Gabriele Gravina a quitté la présidence de la FIGC au lendemain de la défaite des Azzurri contre la Bosnie-Herzégovine en finale des barrages. Pour la troisième fois consécutive, la Squadra Azzurra manquera la Coupe du monde. L’heure n’est plus aux explications — elle est aux comptes.
Après 2018 et 2022, l’Italie rate à nouveau le Mondial 2026, battue cette fois par la Bosnie-Herzégovine dans une finale de barrage qui restera comme l’une des pages les plus sombres du football transalpin. Gravina est parti. La crise, elle, reste entière.
Rome, le 02 Avril 2026 — Il y a des défaites qui font mal et s’oublient. Il y a des défaites qui font mal et se répètent. Et puis il y a ce que l’Italie vit depuis 2018 : une série de naufrages qui ne relèvent plus de la malchance ni de la fatalité sportive, mais d’un effondrement systémique que personne, dans les instances du football italien, n’a su — ou voulu — arrêter à temps.
Le stade Renato Dall’Ara de Bologne, le lundi soir, a été le théâtre du troisième acte d’une tragédie en cours d’écriture. La Bosnie-Herzégovine, privée de plusieurs cadres, a battu les Azzurri 2 buts à 1. La Nazionale, double championne d’Europe, quadruple championne du monde, ne sera pas au Mondial 2026. Pour la troisième fois de suite. Et cette fois, il n’y a plus d’excuse à formuler, plus d’arbitre à incriminer, plus de tirage à maudire. Il y a seulement un bilan — et il est accablant.
La démission Gravina : un aveu, pas une solution
Gabriele Gravina n’a pas attendu le lendemain pour agir. Dès le coup de sifflet final, un conseil général d’urgence de la FIGC était convoqué. Quelques heures plus tard, dans un bref communiqué lu par un porte-parole, le président de la Fédération italienne de football annonçait sa démission.
« Je prends l’entière responsabilité de cette faillite collective. La Nazionale a besoin d’un choc, et ce choc doit partir des sommets. Je quitte la présidence avec la douleur de n’avoir pas su transmettre la culture de la qualification. » — Gabriele Gravina, président démissionnaire de la FIGC, communiqué officiel, 31 mars 2026
La formule est digne. Elle est aussi insuffisante. Car Gravina avait pris la tête de la FIGC en 2018 — précisément après le premier raté mondial — avec la mission explicite de « refonder » le football italien. Huit ans plus tard, deux nouvelles absences au Mondial, et une élection anticipée fixée au 22 juin : le bilan de la refondation ressemble à une addition de désastres.
3 Coupes du monde manquées de suite : 2018, 2022, 2026
8 ans De présidence Gravina — et de promesses non tenues
1–2 Score de la défaite face à la Bosnie, pourtant diminuée
22 juin Date de l’élection du nouveau président de la FIGC
Le mal est plus profond que le score
Les images ont fait le tour du monde dans la nuit. Des joueurs italiens, hagards, les mains sur les hanches, pendant que résonnait l’hymne de la Bosnie-Herzégovine. Des visages sans expression, ceux d’hommes qui ne comprennent pas encore tout à fait ce qui vient de se passer — ou qui, peut-être, le comprennent trop bien. La presse italienne, unanime, a sorti ses formules de réserve : giornata nera, journée noire. Decennio maledetto, décennie maudite.
Mais derrière les métaphores, c’est un diagnostic structurel qui s’impose. Sous la présidence Gravina, le football italien a produit des réformes dont aucune n’a résolu l’essentiel. La Supercoupe délocalisée en Arabie saoudite pour des raisons financières, la réduction controversée de la Serie A à dix-huit clubs, les conflits ouverts avec les groupes ultras — autant de signaux d’un football qui s’est cherché des revenus plutôt qu’une identité. Pendant ce temps, la génération Chiellini-Bonucci s’en allait, sans que personne ne prépare sérieusement la relève. Le vide stratégique qui en résulte est aujourd’hui visible à l’œil nu — et douloureux à regarder.
Qui pour succéder à Gravina ?
Plusieurs noms circulent dans les couloirs de la FIGC en vue du scrutin du 22 juin. L’ancien sélectionneur Cesare Prandelli, figure respectée du football transalpin. Lorenzo Casini, sénateur et ex-président de la Lega Serie A, profil institutionnel et politique. Et une candidature surprise annoncée depuis le monde des affaires, dont l’identité n’est pas encore confirmée. Le prochain président héritera d’un chantier colossal — et d’un délai très court pour convaincre.
Le défi du successeur : reconstruire une âme
Le prochain président de la FIGC n’aura pas le luxe du temps. D’ici le 22 juin, il devra d’abord panser les plaies d’une fédération fracturée, réconcilier des clubs divisés, et apaiser une opinion publique qui oscille entre la colère et le désabusement. Mais l’urgence véritable est ailleurs : elle est dans la reconstruction d’un projet sportif cohérent, capable de redonner à la Squadra Azzurra une identité de jeu, une filière de formation, et — mot devenu presque étrange dans le lexique du football italien — une ambition.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’Italie ne manque pas de talents. Elle manque de système. Elle ne manque pas de stades. Elle manque de vision. Et dans ce vide, des équipes comme la Bosnie-Herzégovine — construites sur le collectif, la foi et la discipline — sont venues démontrer que le prestige d’un blason ne remplace pas le travail d’une génération.
Pour la troisième fois, le monde entier regardera la Coupe du monde sans la Botte. Ce qui était un accident en 2018 est devenu une tendance en 2022. En 2026, c’est une réalité institutionnelle. L’Italie ne pleure pas un match perdu. Elle pleure un héritage dilapidé — et cherche, dans la précipitation d’une élection de juin, quelqu’un capable de le ramasser.

