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Alors que le Parlement européen vient d’adopter une résolution appelant à la libération du président déchu Mohamed Bazoum, force est de constater que la France, par relais interposés, tente de maintenir une pression politique sur Niamey. Mais derrière l’affichage solennel des 524 voix pour, 2 contre, se cache une question bien plus pragmatique, et bien moins glorieuse : que cherche réellement Paris dans ce Sahara qui lui échappe ?

Le 14 mars 2026, sous l’impulsion notamment de l’eurodéputé français Christophe Gomart (LR), le Parlement européen a sorti ses écrits. À une écrasante majorité, il « demande la libération immédiate du président nigérien Mohamed Bazoum ». Un coup de tonnerre dans le microcosme bruxellois, un léger nuage de poussière à Niamey. Cette résolution est présentée par ses auteurs comme un rappel ferme aux valeurs démocratiques et aux droits de l’Homme.

Mais pour tout observateur avisé des relations internationales, ce texte sonne surtout comme un ultime baroud d’honneur diplomatique. Il est le symptôme flagrant de l’agonie de l’influence française dans une région où elle ne fait plus la pluie et le beau temps.

L’empire des illusions perdues

Posons la question crûment : que veut la France au Niger ? Officiellement, elle veut la stabilité du Sahel, la lutte contre le terrorisme et le retour à l’ordre constitutionnel. Officieusement, Paris veut d’abord sauver ce qu’il reste de ses intérêts. Des intérêts économiques, avec l’uranium d’Orano (ex-Areva) qui alimente ses centrales. Des intérêts stratégiques, avec une base militaire à Niamey qui fut, jusqu’à l’expulsion des troupes françaises, un pivot de l’opération Barkhane. Et surtout, une question d’orgueil : la perte du Niger, après le Mali et le Burkina Faso, signe l’effondrement complet de la « Françafrique » et de son pré carré.

En allant chercher un quitus au Parlement européen, Paris ne cherche pas à libérer Bazoum. Elle sait pertinemment que les régimes militaires de la région, portés par un sentiment anti-français grandissant, n’en ont cure. Elle cherche plutôt à internationaliser un conflit qu’elle a perdu sur le terrain bilatéral.

Le miroir aux alouettes européen

Pourquoi l’Europe ? Parce que la voix de la France ne porte plus seule. En faisant endosser cette résolution par des eurodéputés de différents groupes, Paris tente de transformer une querelle post-coloniale en un affrontement entre le Niger et l’Union européenne toute entière. L’objectif est double :

1. Légitimer l’ingérence en la noyant dans un consensus multilatéral.

2. Menacer le CNSP (Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie) d’un front uni des 27, susceptible d’utiliser des leviers économiques ou de coopération autrement plus puissante que ceux de la seule France.

Mais c’est un pari risqué et quelque peu désespéré. Les 524 voix obtenues ne sont que du vent. Ce n’est pas une force de frappe, c’est une motion. Les putschistes de Niamey le savent : l’Europe, empêtrée dans ses propres crises internes, n’ira pas guerroyer au Sahel pour les beaux yeux d’un ancien président.

Une déstabilisation par procuration ?

La résolution mentionne une déstabilisation. Permettez-nous de poser la question en miroir : demander un « quitus » pour sanctionner, isoler, et affaiblir un gouvernement souverain issu d’un rapport de force local, n’est-ce pas là une forme de déstabilisation ? En refusant de dialoguer avec les autorités de fait qui contrôlent le pays, en exigeant un retour à l’ordre ancien comme préalable à toute discussion, la France et ses alliés européens ne favorisent pas le compromis. Ils nourrissent le ressentiment et poussent le Niger un peu plus loin dans les bras de nouveaux partenaires, de la Russie à la Turquie, en passant par l’Algérie.

La vérité est bien plus amère pour Paris que ne le laisse paraître ce vote. La France ne veut pas « déstabiliser » le Niger ; elle veut restabiliser son propre rang. Elle court après l’ombre de son influence perdue. Mais en cherchant un quitus à Bruxelles, elle ne fait que signer, sous les projecteurs, l’aveu de sa propre impuissance.

Le Niger, lui, avance. Avec ou sans l’Europe.

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