Carnot, le 30 décembre 2025- L’Autorité nationale des élections accusée de violations des procédures légales en pleine période de scrutins groupés.
Alors que la République centrafricaine tente de mener à bien ses élections groupées, un incident grave à Carnot, dans l’ouest du pays, jette une ombre sur la crédibilité de l’ensemble du processus. Selon plusieurs témoignages concordants, le dépouillement des bulletins de vote du dimanche dernier s’est déroulé en l’absence totale des représentants des candidats, une violation flagrante des procédures légales. Ce cas, loin d’être isolé, provoque une levée de boucliers et fait craindre de nouvelles violences dans un pays encore meurtri par des années de conflit.
Un dépouillement solitaire et illégal
D’après des rapports fiables sur place, les urnes de la ville de Carnot, après le vote de dimanche, ont été centralisées à la mairie. Quarante-huit heures plus tard, les agents de l’Autorité nationale des élections (ANE) ont procédé au comptage des voix. Le problème ? Cette opération cruciale s’est faite à huis clos, sans la présence des délégués des candidats aux élections présidentielle, législatives, municipales et régionales, pourtant garante de la transparence.
· Une alerte lancée par un ancien député : Contacté par téléphone, Vivien GABA, ancien député de Carnot, a tiré la sonnette d’alarme. Il dénonce une « pratique illégale » qui, selon lui, « risque de mettre le feu dans un pays déjà meurtri ». Son cri d’alarme souligne le niveau d’exaspération et de défiance qui entoure cet épisode.
· Un cas parmi d’autres : Des sources locales affirment que la situation observée à Carnot n’est malheureusement pas un cas unique. D’autres dysfonctionnements similaires auraient été signalés dans différentes localités, alimentant un sentiment général de suspicion.
Un contraste saisissant avec les promesses de l’ANE
Cette affaire survient dans un contexte où l’ANE avait pourtant tout mis en œuvre pour rassurer sur son impartialité et son professionnalisme.
· Des engagements solennels : En octobre dernier, le président de l’ANE, le Dr Mathias Barthélemy Morouba, avait lancé officiellement la période de dépôt des candidatures en réaffirmant l’engagement de l’institution à garantir des « élections transparentes, inclusives et crédibles ». Il avait alors souligné que « toutes les dispositions ont été prises pour assurer l’équité et la neutralité du processus ».
· Un appel à la responsabilité ignoré : Lors de ce même discours, Dr Morouba avait lancé un appel aux partis politiques et candidats, les invitant « à faire preuve de responsabilité et à respecter les règles du jeu démocratique » et à privilégier « une confrontation d’idées au service de l’intérêt général ». L’incident de Carnot montre que ces règles fondamentales n’ont pas été respectées, et ce, par l’institution même chargée de les faire appliquer.
Le risque d’une crise de confiance aux conséquences imprévisibles
La crédibilité d’une commission électorale est la pierre angulaire de la paix après un scrutin. Son indépendance et son professionnalisme sont primordiaux pour prévenir les contestations violentes. L’exemple du Cameroun voisin, où les doutes sur l’indépendance des organes électoraux alimentent les tensions à l’approche d’un scrutin, doit servir d’avertissement.
En Centrafrique, où la confiance des citoyens et des partis politiques est fragile, de tels manquements sont extrêmement dangereux. Ils peuvent :
1. Légitimer les discours de rejet total des résultats.
2. Décourager définitivement la participation citoyenne.
3. Servir de détonateur à des manifestations ou des violences, dans un pays qui n’a pas besoin de nouvelles secousses.
À suivre : La réaction officielle de l’ANE à ces accusations est attendue. La communauté internationale, très impliquée dans la stabilisation du pays, surveillera de près la manière dont les autorités centrafricaines géreront cette crise de confiance naissante. La balle est désormais dans le camp de l’institution électorale, qui doit rétablir la transparence et le respect de la loi pour éviter que la flamme allumée à Carnot ne se propage.

