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Les LĂ©opards de la RDC sont au Mondial 2026. Axel Tuanzebe a signĂ©, Ă  la 100e minute, l’un des buts les plus lourds de sens de l’histoire du football africain.

Ce n’Ă©tait pas qu’un match de barrage. C’Ă©tait le rendez-vous d’un pays avec lui-mĂŞme — avec ses blessures, ses espoirs diffĂ©rĂ©s, ses gĂ©nĂ©rations sacrifiĂ©es. Ce mardi 31 mars 2026, sous le ciel de Guadalajara, la RDC a enfin payĂ© sa dette Ă  l’histoire.

Kinshasa, le 1er Avril 2026—Il y a des moments dans le sport qui n’appartiennent plus au sport. Des instants qui dĂ©bordent le cadre du rectangle vert, traversent les Ă©crans, franchissent les ocĂ©ans et atterrissent au creux des poitrines comme une vieille douleur enfin guĂ©rie. La nuit du 31 mars 2026, Ă  la 100e minute d’un barrage intercontinental contre la JamaĂŻque, Axel Tuanzebe a vĂ©cu l’un de ces moments. Son geste — une reprise de balle sur corner, rude, directe, irrĂ©versible — a mis fin Ă  cinquante-deux ans de silence.

Cinquante-deux ans. Laissons ce chiffre rĂ©sonner. La dernière fois que la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo — qui s’appelait alors le ZaĂŻre — avait foulĂ© le sol d’une Coupe du monde, c’Ă©tait en 1974 en Allemagne de l’Ouest. Une page glorieuse dans les livres, douloureuse sur les terrains. Trois dĂ©faites, un 9-0 contre la Yougoslavie gravĂ© dans les mĂ©moires comme une cicatrice collective. Depuis, le silence. Les tentatives, les espoirs, les Ă©liminations. Et la question qui revenait, quinquennat après quinquennat : quand est-ce que les LĂ©opards reviendront ?

Ce soir, la réponse tient en un mot : maintenant.

Un chemin taillé dans la roche

Cette qualification ne s’est pas offerte. Elle s’est arrachĂ©e, match après match, depuis novembre 2023, dans un parcours qualificatif qui aurait brisĂ© des Ă©quipes moins solides. Pour comprendre ce que reprĂ©sente la nuit de Guadalajara, il faut remonter le fil de ce voyage.

1 Le Cameroun tombe — Mbemba frappe

Premier obstacle, premier séisme. Les Lions Indomptables du Cameroun, poids lourd du football africain, sont éliminés. Le capitaine Chancel Mbemba signe le but qui ouvre la route. Un symbole : le patron marque au moment où son équipe en a le plus besoin.

2 Le Nigeria aux tirs au but — la force mentale au pouvoir

Deuxième gĂ©ant abattu. Les Super Eagles du Nigeria, co-finalistes de la dernière CAN, s’inclinent aux tirs au but. La RDC tient ses nerfs lĂ  oĂą d’autres craquent. SĂ©bastien Desabre a construit une Ă©quipe qui sait souffrir.

3 Le Sénégal brise le rêve — provisoirement

Le coup du sort. Longtemps leaders de leur groupe, les LĂ©opards s’effondrent dans les dernières minutes face aux Lions de la Teranga. Le billet direct leur Ă©chappe. La qualification directe s’Ă©vapore. Une dĂ©sillusion cruelle — qui aurait pu ĂŞtre fatale. Elle ne l’est pas.

4 Guadalajara — la nuit du rachat

Barrage intercontinental contre la JamaĂŻque. Deux buts refusĂ©s Ă  Bakambu pour hors-jeu. Un gardien jamaĂŻcain inspirĂ©. ZĂ©ro partout après 90 minutes. Puis la 100e minute. Tuanzebe. L’explosion.

