0 6 minutes 2 mois

Alors que le prĂ©sident Faustin-Archange TouadĂ©ra entame un nouveau mandat placĂ© sous le signe de « l’unitĂ© nationale » et de la « main tendue », une ombre plane sur ce discours de rassemblement : le refus persistant d’accorder un passeport Ă  son principal opposant, l’ancien Premier ministre Anicet-Georges DologuĂ©lĂ©. Une dĂ©cision qui interroge sur la sincĂ©ritĂ© de l’appel Ă  la rĂ©conciliation et jette une lumiĂšre crue sur les pratiques du pouvoir de Bangui.

BANGUI, le 17 FĂ©vrier 2026 – Les mots sont solennels et tĂ©lĂ©visĂ©s. Dans ses vƓux Ă  la nation pour 2026, le prĂ©sident TouadĂ©ra a appelĂ© les Centrafricains Ă  « cultiver l’effort, la tolĂ©rance, la paix » et Ă  « bĂątir ensemble un avenir plus lumineux ». Réélu pour un troisiĂšme mandat avec 78% des voix selon la Cour constitutionnelle, le chef de l’État a martelĂ© que « le temps n’est plus aux querelles Ă©lectorales, mais Ă  l’unitĂ© nationale ». Son gouvernement, par la voix du porte-parole Maxime Balalou, insiste sur cette politique de « main tendue » qui, selon lui, vise Ă  privilĂ©gier « le dialogue plutĂŽt que la division, l’inclusion plutĂŽt que l’exclusion ».

Pourtant, dans les coulisses du pouvoir, une tout autre rĂ©alitĂ© se dessine, qui contredit frontalement cette rhĂ©torique d’apaisement. Anicet-Georges DologuĂ©lĂ©, figure de l’opposition et ancien chef du gouvernement, se heurte Ă  un mur administratif. Selon des sources concordantes proches de l’intĂ©ressĂ©, la demande de passeport de l’opposant serait bloquĂ©e sur instruction des plus hautes autoritĂ©s. Un dĂ©ni de dĂ©livrance qui, pour ses partisans, confine Ă  la privation de libertĂ© de mouvement.

Un adversaire gĂȘnant

Ce n’est pas la premiĂšre fois que l’ancien Premier ministre se trouve dans le collimateur du pouvoir. Durant la campagne Ă©lectorale de dĂ©cembre 2025, les alliĂ©s du prĂ©sident TouadĂ©ra avaient dĂ©jĂ  tentĂ© de faire invalider sa candidature, l’accusant de dĂ©tenir une double nationalitĂ©. Une tentative avortĂ©e, DologuĂ©lĂ© ayant pris soin de renoncer officiellement Ă  sa nationalitĂ© française pour se conformer Ă  la nouvelle loi fondamentale, une dĂ©cision prise, disait-il, avec un « cƓur lourd ».

Cette fois, le bras de fer a changĂ© de nature. En l’empĂȘchant d’obtenir un passeport, l’exĂ©cutif l’enferme de fait dans le pays. Une stratĂ©gie qui n’est pas sans rappeler les mĂ©thodes utilisĂ©es Ă  l’encontre d’autres voix dissonantes. Dans une dĂ©claration Ă  notre rĂ©daction, un membre de l’entourage de Monsieur DologuĂ©lĂ© dĂ©nonce : « On lui parle d’unitĂ©, mais on lui refuse le droit le plus fondamental de tout citoyen. Le prĂ©sident tend la main d’un cĂŽtĂ©, et de l’autre, il verrouille la porte. Comment voulez-vous dialoguer quand on vous prive de vos droits ? »

Le double langage du pouvoir

L’affaire est d’autant plus embarrassante pour le rĂ©gime qu’elle met en lumiĂšre une contradiction flagrante. Au moment oĂč le prĂ©sident TouadĂ©ra recevait les fĂ©licitations de la communautĂ© internationale pour sa réélection et promettait de lutter contre la « fragilitĂ© » du pays, ses services s’employaient Ă  fragiliser encore un peu plus le climat politique.

InterrogĂ© sur ce sujet, le gouvernement reste muet. La stratĂ©gie semble ĂȘtre l’esquive. Mais dans les couloirs de l’AssemblĂ©e nationale, oĂč Monsieur DologuĂ©lĂ© est pourtant dĂ©putĂ© Ă©lu, les rumeurs vont bon train. Certains Ă©voquent une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e de pousser le principal opposant Ă  l’exil ou, au contraire, de le maintenir sur le territoire pour mieux le contrĂŽler. D’autres y voient une manƓuvre pour le priver d’un Ă©ventuel agenda international oĂč il pourrait dĂ©noncer les dĂ©rives du rĂ©gime.

Une unité à sens unique

Cette affaire illustre avec acuitĂ© la conception que se fait le pouvoir de « l’unitĂ© nationale ». Il s’agirait d’une unitĂ© par ralliement ou par soumission, certainement pas par le dialogue avec un opposant lĂ©gitime. En privant Anicet-Georges DologuĂ©lĂ© de passeport, le prĂ©sident TouadĂ©ra adresse un message clair Ă  l’opposition et Ă  la diaspora : la main tendue est conditionnĂ©e Ă  l’allĂ©geance.

Alors que le pays fait face Ă  des dĂ©fis sĂ©curitaires et humanitaires immenses, et que la prĂ©sence de mercenaires russes dans les rues de Bangui interroge sur la souverainetĂ© nationale, ce petit jeu politicien risque de coĂ»ter cher. Il hypothĂšque tout espoir de vĂ©ritable rĂ©conciliation et confirme, pour ses dĂ©tracteurs, que le rĂ©gime de TouadĂ©ra, parfois surnommĂ© « PrĂ©sident Wagner » par ses opposants, n’a que faire de la dĂ©mocratie et des droits de ses concitoyens. La main tendue se referme, et c’est un passeport qui en est la premiĂšre victime.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *