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Depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, le pape LĂ©on XIV a lancĂ© un appel solennel aux dĂ©cideurs du monde — prĂ©sidents, gĂ©nĂ©raux, chefs de milices. Sans nommer personne. En dĂ©signant tout le monde. Pour l’Afrique, ce discours rĂ©sonne avec une acuitĂ© particuliĂšre.

Il n’a pas Ă©levĂ© la voix. Il ne l’a jamais besoin. Mais chaque mot du pape LĂ©on XIV, prononcĂ© hier depuis Rome, a traversĂ© les ocĂ©ans et les lignes de front comme un signal dans la nuit. Ce n’Ă©tait pas un sermon. C’Ă©tait un rĂ©quisitoire — doux dans la forme, implacable dans le fond.

Les cardinaux Ă©taient figĂ©s. Les fidĂšles, des millions, suspendus Ă  leurs Ă©crans Ă  travers le monde. Et LĂ©on XIV, debout dans la lumiĂšre de la loggia bĂ©nite de la basilique Saint-Pierre, a prononcĂ© des mots que personne dans cette assistance n’attendait sous cette forme, avec cette franchise, Ă  cet instant prĂ©cis.

« Ceux qui ont le pouvoir de dĂ©clencher les guerres doivent aujourd’hui entendre la clameur des mĂšres, des enfants et de la terre dĂ©chirĂ©e. Je vous le dis, vous qui tenez le destin des nations : choisissez la paix. »

Un message court. Une charge brute. Jamais, depuis Jean-Paul II dans les heures troubles de l’Irak en 2003, un pape n’avait ainsi dĂ©signĂ© — sans les nommer, en les visant tous — les dĂ©cideurs de la planĂšte comme les destinataires premiers d’un commandement moral. PrĂ©sidents, gĂ©nĂ©raux, chefs de milices, faiseurs de coups d’État : le Souverain Pontife leur parlait. Directement. Sans filet diplomatique.

Un tacle frontal habillé en priÚre

Dans son allocution, LĂ©on XIV n’a citĂ© aucun État, aucun conflit, aucun belligĂ©rant. C’est prĂ©cisĂ©ment ce silence gĂ©ographique qui donne Ă  ses mots leur portĂ©e universelle — et leur tranchant politique. La formule qu’il a martelĂ©e, « la guerre est toujours une dĂ©faite », n’est pas nouvelle dans le vocabulaire pontifical. Ce qui l’est, c’est l’ajout qui a suivi, sans concession :

« Celui qui l’enclenche pourra bien habiller son geste de dĂ©fense lĂ©gitime, d’ingĂ©rence humanitaire ou de guerre sainte : il portera le poids du sang versĂ©. » — Pape LĂ©on XIV, loggia de la basilique Saint-Pierre

Aucune puissance n’est Ă©pargnĂ©e par cette formule. Elle s’applique Ă  Moscou comme Ă  Washington, Ă  Tel-Aviv comme Ă  TĂ©hĂ©ran, aux juntes sahĂ©liennes comme aux coalitions occidentales. C’est en cela que ce discours est historique : non parce qu’il dit quelque chose de nouveau, mais parce qu’il dit la mĂȘme chose Ă  tout le monde, sans gradation, sans diplomatie prĂ©alable.

L’Afrique, destinataire invisible — et premier concernĂ©e

Pour Afrique en Plus, ce discours ne rĂ©sonne pas depuis un lointain balcon romain. Il rĂ©sonne depuis les dĂ©combres du Soudan, depuis l’est de la RDC oĂč les groupes armĂ©s se succĂšdent sans que la paix n’arrive jamais, depuis le Liptako-Gourma oĂč le Burkina Faso, le Mali et le Niger vivent sous la menace permanente. Le pape n’a nommĂ© aucun de ces foyers. Mais son Église y est prĂ©sente — massivement, quotidiennement, auprĂšs des populations que les armes broient.