La 100e minute ou le temps suspendu

On ne choisit pas l’heure Ă  laquelle on entre dans l’histoire. La 100e minute de prolongation d’un barrage intercontinental n’est pas l’endroit oĂą l’on s’attend Ă  Ă©crire des lĂ©gendes. C’est pourtant lĂ  qu’Axel Tuanzebe, dĂ©fenseur de Burnley, a choisi de surgir. Un corner. Un dĂ©gagement ratĂ©. Une reprise comme il peut. Et le ballon qui rentre — avec toute la brutalitĂ© poĂ©tique dont le football est capable.

Quelques secondes d’attente VAR. Puis la sirène de la certitude. Ă€ Kinshasa, une pluie battante s’est abattue sur la ville au mĂŞme instant — et les supporters l’ont accueillie comme une bĂ©nĂ©diction. La mĂŞme pluie, le mĂŞme soir, Ă  des milliers de kilomètres, qui tombe Ă  Bangui pendant l’investiture prĂ©sidentielle. Mais Ă  Kinshasa, ce soir-lĂ , personne ne cherchait un abri.

« Quand on porte ce maillot et qu’on entend l’hymne national, on est submergĂ© par une multitude de souvenirs. L’histoire du Congo, la guerre qui ravage encore le pays. Et aussi les souffrances endurĂ©es par nos parents. » — Joris Kayembe, milieu de la RDC, nĂ© en Belgique, LĂ©opard par choix du cĹ“ur

Ce que cette qualification dit de plus que le football

La RDC est un pays en guerre. Pas mĂ©taphoriquement — littĂ©ralement. L’est du Congo saigne depuis des dĂ©cennies. Des millions de dĂ©placĂ©s. Une crise humanitaire que le monde regarde de loin. Et pourtant, ce mardi soir, le monde entier a regardĂ© un Congolais marquer un but qui a fait pleurer un continent. Il ne faut pas surĂ©valuer ce que le sport peut faire. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer ce que reprĂ©sente, pour un peuple Ă©prouvĂ©, la fiertĂ© collective d’une nuit comme celle-lĂ .

SĂ©bastien Desabre, le sĂ©lectionneur français arrivĂ© en mars 2023, a construit patiemment cette Ă©quipe-lĂ  — demi-finaliste de la CAN 2023, huitième de finaliste en 2025, qualifiĂ©e pour le Mondial 2026. Il n’a pas fait de miracles. Il a fait quelque chose de plus difficile : il a installĂ© une culture, une structure, une confiance. Le message de Pape Thiaw, le sĂ©lectionneur sĂ©nĂ©galais, dit en une phrase ce que les chiffres ne peuvent pas mesurer : « Tout un continent africain est derrière vous. »

52 ans D’absence au Mondial — depuis le ZaĂŻre 1974

100′ Minute du but historique de Tuanzebe

2 Géants africains éliminés — Cameroun et Nigeria

Groupe K Portugal, Colombie, Ouzbékistan — le programme du destin

Le Mondial comme horizon — le Portugal comme test

Le groupe K attend les LĂ©opards. Le Portugal de Cristiano Ronaldo le 17 juin. La Colombie le 24. L’OuzbĂ©kistan le 27. Un tirage relevĂ© pour une Ă©quipe qui dĂ©barque après un demi-siècle d’absence — mais une Ă©quipe libĂ©rĂ©e. Les Ă©quipes qui ont traversĂ© ce que la RDC a traversĂ© pour se qualifier ne jouent pas pour participer. Elles jouent pour prouver.

En 1974, le ZaĂŻre Ă©tait arrivĂ© au Mondial comme une curiositĂ© — premier pays d’Afrique noire Ă  franchir ce seuil. Il en Ă©tait reparti avec des blessures. En 2026, les LĂ©opards arrivent diffĂ©remment : avec un sĂ©lectionneur qui a un plan, des joueurs formĂ©s en Europe qui ont choisi le drapeau congolais par conviction, et une gĂ©nĂ©ration entière qui a faim.

Cinquante-deux ans d’attente, c’est long. Assez long pour qu’une nation oublie ce que ça fait de rĂŞver Ă  ce niveau-lĂ . Ce mardi 31 mars, Ă  la 100e minute, Axel Tuanzebe lui a rappelĂ©.

Les LĂ©opards sont de retour. Le monde ferait bien de s’en souvenir.

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