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Abidjan, 8 décembre 2025 – Sous le marbre solennel du Palais présidentiel, le Président Alassane Ouattara, 83 ans, a prêté serment pour un quatrième quinquennat ce lundi 8 décembre, acclamé par un parterre de chefs d’État et des institutions. Cet événement, marqué par un fort rayonnement diplomatique, ouvre une page institutionnelle complexe, sur fond de contestation de la légitimité même de ce nouveau mandat.

Une cérémonie républicaine à haute portée symbolique

Dans une salle comble, devant le Conseil constitutionnel, Alassane Ouattara a renouvelé son engagement à « respecter et défendre fidèlement la Constitution » et à « incarner l’unité nationale ». La cérémonie, rituel immuable de la République, a été ponctuée par la remise au chef de l’État du Grand Collier de l’Ordre national, la plus haute distinction honorifique du pays.

L’audience solennelle a réuni l’ensemble des institutions de l’État, le gouvernement, le corps diplomatique et une délégation internationale de premier plan. La présidente du Conseil constitutionnel, Chantal Nanaba Camara, a salué dans son allocution « la légitimité du scrutin » et « la maturité démocratique de la Côte d’Ivoire ».

Un éclat diplomatique en demi-teinte

L’investiture a confirmé le poids diplomatique d’Abidjan dans la sous-région. La liste des personnalités présentes est un indicateur de cette influence :

· Chefs d’État africains : Une dizaine de présidents en exercice étaient présents, dont ceux du Sénégal (Bassirou Diomaye Faye), du Gabon (Brice Clotaire Oligui Nguema), du Ghana, du Congo-Brazzaville et des Comores.

· Représentation internationale : La France était représentée par la présidente de l’Assemblée nationale, les États-Unis par un sous-secrétaire d’État, et la Francophonie par sa secrétaire générale.

· Anciens présidents : Des figures comme le Nigérian Goodluck Jonathan et le Ghanéen Nana Akufo-Addo ont également répondu présent.

Cette mobilisation contraste avec l’absence notable des principaux leaders de l’opposition ivoirienne, qui contestent la constitutionnalité du processus.

Les ombres d’une victoire écrasante

Le quatrième mandat d’Alassane Ouattara s’enracine dans une victoire électorale sans appel, mais entachée de nombreuses controverses.

· Un score présidentiel : Réélu dès le premier tour le 25 octobre 2025, Ouattara a recueilli 89,77% des suffrages exprimés.

· Une participation limitée : Le taux de participation officiel s’est établi à environ 50% des électeurs inscrits, un chiffre qui reste un enjeu d’interprétation politique.

· Une opposition affaiblie : Le scrutin s’est tenu sans les figures de proue de l’opposition. Les candidatures de l’ancien président Laurent Gbagbo et du leader du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, ont été jugées « irrecevables » par le Conseil constitutionnel. Ce rejet, ajouté à l’arrestation de manifestants avant le vote, a créé un climat de tension.

· Un bilan sécuritaire lourd : La période électorale a été marquée par des violences ayant causé, selon les sources, la mort d’au moins 11 personnes et l’interpellation de plus de 1 600 autres.

Les défis d’un mandat sous tensions

Dans son discours suivant la prestation de serment, le Président Ouattara s’est voulu rassembleur, promettant d’être « le président de tous les Ivoiriens » et d’œuvrer pour « une grande Côte d’Ivoire, innovante ». Il a également évoqué un mandat de « transmission générationnelle », peut-être en réponse aux critiques sur la longévité au pouvoir.

Cependant, les analystes soulignent que ce nouveau quinquennat s’ouvre sur une cohésion sociale fragilisée. L’analyste politique Nazaire Kadja décrit une atmosphère « lourde et délétère, où les Ivoiriens continuent à se regarder en chiens de faïence ». Le principal défi sera donc de réconcilier un pays dont une partie de la population et de la classe politique ne reconnaît pas la légitimité constitutionnelle de ce quatrième mandat.

Alors que les honneurs militaires ont retenti pour clore la cérémonie, le véritable serment à tenir pour Alassane Ouattara sera celui de l’apaisement et du dialogue dans une Côte d’Ivoire toujours en quête d’une unité complète.

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