Nouakchott, 05 Novembre 2025 – Dans un revirement judiciaire retentissant, l’arrêt de la Cour suprême confirme l’arrêt d’un tribunal d’appel mauritanien qui avait condamné l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz à 15 ans de prison ferme, soit une peine triplée par rapport à sa condamnation initiale. Ce verdict, confirmant les charges de corruption et ordonnant la saisie de ses biens, marque un nouveau chapitre dans le procès le plus emblématique de l’histoire du pays.
L’évolution d’une condamnation
L’affaire judiciaire contre l’ancien homme fort de la Mauritanie, au pouvoir de 2008 à 2019, a connu plusieurs phases décisives :
La Condamnation de première instance : En décembre 2023, après un procès longuement médiatisé, Mohamed Ould Abdel Aziz était condamné à cinq ans d’emprisonnement pour « enrichissement illicite » et « blanchiment d’argent ». Il avait été acquitté des autres charges, comme l’abus de fonction.
L’appel et l’alourdissement de la peine : C’est en faisant appel de ce premier verdict que l’ancien président a vu son sort s’aggraver. La cour d’appel, statuant sur l’ensemble des charges, a non seulement confirmé sa culpabilité mais a aussi porté sa peine à 15 années de réclusion criminelle.
Les charges retenues : Le jugement définitif le déclare coupable d’abus de fonction et d’enrichissement illicite. Le tribunal a également entériné la saisie de ses avoirs et la privation de ses droits civiques.
L’enquête sur les détournements présumés
Les investigations, ouvertes peu après la passation de pouvoir de 2019, se sont concentrées sur la fortune présumée de l’ancien dirigeant. Les procureurs estimaient qu’il avait amassé indûment une somme avoisinant les 70 millions de dollars durant ses onze années à la tête de l’État.
Une commission d’enquête parlementaire, réclamée par des oppositions et lancée en 2020, avait examiné sous toutes les coutures la gestion de l’ère Aziz, scruteur les revenus pétroliers, les ventes d’actifs publics et les activités de sociétés étrangères, comme une entreprise de pêche chinoise.
Un procès aux forts relents politiques
Dès le début de la procédure, Mohamed Ould Abdel Aziz, 68 ans, a campé sur une ligne de défense unique : celle de la persécution politique. Il a toujours clamé que ces accusations visaient à l’écarter définitivement de la scène publique et à l’empêcher de jouer un quelconque rôle politique futur.
L’affaire a mis en lumière les tensions palpables au sein de l’élite au pouvoir. Son successeur et ancien bras droit, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qu’Aziz présentait autrefois comme « son frère, son ami », a pris ses distances. Dans un rebondissement théâtral en fin de procès, l’ex-président a même affirmé que M. Ghazouani lui avait offert deux valises de billets après l’élection de 2019 – une accusation que l’actuel chef de l’État a fermement démentie.
Une rareté et un symbole sur le continent
Ce procès est sans précédent en Mauritanie, un pays marqué par une histoire d’instabilité politique et de coups d’État, qui avait connu sa première transition pacifique du pouvoir en 2019. Il est également extrêmement rare à l’échelle du continent africain, où les anciens chefs d’État sont peu souvent traduits devant la justice de leur pays.
Pour de nombreux Mauritaniens, ce procès incarnait l’espoir de voir la lutte contre la corruption portée au plus haut niveau. Le pays se classe au 140e rang sur 180 dans l’Indice de Perception de la Corruption 2021 de Transparency International.
Les suites judiciaires et politiques
Bien que la condamnation en appel soit souvent considérée comme la dernière étape du processus judiciaire ordinaire, la défense de l’ancien président, qui a toujours qualifié le procès de « politique », pourrait tenter de nouvelles voies de recours.
Sur le plan politique, cette affaire consolide la position du président Ghazouani, réélu en juin 2024 pour un second et dernier mandat, et assoit son autorité face à l’aile de l’ancien régime toujours fidèle à Aziz. Elle envoie également un message clair sur la volonté affichée des autorités actuelles de lutter contre la corruption, même au sommet de l’État.

