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Un bilan provisoire fait état d’au moins 64 morts, dont 13 enfants, après un assaut mené à l’aide « d’armes lourdes » contre l’établissement de santé, sous contrôle des Forces de soutien rapide (FSR). L’Organisation mondiale de la santé dénonce une attaque d’une violence inouïe, symptomatique d’un conflit qui ne cesse de défier le droit international humanitaire.

Ed Daein, 23 Mars 2026– L’hôpital universitaire d’Ed Daein, vaste établissement qui servait de refuge aux populations civiles et de pilier à un système de santé déjà exsangue, n’est plus qu’un champ de ruines. Dans la nuit de lundi à mardi, un assaut d’une rare intensité a frappé cette capitale de l’État du Darfour oriental, territoire contrôlé par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Selon un bilan communiqué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a qualifié les faits de « profondément choquants », l’attaque a coûté la vie à au moins 64 personnes, parmi lesquelles figurent 13 enfants, et a fait des dizaines de blessés.

L’assaut, qui a impliqué « des armes lourdes » selon le représentant de l’OMS au Soudan, a pulvérisé les dernières digues de la civilisation dans une région déjà endeuillée par plus de quinze mois de guerre. Des témoins sur place font état de tirs d’artillerie ayant visé directement les bâtiments du complexe hospitalier, alors que des patients, des personnels soignants et des familles déplacées y cherchaient refuge. « Les murs se sont effondrés sur les lits. Les enfants étaient dans les bras de leurs mères. Il n’y avait aucune zone de sécurité », nous a confié, la voix brisée, un médecin ayant survécu à la frappe.

Un hôpital, symbole de l’effondrement soudanais

Cet hôpital universitaire n’était pas seulement un centre de soins. Dans une région du Darfour ravagée par les combats entre l’armée régulière et les FSR, il était devenu un lieu de vie et de survie pour des milliers de civils piégés par le siège. La capitale Ed Daein, bien que tombée aux mains des paramilitaires dès les premières semaines du conflit, était considérée comme un bastion stratégique. En visant un établissement de santé aussi emblématique, les belligérants ou l’un d’eux signent un nouvel acte de barbarie, franchissant un palier dans la déshumanisation du conflit.

Sur le terrain, les identités précises des assaillants restent, dans la confusion ambiante, sujettes à caution. Si la ville est sous contrôle des FSR, l’armée soudanaise, qui mène depuis plusieurs mois une contre-offensive dans la région, n’a pas encore revendiqué cette opération. Les deux camps s’accusent mutuellement de crimes de guerre dans un conflit qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et provoqué la plus grande crise de déplacement au monde.

La communauté internationale sous le choc, l’impuissance persistante

Les réactions internationales n’ont pas tardé, mais elles heurtent, une fois de plus, le mur de l’impuissance. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a condamné « avec la plus grande fermeté » cette attaque contre un établissement sanitaire, rappelant que les hôpitaux bénéficient d’une protection particulière en vertu du droit international humanitaire. De son côté, l’OMS a exigé une enquête « transparente et indépendante », une demande qui, dans le chaos soudanais, relève souvent de la pure incantation.

Sur le terrain, la réalité est celle du sang et de la poussière. Les survivants décrivent un hôpital désormais hors d’usage, transformé en morgue à ciel ouvert, tandis que les routes menant à la ville sont coupées, entravant l’acheminement du peu de secours disponibles. Le massacre d’Ed Daein n’est pas une anomalie dans le conflit soudanais, mais son illustration la plus macabre : celle d’une guerre où le corps médical est pris pour cible, où les enfants paient le prix fort, et où les armes lourdes décident du sort des lieux de soins.

Alors que les négociations sous médiation internationale patinent et que les deux camps s’enlisent dans une guerre d’anéantissement, l’attaque contre l’hôpital universitaire d’Ed Daein rappelle une vérité effroyable : au Soudan, il n’y a plus de lignes rouges.

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