0 6 minutes 2 mois

Le corps prĂ©sentant des traces de violences sĂ©vères a Ă©tĂ© inhumĂ© sous la pression du temps, sans qu’aucune enquĂŞte judiciaire n’ait Ă©tĂ© ouverte. La question « Qui a extrait les policiers ? » reste sans rĂ©ponse.

Bangui, le 6 fĂ©vrier 2026 – Dans une douleur mĂŞlĂ©e d’une colère froide, la famille et les proches du Gardien de la Paix Romaric JudicaĂ«l Mokoboulou ont inhumĂ© sa dĂ©pouille, ce vendredi 06 fĂ©vrier 2026, au village YĂ©ma-Kabo dans la Lobaye. Ce geste ultime intervient après une quĂŞte Ă©puisante et vaine de vĂ©ritĂ© et de justice. Le policier, en service Ă  l’Office Central de RĂ©pression du Banditisme (OCRB), avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© le 15 dĂ©cembre dernier. Son corps a Ă©tĂ© retrouvĂ©, sans qu’aucune autoritĂ© n’en informe officiellement sa famille, Ă  la morgue de l’HĂ´pital gĂ©nĂ©ral de Bangui (CNHUB) le dimanche 1er fĂ©vrier.

Les circonstances de cette dĂ©couverte, relayĂ©es par MĂ©dias Plus et corroborĂ©es par des tĂ©moignages familiaux, sont Ă  la fois sordides et accablantes. Le corps de Mokoboulou Ă©tait dans un Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e, le rendant mĂ©connaissable. Pire, il portait les stigmates Ă©vidents de violences extrĂŞmes : saignements au niveau du nez et de la bouche, menton fendillĂ© et multiples blessures sur le corps. Des Ă©lĂ©ments qui dressent le tableau d’une mort non naturelle et potentiellement violente.

Une traque administrative pour un deuil impossible

Face Ă  ce drame, la famille s’est heurtĂ©e Ă  un mur de silence et d’inaction des institutions. MalgrĂ© les dĂ©marches insistantes des proches et de leur avocat, il leur a Ă©tĂ© impossible d’obtenir une audience auprès du procureur de la RĂ©publique, garant de l’action publique. Aucun rapport mĂ©dical lĂ©gal, aucune communication officielle sur les causes de la mort, aucune ouverture d’enquĂŞte prĂ©liminaire. Seule la dĂ©composition accĂ©lĂ©rĂ©e du corps a forcĂ© la dĂ©cision douloureuse d’une inhumation rapide, privant ainsi potentiellement la justice de preuves cruciales.

Cette affaire renvoie directement à l’arrestation, le 15 décembre, de Romaric Mokoboulou et de deux de ses collègues. Ils avaient été interpellés à la suite de l’évasion spectaculaire du chef rebelle Nour Grégaza, figure tristement célèbre des violences dans le nord du pays. Depuis, le sort des deux autres policiers reste inconnu, alimentant les pires craintes.

La question qui tue : « Qui est parti extraire les trois policiers dans leur lieu de détention ? »

Dans les couloirs du pouvoir et au sein de la profession policière, une interrogation brûlante circume : « Qui sont ceux qui sont partis extraire les 3 policiers ? ». Cette question simple pointe directement vers la possibilité d’une arrestation et d’une détention en dehors de toute chaîne de commandement policière régulière. Elle sous-entend l’intervention d’acteurs parallèles, opérant avec une impunité qui défie l’État de droit.

Dans ce contexte, le silence assourdissant du Directeur Général de la Police Nationale Bienvenu ZOKOUE est perçu non comme une réserve prudente, mais comme une complicité par l’inaction. En sa qualité de chef suprême de la corporation, il est le premier garant de la sécurité et des droits de ses hommes. Son mutisme face à la mort atroce d’un des siens, et à la disparition de deux autres, est une trahison envers la famille éplorée et envers tous les policiers qui risquent leur vie chaque jour. Ce silence corrode le moral des troupes et sape la confiance dans l’institution.

Un devoir d’État et un test pour la souveraineté

La famille de Romaric Judicaël Mokoboulou ne réclame pas des manifestations de colère, mais elle exige, avec une dignité et une fermeté admirable, que « toute la lumière soit faite ». Ils demandent l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante, transparente et crédible sur les circonstances de son arrestation, de sa détention et de sa mort.

Au-delà du drame personnel, c’est l’engagement de l’État centrafricain envers la justice, l’État de droit et la dignité humaine qui est sur la sellette. Peut-on tolérer que des serviteurs de l’État, censés incarner la loi, soient arrêtés, possiblement torturés et tués dans l’ombre, sans que nul ne rende de comptes ? Jusqu’où l’impunité, qu’elle soit le fait d’éléments internes ou de partenaires étrangers agissant hors de tout cadre, peut-elle s’étendre ?

L’affaire Mokoboulou est un point de non-retour. Elle appelle une réponse claire, ferme et rapide des plus hautes autorités du pays. Le Chef de l’État, le Ministre de la Justice, le Procureur de la République et le DG de la Police doivent rompre le silence. La vérité, aussi douloureuse soit-elle, doit être établie et les responsables, quels que soient leur rang ou leur parrainage, doivent être traduits en justice.

La mémoire de Romaric Judicaël Mokoboulou, et l’honneur de la République, l’exigent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *