Le 2 juin 2023, une manifestation d’agents du ministère de la Formation professionnelle a été dispersée par la police dans la commune de la Gombe. Selon nos informations, un manifestant blessé par balle a ensuite été détenu pendant plusieurs jours sans soins, et aurait été torturé après la découverte d’une carte de parti dans ses affaires.

Kinshasa, juin 2023 – Il est environ 10 heures, ce vendredi 2 juin, lorsque les premiers manifestants se rassemblent devant le ministère de la Formation professionnelle et Métiers, dans la commune de la Gombe. Selon les témoignages recueillis par notre rédaction, ils sont plusieurs dizaines à brandir des pancartes. Leur colère s’est nourrie, mois après mois, de salaires qui ne sont jamais arrivés.
Parmi eux, Yoolo Mboyo Dieu. Intégré au service en 2021, il affirme n’avoir perçu aucune rémunération depuis, soit près de deux ans, et avoir survécu grâce à la solidarité familiale. À ses côtés, Lopepe Asombo et Kodibere André disent eux aussi réclamer plusieurs années d’arriérés.
Leur cas n’est pas isolé. Des agents d’établissements publics et conventionnés rattachés à la Formation professionnelle font état d’impayés qui remontent, pour certains, à 2020 ou 2021. La mobilisation du 2 juin s’inscrit dans cette série de revendications restées sans réponse.
Une dispersion violente près de l’immeuble du gouvernement
Vers midi, le cortège décide de se rendre à l’immeuble du gouvernement, à proximité du ministère. C’est là que la situation dégénère. Des témoins décrivent un déploiement important des forces de l’ordre, puis des tirs, des gaz lacrymogènes et des coups de matraque.
Ce jour Yoolo Mboyo Dieu a été touché par une balle à la jambe droite et être tombé au sol. Incapable de fuir, il aurait été interpellé par des policiers et conduit au commissariat provincial de Kinshasa, avenue 24 Novembre.
Mauvais traitements et carte de parti
Selon nos investigations auprès de ses proches, il y aurait subi des violences physiques et une fouille humiliante. Les policiers auraient alors trouvé dans ses poches une carte du parti ECIDE, la formation de l’opposant Martin Fayulu, ce qui aurait aggravé son sort.
Détenir une carte de parti n’est pas une infraction en RDC, où la Constitution garantit la liberté d’association et d’opinion. Selon le témoignage de Yoolo Mboyo Dieu, cette découverte l’aurait pourtant fait traiter comme un militant d’opposition plutôt que comme un agent public en grève.
Ces faits interviennent dans un climat tendu : en mai 2023, plusieurs manifestations de l’opposition avaient été dispersées à Kinshasa, avec des blessés signalés par des organisations de défense des droits humains. [à sourcer précisément] Rien ne permet toutefois, à ce stade, d’établir un lien direct entre ces événements et le cas de Yoolo Mboyo Dieu.
Plus de trois jours sans soins
D’après sa famille, il serait resté détenu plus de trois jours sans recevoir de soins pour sa blessure. Les médecins s’accordent sur le fait qu’une plaie par balle non soignée expose à de graves risques d’infection.
Toujours selon ses proches, ses parents auraient obtenu sa sortie du commissariat grâce à un contact parmi les policiers de garde. Ce récit n’a pas pu être confirmé de source indépendante. Son état de santé s’est, d’après sa famille, stabilisé, mais sa jambe garde des séquelles.
Des questions sans réponse
Notre rédaction a sollicité le ministère de la Formation professionnelle et la Police nationale congolaise afin de recueillir leur version des faits. Aucune réponse ne nous était parvenue à la publication de cet article. Nous restons disposés à publier leurs réactions.
Ce dossier met en lumière deux problèmes distincts : le non-paiement prolongé de fonctionnaires, et les conditions dans lesquelles sont réprimées les manifestations à caractère social. Aucune enquête officielle, à notre connaissance, n’a été ouverte sur les faits rapportés.

