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Bangui, le 28 Janvier 2026 – Alors que les Centrafricains subissent des coupures d’électricité chroniques, un débat refait surface : et si l’uranium de Bakouma, exploité par les étrangers, devenait la clé de l’indépendance énergétique du pays ?

Le paradoxe d’un sous-sol riche dans un pays plongé dans le noir

Le gisement d’uranium de Bakouma, découvert en 1949 par le Commissariat à l’énergie atomique français, représente l’un des plus importants potentiels miniers du pays. Pourtant, son histoire est marquée par les promesses non tenues et les abandons. Le président centrafricain Jean-Bedel Bokassa en réclamait déjà l’exploitation à la France en 1968.

La situation énergétique du pays est désespérante : seuls 16% de la population ont accès à l’électricité (35% à Bangui, 8% dans les principales villes de province et 2% en zone rurale). Sur les réseaux sociaux, les Centrafricains expriment leur exaspération : « Parlons sérieusement de l’ENERCA… Pourquoi la situation empire-t-elle de jour en jour ? », s’interroge un post Facebook viral.

L’échec cuisant d’Areva et le pillage des ressources

En 2007, le géant français Areva rachète UraMin, détenteur des permis de Bakouma, pour 2,5 milliards de dollars. Mais le projet tourne au fiasco. Après avoir versé 10 millions d’euros au pouvoir centrafricain et promis 50 millions supplémentaires étalés sur cinq ans, Areva déprécie les actifs à plusieurs reprises avant de réduire à zéro la valeur du site en 2012. L’affaire aboutit à des pertes colossales de 4,8 milliards d’euros pour l’entreprise française et à des mises en examen pour corruption et comptes inexacts.

Ce scénario illustre un modèle récurrent : « Les richesses du pays ont été convoitées, et pillées », analyse Benoît Lallau, économiste spécialiste de la RCA. Le pays est « entouré de zones périphériques où naissent rébellions et bandes armées qui franchissent aisément les frontières, attirées depuis toujours par les richesses centrafricaines ».

L’alternative : une centrale nucléaire pour le Centrafrique ?

Alors que l’exploitation minière industrielle a échoué, une question émerge : pourquoi ne pas utiliser directement l’uranium pour produire de l’électricité sur place ? Un réacteur nucléaire modulaire de nouvelle génération pourrait théoriquement fournir une électricité stable et continue à une grande partie du pays.

Pourtant, cette option se heurte à de redoutables obstacles :

· Coût et complexité : La construction d’une centrale nucléaire nécessite des investissements de plusieurs milliards de dollars, une expertise technique pointue et des décennies de développement des ressources que la RCA, classée parmi les pays les plus pauvres du monde, ne possède pas.

· Sécurité et stabilité : La région de Bakouma, dans le Haut-Mbomou, est en proie à l’instabilité. En 2024, l’armée y a recruté des miliciens azandé pour combattre les rebelles, une initiative qui a aggravé les violences. Un site nucléaire nécessiterait une sécurité absolue.

· Gouvernance et transparence : L’histoire du pays est marquée par la « prédation comme fondement » du pouvoir. Un projet d’une telle envergure risquerait de reproduire les schémas de corruption et de captation des rentes.

Les chemins alternatifs vers l’électricité

Face à ces défis, la République Centrafricaine explore d’autres voies. Le pays vient d’inaugurer la centrale solaire de Danzi (25 mégawatts), qui alimente 250 000 habitants de Bangui et remplace plus de 90% de l’énergie produite au diesel. D’ici 2030, près de la moitié de la population devrait avoir accès à l’électricité, grâce à des projets de mini-réseaux et de kits solaires.

Ces solutions décentralisées, moins coûteuses et plus rapides à mettre en œuvre, semblent plus adaptées au contexte centrafricain que le nucléaire. Mais elles ne répondent pas à la question fondamentale soulevée par les citoyens : comment faire en sorte que les richesses du sous-sol bénéficient enfin à la population ?

« Un jour le peuple dira ça suffit »

Le sentiment d’injustice grandit. Comme le résume un internaute centrafricain : « Seul pays qui accepte ces choses est RCA : pas d’eau, pas d’électricité. On est là tranquille comme si on est au 16ème siècle ». L’uranium de Bakouma symbolise ce paradoxe insupportable d’un pays « potentiellement si riche » selon l’antienne répétée, mais dont les richesses sont systématiquement détournées.

L’exploitation directe de l’uranium pour une centrale nucléaire nationale relève aujourd’hui du fantasme face aux réalités géopolitiques, sécuritaires et économiques. Mais la question posée est légitime : combien de temps les Centrafricains devront-ils attendre avant que les promesses associées à leurs ressources ne se transforment en développement tangible ?

Dans l’immédiat, la voie solaire semble la plus réaliste. Mais l’appétit pour les ressources centrafricaines ne faiblit pas, comme en témoignent les récents engagements de troupes russes dans le Haut-Mbomou.

L’histoire de Bakouma n’est peut-être pas terminée, et avec elle, l’espoir ténu qu’un jour, cette richesse souterraine illumine enfin le pays.

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