A bord du vol AF 815 Nairobi Paris, un bebe atteint d’une pathologie cardiaque lourde succombe à un arrêt respiratoire malgré la mobilisation des médecins a bord
Il voyageait pour vivre. Il est mort pour n’avoir pu attendre. Un drame qui interroge les frontières de la médecine, du ciel et de l’humanité.
A 10 000 mètres d’altitude, quelque part entre l’Afrique et l’Europe, dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 février 2026, un nourrisson a rendu son dernier souffle. Il s’appelait l’espoir. Il avait un cœur malade. Et il voyageait vers la France, vers des médecins, vers la vie. Mais le ciel n’a pas attendu. A bord du vol AF 815 d’Air France, en dépit de l’héroïsme silencieux de médecins passagers, en dépit des consignes transmises par satellite depuis le SAMU de Paris, l’enfant est mort. Le vol a atterri à Paris-Charles-de-Gaulle à 6h10 du matin, lundi. Avec, dans ses soutes, l’indicible chagrin d’une famille.
PARIS-CHARLES-DE-GAULLE / NAIROBI — Par notre correspondant international
Il y a des nouvelles qui n’auraient jamais dû exister. Celle-ci en fait partie. Ce lundi matin, la France et le monde ont appris qu’un nourrisson, transporté en urgence médicale de Nairobi à Paris pour recevoir des soins spécialises, avait perdu la vie en plein vol. Un enfant partait vers la guérison. Il est arrivé sans vie.
C’est la compagnie Air France qui a communique l’information dans la matinée du lundi 23 février. Les faits sont établis, sobrement énonces dans un communique : un nourrisson, atteint d’une pathologie cardiaque lourde, a été victime d’un arrêt respiratoire a bord du vol AF 815, qui reliait l’aéroport international Jomo-Kenyatta de Nairobi a l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Il était accompagné. Il ne reviendra pas de ce voyage.
LES FAITS — UNE COURSE CONTRE LA MORT A DIX MILLE METRES
Le vol AF 815 avait décollé dimanche soir de Nairobi. Quelques heures plus tard, en plein survol du continent africain ou de la Méditerranée, l’enfant a présenté des signes d’arrêt respiratoire. L’équipage a immédiatement déclenché le protocole d’urgence médicale en vigueur : contact par satellite avec la régulation du SAMU de Paris, qui a émis en temps réel des consignes précises sur les gestes à prodiguer.
Conformément à la procédure standard des compagnies aériennes internationales, le commandant de bord a ensuite lancé un appel aux passagers pour identifier les professionnels de santé présents a bord. Plusieurs médecins ont répondu à cet appel et se sont précipités au chevet du nourrisson. Leurs efforts, conjugués aux instructions du SAMU parisien, ont été intenses, prolongés, désespérés. Ils n’ont pas suffi.
L’avion a poursuivi sa route et s’est posé à l’heure prévue a Paris-Charles-de-Gaulle, vers 6h10 du matin, lundi. Le nourrisson était déjà décédé. Air France a tenu à préciser que l’ensemble des protocoles sanitaires avaient été strictement respectés, que l’équipage avait agi avec professionnalisme et que tous les moyens disponibles avaient été mobilisés.
« Ce nourrisson, atteint d’une pathologie cardiaque lourde, venait en France pour des soins. Comme le requiert la procédure, l’équipage a contacté par satellite la régulation du SAMU de Paris. Tous les protocoles sanitaires ont été respectes. » — Porte-parole d’Air France, communique officiel du 23 février 2026
UN ENFANT VENU DE LOIN POUR VIVRE — L’INEGALITE DES SOINS EN QUESTION
Derrière le fait divers, il y a une histoire. Et cette histoire, si elle reste incomplète la compagnie aérienne n’ayant communiqué ni la nationalité de l’enfant, ni celle de sa famille, ni le pays d’origine exact du transfert médical , dit quelque chose d’essentiel sur les inégalités de santé qui traversent notre monde.
Un nourrisson atteint d’une pathologie cardiaque lourde, soigné à Nairobi, transporté vers Paris pour y recevoir des soins spécialisés : ce schéma est celui de centaines, peut-être de milliers de familles africaines chaque année, contraintes de traverser des continents entiers pour accéder à des techniques médicales ou des équipements que leurs pays ne possèdent pas encore. Ces enfants voyagent avec leur fragilité pour seul bagage, entre les mains de compagnies aériennes et d’équipages qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont.
