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Exécutions de masse, famine et violences ethniques : la plus grande crise humanitaire au monde s’enfonce dans l’horreur sous le regard impuissant de la communauté internationale.

La chute de la ville d’El Fasher, dernier bastion de l’armée au Darfour, entre les mains des Forces de soutien rapide (FSR) a été marquée par une flambée d’atrocités à grande échelle. Sur la base de témoignages, de preuves vidéo et d’images satellites, une enquête révèle l’ampleur des crimes commis, tandis que les Nations Unies tirent une sonnette d’alarme désespérée face à ce qu’elles qualifient de « plus grande crise humanitaire au monde ».

El Fasher, épicentre de l’horreur

La prise d’El Fasher, le 26 octobre 2025, après plus de 500 jours de siège, représente un « tournant majeur » dans le conflit soudanais. Mais cette victoire militaire des FSR s’est accompagnée de crimes d’une brutalité inouïe.

Exécutions sommaires et massacres : Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU rapporte des « témoignages horribles » faisant état « d’exécutions sommaires, de massacres, de viols, d’attaques contre des travailleurs humanitaires, de pillages, d’enlèvements et de déplacements forcés ». Le nombre de victimes civiles et de personnes mises hors de combat se compterait en centaines. Le Humanitarian Research Lab de l’Université Yale a analysé des images satellites montrant des « décolorations rougeâtres du sol » et des regroupements d’objets correspondant à des corps humains dans le quartier de Daraja Oula, signes visibles de massacres. Le laboratoire conclut à un « processus systématique et intentionnel de nettoyage ethnique, des déplacements forcés et des exécutions massives ».

Les violences sexuelles systématiques : Le HCDH a documenté le viol collectif d’au moins 25 femmes lorsque les FSR ont pénétré dans un refuge pour personnes déplacées près de l’université d’El Fasher. Des témoins ont confirmé que des membres des FSR « ont sélectionné des femmes et des filles et les ont violées sous la menace d’une arme ».

Des Attaques ciblées contre les soins de santé : Le système de santé, déjà exsangue, est délibérément pris pour cible. Le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait part de sa consternation après le massacre de 460 patients et accompagnants dans l’hôpital saoudien d’El Fasher, perpétré par les FSR. Depuis le début du conflit en avril 2023, l’OMS a recensé 189 attaques contre des structures de santé, ayant fait 1 670 morts et 419 blessés. Ces attaques sont de plus en plus meurtrières, 86 % des décès liés à de telles attaques étant survenus en 2025.

Une crise humanitaire aux dimensions apocalyptiques

Au-delà du drame immédiat d’El Fasher, l’ensemble du Soudan sombre dans une catastrophe sans précédent.

La plus grande crise de la faim au monde : « C’est le seul endroit au monde où la famine est actuellement confirmée », a rappelé Shaun Hughes, coordinateur régional du Programme alimentaire mondial (PAM).

Environ 25 millions de personnes, soit la moitié de la population, sont confrontées à une faim extrême, et près de 5 millions d’enfants et de mères souffrent de malnutrition aiguë. Le siège d’El Fasher a contraint de nombreux civils à se nourrir de fourrage pour animaux pour survivre.

Des Déplacements massifs de population : Le conflit a généré un nombre stupéfiant de près de 13 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de 4 millions d’autres ont cherché refuge dans les pays voisins. Depuis la chute d’El Fasher, des dizaines de milliers de civils terrifiés tentent de fuir à pied dans des conditions périlleuses.

Une génération sacrifiée : Tom Fletcher a rappelé que 90 % des enfants soudanais sont privés d’éducation et qu’« un civil sur cinq tués à El Fasher ce mois-ci était un enfant ». « Le monde a trahi une génération entière », a-t-il résumé.

Les appels à l’action et les obstacles à la paix

Face à cette tragédie, la réponse internationale est jugée gravement insuffisante.

Une indignation onusienne : Devant le Conseil de sécurité, Tom Fletcher n’a pas caché sa colère, qualifiant El Fasher de « ville descendue dans les ténèbres de l’enfer » et dénonçant un « échec collectif de notre responsabilité de protéger ». Il a lancé une question cinglante à la communauté internationale : « Où est notre diplomatie ? Où sont nos valeurs ? Où est notre Charte ? Où est notre conscience ? ».

La Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique, Martha Pobee, a pour sa part souligné que les avertissements étaient clairs depuis des mois et que « c’est l’inaction qui a permis la catastrophe ».

Un financement dramatiquement insuffisant : Les plans d’aide humanitaire pour le Soudan sont « dangereusement sous-financés ». Le PAM doit combler un déficit de financement de 80 % pour venir en aide à 7 millions de personnes dans les six prochains mois, et a dû réduire les rations alimentaires dans les zones de famine. Tom Fletcher a annoncé avoir alloué 20 millions de dollars du Fonds central d’intervention d’urgence, tout en soulignant que 74% du Plan de réponse humanitaire 2025 reste non financé.

L’ingérence extérieure et l’impasse diplomatique : Le Secrétaire général de l’ONU a appelé à la « fin de toute ingérence extérieure ». Des rapports de l’ONU et d’ONG documentent que les FSR ont reçu armes et drones des Émirats arabes unis, tandis que l’armée bénéficierait du soutien de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Turquie, bien que ces pays nient toute implication. Les pourparlers de paix, menés par le « Quad » (États-Unis, Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis), sont dans l’impasse.

Alors que les civils soudanais endurent des souffrances inimaginables, la communauté internationale est confrontée à un test décisif de sa conscience et de sa capacité à empêcher une catastrophe humaine encore plus grande. Les preuves des atrocités sont accablantes, les appels à l’aide sont lancés. Il ne manque que la volonté politique d’y répondre.

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