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Le cinquième prix littéraire Voix d’Afriques couronne ce vendredi 20 mars l’écrivain de République démocratique du Congo pour une œuvre qui incarne la vitalité et la profondeur de la jeune création africaine.

Il y a des consécrations qui révèlent moins un talent qu’elles ne le confirment. Celle de Pascal Boroto, sacré ce vendredi 20 mars 2026 lauréat de la 5e édition du prix littéraire Voix d’Afriques, appartient à cette catégorie. À 34 ans, l’écrivain originaire de la République démocratique du Congo s’impose comme l’une des voix les plus singulières de la scène littéraire francophone, porté par une écriture où la mémoire des plaies collectives dialogue avec l’inventivité formelle.

Le prix, dont la cérémonie s’est tenue à Marrakech, distingue son dernier roman, Les Silences de l’Équateur, vaste fresque traversant l’histoire tourmentée de son pays natal, des décombres de la colonisation aux guerres dites « de libération » qui ont ravagé l’Est congolais. Mais Boroto ne se fait pas mémorialiste. Il est avant tout un styliste, un artisan de la phrase qui restitue les tragédies non par le pathos, mais par l’épure, le fragment, l’oralité savamment recomposée.

Le jury, présidé cette année par l’écrivaine béninoise Adélaïde Fassinou, a salué à l’unanimité « une œuvre d’une maturité rare, qui conjugue la gravité des sujets à une liberté de ton et à une audace narrative que l’on rencontre trop peu souvent dans les lettres africaines contemporaines ».

Une reconnaissance au parcours exemplaire

Né à Kisangani en 1992, Pascal Boroto grandit dans une famille modeste où la transmission orale tient lieu de première bibliothèque. Étudiant en philosophie à l’université de Kinshasa avant de poursuivre son parcours à Paris, il publie en 2020 un premier recueil de nouvelles, Fuir le fleuve, remarqué pour sa capacité à saisir, avec une économie de moyens saisissante, les trajectoires brisées des migrants congolais. Viendront ensuite deux romans, dont celui qui le propulse aujourd’hui sur le devant de la scène.

Interrogé à l’issue de la remise du prix, l’écrivain, visiblement ému mais mesuré dans ses propos, a tenu à rappeler que cette reconnaissance « n’est pas une fin, mais une responsabilité ». « Les voix d’Afriques, a-t-il dit, sont trop souvent réduites au singulier. Or elles sont plurielles, dissonantes, puissantes. Mon travail, désormais, est de continuer à faire entendre qu’il n’y a pas une Afrique qui raconte, mais des milliers. »

Un prix en pleine ascension

Créée en 2022, la distinction Voix d’Afriques s’est imposée en l’espace de cinq éditions comme un rendez-vous incontournable du paysage littéraire francophone. Portée par une fondation basée à Casablanca, elle entend promouvoir les plumes émergentes du continent et de sa diaspora, avec une attention particulière portée aux œuvres rédigées en français, langue que les organisateurs s’emploient à défendre « comme un matériau vivant, travaillé, revendiqué et non comme un héritage subi ».

Les précédents lauréats la Sénégalaise Fatou Diome pour l’édition inaugurale, puis le Camerounais Djaïli Amadou Amal, l’Ivoirienne Edwige-Renée Dro et le Haïtien James Noël illustrent cette volonté d’embrasser une francophonie décomplexée, attentive aux marges autant qu’aux centres.

Pour Pascal Boroto, le prix s’accompagne d’une dotation de 15 000 euros, ainsi que d’un programme de résidences d’écriture au Maroc et en France. Mais au-delà des aspects matériels, c’est une légitimité nouvelle qui s’offre à lui : celle de pouvoir désormais porter plus haut, plus loin, les récits d’une région du monde trop souvent appréhendée par les prismes de l’urgence humanitaire ou de la misère politique.

Les Silences de l’Équateur, publié aux éditions Mémoire d’encrier (Montréal), paraîtra en librairie en France et en Belgique le 3 avril prochain. Un événement éditorial que les amateurs de grandes lettres africaines attendront sans nul doute avec l’impatience qu’il mérite.

Pascal Boroto, 34 ans, est le cinquième lauréat du prix Voix d’Afriques. Avec lui, c’est une certaine idée de la littérature engagée sans être dogmatique, exigeante sans être hermétique qui trouve une nouvelle illustration.

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