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L’opposant historique Martin Fayulu a Ă©tĂ© blessĂ© vendredi lors d’une manifestation contre une rĂ©vision constitutionnelle que l’opposition associe Ă  un scĂ©nario de troisième mandat pour FĂ©lix Tshisekedi. La coalition citoyenne C64 dĂ©nonce une rĂ©pression dĂ©libĂ©rĂ©e. La prĂ©sidence se tait. La tension monte.

La rue de Kinshasa n’a pas pardonnĂ© ce vendredi 12 Juin 2026. Parti du quartier de Limete dans un cortège qui se voulait pacifique, la marche organisĂ©e par la coalition citoyenne C64 a rapidement tournĂ© court. Les forces de l’ordre ont dispersĂ© le rassemblement Ă  coups de gaz lacrymogènes et de matraques. Dans la confusion, Martin Fayulu, ancien candidat Ă  la prĂ©sidentielle de 2018 et figure de proue de l’opposition congolaise, a reçu un projectile au bras. Il a Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© par ses gardes du corps vers une clinique privĂ©e. Son Ă©tat n’est pas grave. Mais l’image de l’opposant le bras bandĂ©, diffusĂ©e en quelques minutes sur les rĂ©seaux sociaux, a Ă©lectrisĂ© la classe politique et la sociĂ©tĂ© civile congolaises.

La revendication de la C64 est simple, directe et sans ambiguĂŻtĂ© : non Ă  toute rĂ©vision de la Constitution de 2006, non Ă  un troisième mandat prĂ©sidentiel. Car si FĂ©lix Tshisekedi, réélu en dĂ©cembre 2023, n’a jamais officiellement Ă©voquĂ© cette hypothèse, ses proches et alliĂ©s multiplient depuis plusieurs semaines les sorties publiques favorables Ă  une modification de la loi fondamentale, accusĂ©e selon eux de « paralyser l’exĂ©cutif ». Pour l’opposition, le scĂ©nario est limpide : on prĂ©pare le terrain pour une pĂ©rennisation du pouvoir.

« Je ne reculerai pas »

Depuis sa clinique, Martin Fayulu n’a pas attendu pour rĂ©agir. Dans une vidĂ©o postĂ©e sur ses rĂ©seaux sociaux, il a montrĂ© son avant-bras bandĂ© face camĂ©ra et dĂ©clarĂ©, la voix ferme : Â« Je ne reculerai pas. Nous ne laisserons personne toucher Ă  la Constitution pour se maintenir au pouvoir. » Une formule qui rĂ©sume Ă  elle seule l’Ă©tat d’esprit d’une opposition qui refuse d’ĂŞtre rĂ©duite au silence.

« Ce n’est pas un accident. C’est un tir volontaire contre notre leadership. On veut nous intimider. Nous n’avons pas peur. » — Un responsable de la coalition C64, sous couvert d’anonymat

La police de Kinshasa, de son cĂ´tĂ©, a Ă©voquĂ© des « incidents isolĂ©s » provoquĂ©s par des manifestants ayant lancĂ© des pierres, sans confirmer que Fayulu ait Ă©tĂ© directement visĂ©. La prĂ©sidence congolaise, elle, n’avait pas rĂ©agi officiellement jusqu’en fin de soirĂ©e d’aujourd’hui. Ce silence, dans un pays habituĂ© aux communiquĂ©s rapides dès que l’opposition est mise en cause, n’est pas passĂ© inaperçu.

La Constitution comme ligne rouge

La coalition C64 — dont le nom est un clin d’Ĺ“il aux 64 % de voix que le camp Fayulu affirme avoir rĂ©ellement obtenues lors de la prĂ©sidentielle de 2018, dont les rĂ©sultats officiels avaient Ă©tĂ© largement contestĂ©s — ne se bat pas seulement contre un troisième mandat. Sa plateforme est plus large : apurement du fichier Ă©lectoral, fin de l’insĂ©curitĂ© chronique dans l’Est du pays, indĂ©pendance rĂ©elle de la justice. Autant de chantiers que le pouvoir actuel peine Ă  faire avancer.

Mais c’est bien la question constitutionnelle qui cristallise les tensions. La Constitution congolaise de 2006, adoptĂ©e au terme d’un processus de transition douloureux, limite strictement le nombre de mandats prĂ©sidentiels. La modifier serait, pour des millions de Congolais, trahir l’esprit mĂŞme de la sortie de crise.

« La Constitution n’a pas besoin d’ĂŞtre rĂ©visĂ©e. Elle a besoin d’ĂŞtre respectĂ©e. » — Martin Fayulu, avant la marche

L’UA et l’ONU appellent au calme

Les rĂ©actions internationales n’ont pas tardĂ©. L’Union africaine et la Mission de l’ONU en RDC (Monusco) ont appelĂ© « au calme et au dialogue ». Du cĂ´tĂ© de la sociĂ©tĂ© civile congolaise, la condamnation est unanime.

Le pasteur Eric Nsenga, coordinateur du mouvement citoyen Lucha, a Ă©tĂ© particulièrement direct : Â« On ne rĂ©pond pas Ă  une revendication politique par des matraques, surtout quand l’interlocuteur est un cadre de l’opposition. »

La C64 a annoncé pour sa part une « semaine de deuil et de mobilisation », avec un rassemblement prévu mardi prochain devant le Palais de la Nation. Une escalade que beaucoup redoutent, dans un pays où les manifestations ont par le passé rapidement dégénéré en drames humains.

Tshisekedi face Ă  son propre miroir

Pour FĂ©lix Tshisekedi, qui a fait de l’ « État de droit » le slogan central de ses deux mandats, l’heure est dĂ©licate. Laisser rĂ©primer une marche pacifique et blesser un opposant de premier plan, c’est donner raison Ă  ceux qui l’accusent de suivre le chemin de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Mais laisser la rue dicter l’agenda constitutionnel, c’est fragiliser sa majoritĂ© et ses alliĂ©s qui poussent au changement.

Le bras blessĂ© de Martin Fayulu est dĂ©jĂ  un symbole. En politique congolaise, les symboles voyagent vite et s’ancrent profond dans la mĂ©moire collective. La RDC a connu trop de dirigeants qui ont sous-estimĂ© cette rĂ©alitĂ©.

Tshisekedi, lui, le sait mieux que quiconque. Il est l’heure pour lui de choisir quel cĂ´tĂ© de l’histoire il veut habiter.

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