La médecine en vol a fait des progrès considérables ces dernières décennies. Les appareils commerciaux sont désormais équipés de défibrillateurs, d’oxygène médical, de kits de premiers secours. La coordination avec les centres de régulation médicale au sol, comme le SAMU de Paris dans ce cas, permet de guider à distance des gestes qui, il y a trente ans encore, auraient été impossibles. Mais certaines pathologies cardiaques néonatales restent, même au sol, d’une prise en charge redoutablement complexe. Dans les airs, avec les moyens d’un avion de ligne, les limites s’imposent avec une brutalité sans appel.
LES MEDECINS DU CIEL — HOMMAGE AUX HEROS ANONYMES DU VOL AF 815
Il faut dire quelque chose de ces médecins. Ces hommes et ces femmes qui voyageaient en passagers, qui rentraient peut-être d’un congé, d’un congrès ou d’une mission humanitaire. Qui, en entendant l’appel du commandant de bord, n’ont pas hésité une seconde. Qui ont abandonné leur siège, retroussé leurs manches, et ont tenté l’impossible.
La médecine d’urgence en vol est une discipline à part entière, que peu de praticiens pratiquent mais que beaucoup peuvent être appelés à exercer sans préavis. Le protocole imposé par Air France contact SAMU, appel aux passagers médecins, coordination en temps réel est conforme aux standards de l’Aviation civile internationale. Il a été respecté. Les médecins présents ont fait leur devoir, au-delà de leur devoir.
Ces professionnels anonymes repartent de cette nuit avec quelque chose que rien n’effacera : la mémoire d’un enfant dont ils n’ont pas pu sauver la vie, malgré tout. Ils méritent que l’on dise, au moins, qu’ils ont essayé. Vraiment essayé.
ECLAIRAGE — Urgences médicales en vol : ce que dit la loi
En France, tout médecin témoin d’une urgence est soumis a l’obligation d’assistance à personne en danger (article 223-6 du Code pénal). En vol, cette obligation s’applique également. Les médecins qui répondent à l’appel du commandant de bord bénéficient d’une protection juridique dans la plupart des pays si leurs actes sont conformes aux règles de l’art. Le commandant de bord dispose, lui, de l’autorité suprême à bord et peut décider de dérouter l’appareil en cas d’urgence médicale une décision qui n’a visiblement pas été prise sur le vol AF 815, l’enfant étant probablement déjà en état critique avant qu’un déroutement soit envisageable.
LE MONDE A 6H10 DU MATIN — QUAND UN AVION ATTERRIT AVEC UN DEUIL A BORD
Il est 6h10. L’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle s’éveille. Des milliers de passagers débarquent de leurs vols de nuit, trainent leurs valises, cherchent un café. Le vol AF 815 en provenance de Nairobi se gare a son terminal. Parmi les passagers qui descendent, une famille, ou un accompagnateur, porte un chagrin que rien ne prépare à porter.
La compagnie aérienne n’a communiqué aucun détail sur l’identité de ceux qui accompagnaient l’enfant. Leur discrétion est une forme de respect. Mais derrière ce silence, il y a une famille qui est partie avec un enfant malade vers l’espoir, et qui est arrivée avec un enfant mort vers le deuil. Ce trajet là, de l’espoir au deuil, est l’un des plus courts et des plus dévastateurs qui soit.
Air France a présenté ses condoléances à la famille, sans autre communiqué à l’heure ou nous publions ces lignes. Les autorités sanitaires françaises et les services de police aux frontières ont été informés de la situation, conformément aux procédures en vigueur lors de tout décès constaté a bord d’un aéronef atterrissant sur le sol Français.
Il n’y a pas de bonne manière d’écrire la mort d’un nourrisson. Il n’y a pas de paragraphe qui consolide, pas de formule qui répare. Il y a juste l’obligation de dire ce qui s’est passé, de le dire avec respect, et de rappeler que derrière chaque statistique de santé mondiale, derrière chaque rapport sur l’inégalité d’accès aux soins entre le Nord et le Sud, il y a des enfants. Des enfants qui n’atteignent pas le médecin à temps. Qui meurent dans des avions. Qui avaient un nom, un visage, une vie devant eux. Ce nourrisson était l’un d’eux.

