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Dans une décision qui pourrait redéfinir les relations tendues entre Alger et Paris, le Parlement algérien a adopté ce lundi une version amendée de la loi historique criminalisant la colonisation française. Si le texte maintient la « responsabilité juridique » de la France, il fait une concession majeure en supprimant l’obligation explicite d’excuses publiques, ouvrant la voie à une possible désescalade diplomatique.

ALGER, 09 Mars 2026 – Le geste est subtil, mais sa portée politique est immense. Alors que les relations franco-algériennes traversent une période de turbulences chroniques, marquées par des crises de souveraineté et des contentieux mémoriels, le législateur algérien a choisi la voie du pragmatisme juridique.

La nouvelle mouture de la loi, approuvée ce lundi par les députés, ancre dans le marbre législatif la responsabilité de l’État français dans les « tragédies » engendrées par 132 ans de système colonial. Ce point, non négociable pour Alger, vise à établir une vérité historique officielle et opposable.

Un changement sémantique lourd de sens

Cependant, l’élément le plus remarquable du texte final est l’abandon de l’amendement qui exigeait formellement des « excuses » de la part de Paris. En retirant cette condition, l’Algérie semble envoyer un signal clair à l’exécutif français : la reconnaissance des « faits » prime désormais sur la quête d’une repentance formelle, souvent source de blocages politiques en France.

Cette modification intervient alors que les commissions mixtes d’historiens des deux pays peinent à accorder leurs violons, et que la question des archives, des essais nucléaires au Sahara et de la mobilité des citoyens reste en suspens.

Une loi toujours « criminelle » mais moins belliqueuse

Pour le juriste et politologue Karim Amellal (expert des questions méditerranéennes), ce changement stratégique permet à l’Algérie de garder la main sur le récit national sans fermer la porte au dialogue :

« En maintenant le principe de responsabilité juridique, l’Algérie préserve sa souveraineté narrative et la reconnaissance des crimes du système colonial. Mais en retirant l’exigence d’excuses, elle évite de tomber dans le piège d’une exigence que Paris ne pourrait pas satisfaire sans provoquer une crise politique interne. C’est une main tendue, enrobée de droit. »

Réactions internationales

À Paris, le Quai d’Orsay n’a pas officiellement commenté cette évolution législative, préférant attendre la publication du texte final au Journal officiel algérien. Cependant, une source diplomatique française, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confié à notre rédaction que cette décision était « perçue comme un geste de maturité politique permettant d’envisager un futur apaisé, sans nier le passé. »

De l’autre côté de la Méditerranée, l’opinion publique algérienne reste divisée. Si certains y voient une avancée vers la normalisation, d’autres estiment que les excuses de la France sont un préalable indispensable à toute réconciliation.

Avec ce vote, Alger semble vouloir renverser la table des négociations mémorielles. En cessant d’exiger des excuses pour exiger une simple (mais ferme) reconnaissance juridique, l’Algérie tend à Paris une clé pour sortir de l’ornière des « repentances stériles ». Reste à savoir si le gouvernement de Gabriel Attal saisira cette perche pour débloquer les dossiers brûlants de la coopération bilatérale.

Ce vote intervient alors que l’Algérie célèbre cette année le 70e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale (1954).

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