Bangui, 28 janvier 2026 â Le mardi 27 janvier 2026, une Ă©tape dĂ©cisive a Ă©tĂ© franchie pour lâentrepreneuriat centrafricain. Sous la prĂ©sidence du ministre des Finances, HervĂ© Ndoba, lâassemblĂ©e gĂ©nĂ©rale constitutive du Fonds de Garantie de Centrafrique (FGC) s’est tenue Ă Bangui, marquant la mise en place des organes de gouvernance et une opĂ©rationnalisation imminente de cet outil tant attendu. Cette initiative vise Ă briser lâun des principaux freins au dĂ©veloppement Ă©conomique du pays : lâaccĂšs quasi bloquĂ© des petites et moyennes entreprises (PME) au crĂ©dit bancaire.
Lâenjeu : Un accĂšs au crĂ©dit rĂ©servĂ© Ă une minoritĂ©
Le contexte dans lequel intervient ce fonds est celui dâun Ă©cosystĂšme financier sous pression. Les chiffres, rĂ©currents dans les rapports, dĂ©peignent une rĂ©alitĂ© alarmante :
· Faible bancarisation : Seulement 7% de la population centrafricaine a accÚs aux services bancaires formels.
· Ăconomie informelle dominante : PrĂšs de 90% de la population active Ă©volue dans le secteur informel.
· PME asphyxiĂ©es : Seulement 22% des PME, pourtant moteur essentiel de lâĂ©conomie, ont accĂšs au financement bancaire formel.
Face Ă ce constat, les banques, confrontĂ©es Ă un environnement perçu comme risquĂ© et Ă lâabsence de garanties matĂ©rielles suffisantes de la part des entrepreneurs, restent frileuses Ă lâoctroi de prĂȘts.
Le mécanisme : Comment fonctionne le Fonds de Garantie ?
Le Fonds de Garantie de Centrafrique (FGC), dotĂ© dâun capital social de 10 milliards de francs CFA (environ 17.7 millions de dollars) dont 3 milliards apportĂ©s par la Banque mondiale, est conçu comme un amortisseur de risques.
· Principe de base : Le fonds garantit une partie du risque pris par une banque qui accorde un prĂȘt Ă une PME Ă©ligible. Si lâentreprise ne peut pas rembourser, le fonds couvre une partie de la perte, incitant ainsi lâĂ©tablissement financier Ă prĂȘter.
· Secteurs ciblĂ©s : Lâagriculture, le commerce, les services et lâindustrie lĂ©gĂšre sont prioritairement visĂ©s.
· Une gestion rigoureuse : Pour Ă©viter les comportements opportunistes, le mĂ©canisme est conçu pour ĂȘtre discret : lâentrepreneur ne sait pas si son prĂȘt est garanti, ce qui le maintient dans la mĂȘme obligation de remboursement. La gouvernance du fonds, avec la nomination dâun prĂ©sident du conseil d’administration (M. Begon Sorongope) et dâun directeur gĂ©nĂ©ral (M. Hamadine Bako), vise Ă assurer une gestion exemplaire.
Une longue gestation, une naissance récente
Le chemin vers cette opérationnalisation a été progressif :
· Mai 2025 : Lancement officiel du Fonds National de Garantie et dâInvestissement (FNGI), dotĂ© de 10 milliards de francs CFA, intĂ©grĂ© dans le projet I-COMPETE soutenu par la Banque mondiale.
· Septembre 2025 : Annonce par le ministre de lâĂconomie, Richard Filakota, de la crĂ©ation dâun fonds national spĂ©cifiquement destinĂ© Ă faciliter le crĂ©dit aux PME.
· DĂ©cembre 2025 : Le ministre HervĂ© Ndoba confirme lâimminence de lâentrĂ©e en service du Fonds de Garantie Nationale (FGN).
· 27 janvier 2026 : Tenue de lâassemblĂ©e gĂ©nĂ©rale constitutive du Fonds de Garantie de Centrafrique (FGC), formalisant sa gouvernance et le rendant opĂ©rationnel.
Perspectives et défis
LâarrivĂ©e de ce fonds est un signal fort pour les entrepreneurs. En partageant le risque avec les banques, il devrait permettre de :
1. Desserrer l’Ă©tau du crĂ©dit pour des centaines dâentreprises qui nâavaient jusquâici pas accĂšs aux circuits formels.
2. Soutenir la crĂ©ation et la croissance en permettant le financement de projets dâinvestissement, dâachat dâĂ©quipements ou de recrutement.
3. RĂ©orienter les financements vers les secteurs productifs de lâĂ©conomie rĂ©elle.
Toutefois, le succÚs de cet outil ne sera pas automatique. Il devra faire face à plusieurs défis :
· Lâaccompagnement des PME : Au-delĂ de la garantie, un soutien technique en gestion dâentreprise est souvent nĂ©cessaire pour renforcer la soliditĂ© des projets.
· Lâinclusion gĂ©ographique : Il faudra veiller Ă ce que les PME hors de Bangui, notamment dans les zones rurales, puissent Ă©galement en bĂ©nĂ©ficier.
· La pĂ©rennitĂ© du fonds : Sa gestion devra ĂȘtre rigoureuse pour Ă©viter une dilution trop rapide de son capital par des dĂ©fauts de paiement.
Un espoir pour le tissu économique
Pour les acteurs Ă©conomiques, cet outil reprĂ©sente une lueur dâespoir. « Cette reconfiguration du FGC s’inscrit dans la dynamique des rĂ©formes structurelles impulsĂ©es par le gouvernement, renforçant la capacitĂ© du Fonds Ă mobiliser des ressources financiĂšres et Ă attĂ©nuer les risques pour les prĂȘteurs », a indiquĂ© le ministĂšre des Finances.
Dans une Ă©conomie centrafricaine qui cherche Ă se diversifier et Ă se reconstruire, le Fonds de Garantie nâest pas une solution miracle, mais un levier indispensable. En facilitant lâaccĂšs au crĂ©dit, il donne aux PME ces entreprises qui reprĂ©sentent plus de 90% du tissu Ă©conomique formel les moyens de devenir les vĂ©ritables artisans de la relance et de la crĂ©ation dâemplois.
Le pari est désormais lancé.

