dibilitĂ©.

La France, membre permanent, sera scrutĂ©e de près. Paris a souvent soutenu les candidats francophones, et le nom de Macky Sall coche cette case. Reste Ă  savoir si la « famille francophone » saura s’unir derrière lui, ou si la rivalitĂ© traditionnelle avec le camp anglophone (reprĂ©sentĂ© indirectement par Bachelet) ressurgira.

New York, 5 mars 2026. La course est dĂ©sormais lancĂ©e. Les quatre candidats vont devoir, dans les prochaines semaines, prĂ©senter leur « vision » devant l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, une audition grandeur nature avant le vote dĂ©cisif du Conseil de sĂ©curitĂ©. Une chose est sĂ»re : le monde n’attend pas un simple administrateur, mais un Ă©quilibriste capable de faire tenir debout une maison ONU qui vacille.

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