Car LĂ©on XIV n’est pas un pontife abstrait sur ces questions. Ce pape discret — qui a refusĂ© le palais apostolique pour une chambre d’hĂŽpital quelques semaines aprĂšs son Ă©lection — connaĂźt l’Afrique par ses prĂȘtres, ses Ă©vĂȘques, ses fidĂšles. Le catholicisme africain, jeune, dynamique, reprĂ©sentant dĂ©sormais plus d’un tiers de l’Église universelle, pĂšse dans les synodes romains avec une autoritĂ© croissante. Et dans les sĂ©minaires de Kinshasa, d’Abidjan ou de YaoundĂ©, la phrase du pape fait dĂ©jĂ  florĂšs :

« Choisir la paix n’est pas un geste de faiblesse. C’est le seul acte de force qui dure. »

Les réactions dans le monde

À Moscou, le Kremlin a opposĂ© un silence embarrassĂ©. À Washington, une source proche du Pentagone a qualifiĂ© le discours de « gĂȘnant pour les alliances ». C’est depuis Addis-Abeba qu’est venue la rĂ©ponse la plus franche : « Ici, on sait ce que « choisir la paix » veut dire quand on a connu deux ans de guerre civile. Le pape ne parle pas dans le vide », a confiĂ© un diplomate Ă©thiopien, sous couvert d’anonymat. Dans les capitales africaines, aucune dĂ©lĂ©gation n’a publiquement rĂ©agi. Le silence aussi est une rĂ©ponse.

Ni naĂŻf, ni complaisant

On pourrait objecter — certains ne s’en sont pas privĂ©s — que les papes ont toujours appelĂ© Ă  la paix, que ce discours ne changera rien aux rapports de force rĂ©els, et que les lobbies de l’armement ont survĂ©cu Ă  bien des sermons. LĂ©on XIV semble avoir anticipĂ© cette objection. Lorsqu’un journaliste italien lui a demandĂ© s’il espĂ©rait vraiment flĂ©chir « les puissants », le pape a esquissĂ© un sourire triste avant de rĂ©pondre :

« Je ne suis pas naĂŻf. Je suis chrĂ©tien. Et j’appelle simplement les hommes Ă  ne pas devenir des dĂ©mons. » — Pape LĂ©on XIV, en rĂ©ponse Ă  la presse italienne

Dans les couloirs du Vatican, des proches du pape murmurent que ce discours pourrait lui valoir des inimitiĂ©s puissantes dans certaines capitales. D’autres confient, plus discrĂštement encore, que LĂ©on XIV aurait dĂ©jĂ  proposĂ© en privĂ© des mĂ©diations sur deux conflits en cours — sans qu’aucun dĂ©tail n’ait filtrĂ©. Le Saint-SiĂšge n’a ni confirmĂ© ni infirmĂ©.

Un pontificat qui refuse de bénir les canons

Ce qui est certain, c’est que LĂ©on XIV vient de planter un drapeau. Pas celui d’un camp, d’une puissance ou d’une alliance — celui d’un pontificat qui refuse de se laisser instrumentaliser par les faiseurs de conflits, d’oĂč qu’ils viennent. Les papes prĂ©cĂ©dents ont parfois Ă©tĂ© accusĂ©s de complaisance avec des rĂ©gimes autoritaires, de silences coupables face Ă  des guerres que l’Église aurait pu condamner plus tĂŽt. Ce discours marque, du moins dans ses intentions, une rupture de ton.

Les lobbies militaires, les industries de l’armement, les intĂ©rĂȘts miniers qui alimentent les conflits africains et les hĂ©ritages coloniaux qui en ont tracĂ© les fractures : LĂ©on XIV sait que toutes ces forces tissent une toile bien plus Ă©paisse que n’importe quel discours. Mais c’est prĂ©cisĂ©ment parce qu’il le sait qu’il n’a pas prononcĂ© un sermon confortable. Il a lancĂ© un dĂ©fi — Ă  ceux qui gouvernent, et Ă  ceux qui regardent gouverner.

En Afrique et ailleurs, les morts ne votent jamais pour la guerre. Ils la subissent, ils la fuient, ils en meurent — dans l’indiffĂ©rence de chancelleries trop occupĂ©es Ă  compter les points de leurs alliances. Le pape LĂ©on XIV leur a rendu hier une parole que personne, au niveau de son autoritĂ© morale mondiale, n’avait su leur rendre avec autant de nettetĂ©. Ce vent-lĂ  ne fait pas tomber les murs seul. Mais parfois, il suffit d’un vent pour que les murs commencent Ă  douter d’eux-mĂȘmes.

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