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À trois mois des élections législatives, le Mouvement Cœurs Unis (MCU), parti présidentiel, traverse une période de fortes tensions. Entre manœuvres internes, députés évincés et critiques populaires, la stratégie du président Faustin-Archange Touadéra pourrait fragiliser sa majorité à l’Assemblée nationale.

Alors que le MCU cherche officiellement à préparer des candidatures solides pour les législatives de 2025, les dernières primaires internes ont révélé des fractures profondes au sein du parti. Plusieurs députés en exercice et figures locales influentes ont été écartés au profit de personnalités proches du palais de la Renaissance, souvent issues de l’administration ou de l’ancien gouvernement, et n’ayant jamais affronté directement le verdict des urnes.

L’exemple le plus notable se joue dans la Vakaga, à Ouanda-Djallé. Le député sortant Adan Idriss, apprécié pour son engagement sur le terrain, a été remplacé abruptement par Hassan Côme, ancien ministre du Commerce. La décision, prise sans consultation réelle des bases locales, a été perçue par les électeurs comme un « parachutage » dicté par Bangui, provoquant un mécontentement significatif.

Le cas Ngrebada : un symbole de la ligne présidentielle

À Boali, l’ancien Premier ministre Firmin Ngrebada a été battu aux primaires par Davy Bouguinza, ex-député sous François Bozizé. Ngrebada, figure historique du MCU, n’a pas caché son amertume : « Ce n’est pas à un bureau politique de choisir, mais aux populations. » Sa défaite est interprétée comme un signal : aucun poids politique, même historique, ne garantit une place si le président souhaite imposer sa ligne.

Ces exemples traduisent un changement stratégique au sein du MCU : placer des ministres et proches du pouvoir en tête de liste pour assurer le contrôle de la majorité à l’Assemblée nationale. Une tactique qui, bien qu’efficace à court terme, comporte des risques non négligeables.

Les députés sortants écartés pourraient se retourner contre le parti. Certains pourraient choisir de se présenter en indépendants ou rejoindre d’autres formations, fragmentant l’électorat du MCU et réduisant sa capacité à mobiliser ses bases.

Dans plusieurs circonscriptions, les électeurs dénoncent le manque de consultation et le choix de candidats parachutés venus de Bangui. La défiance envers le pouvoir central pourrait se traduire par une baisse significative du soutien électoral, surtout dans les zones où les députés sortants bénéficient d’un fort ancrage local.

La stratégie présidentielle alimente déjà des critiques concernant une dérive autoritaire. En façonnant le Parlement selon ses propres desiderata, Touadéra risque d’être perçu comme imposant une forme de dictature de parti unique de fait, ce qui pourrait ternir l’image démocratique du régime au niveau national et international.

Le risque d’un effet boomerang

En voulant consolider sa majorité, Touadéra prend le risque d’ouvrir la voie à ses adversaires. Un MCU affaibli, divisé et en proie à des dissensions internes pourrait perdre des sièges clés, offrant ainsi à l’opposition des opportunités stratégiques, particulièrement dans un contexte politique centrafricain fragile.

Les législatives de 2025 ne seront donc pas seulement un test électoral, mais aussi un révélateur de la capacité du MCU à gérer ses propres tensions internes. Le parti présidentiel, qui détenait 40 sièges à l’Assemblée nationale en 2021, joue sa cohésion et sa crédibilité.

Le renouvellement des candidatures et les exclusions observées soulèvent des questions sur la démocratie interne au sein du MCU. Alors que le parti doit concilier intérêts présidentiels et attentes locales, le choix d’imposer certains candidats pourrait affaiblir la légitimité du parti auprès de ses électeurs traditionnels.

Les analystes politiques estiment que si la logique d’imposition l’emporte sur le consensus, le MCU risque d’entrer en campagne affaibli. Dans un pays où les équilibres politiques sont fragiles et la défiance envers le pouvoir forte, un parti fracturé représente une porte ouverte à l’instabilité.

La stratégie de placer des ministres et proches du pouvoir aux têtes de liste pourrait, à court terme, assurer une majorité docile à l’Assemblée nationale. Mais le coût politique pourrait être lourd : fracture interne, désaffection populaire et perception autoritaire.

À moins d’une mobilisation efficace des bases et d’une conciliation avec les députés sortants, le MCU pourrait voir sa cohésion compromise et sa crédibilité affaiblie avant même le début de la campagne électorale.

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