Les résultats des élections de décembre 2025 en République centrafricaine sont désormais connus, confirmant la mainmise du pouvoir en place. Pourtant, loin d’être une fin, ce scrutin doit marquer un commencement impératif : celui d’un virage historique vers une gouvernance enfin inclusive. Car une vérité s’impose avec une force tragique, forgée dans le sang et les larmes de décennies de conflits : la stabilité durable en Centrafrique ne pourra naître que d’une gouvernance inclusive, respectueuse des différences.
Le simple retour au calme des armes, souvent confondu avec la paix, est une illusion dangereuse. La République Centrafricaine a connu trop de cessez-le-feu éphémères et d’accords de paix signés puis piétinés. La stabilité réelle est d’une autre nature. C’est l’état d’une société où la confiance dans les institutions l’emporte sur la crainte, où l’État de droit prime sur la loi du plus fort, et où chaque citoyen, quelle que soit sa région, sa religion ou son appartenance politique, se sent légitime et protégé par la nation. Cette stabilité-là reste à construire, et sa pierre angulaire est l’inclusion.
Le mirage de la victoire exclusive
Le risque aujourd’hui est que le pouvoir, fort d’une victoire électorale contestée mais acquise, ne succombe au mirage de la victoire exclusive. Croire que le contrôle de la capitale et de l’appareil sécuritaire suffit à gouverner le pays est une erreur aux conséquences historiques désastreuses. La République Centrafricaine profonde ces vastes territoires en marge du fleuve Oubangui, où l’État n’est souvent qu’un nom absent ne se gouverne pas par décret. Elle se gagne par la justice, le développement et la reconnaissance.
Une gouvernance exclusive, qui marginalise systématiquement l’opposition, ignore les doléances des régions périphériques et gère les ressources nationales au profit d’un cercle restreint, ne fait que creuser la fracture sociale.
Elle alimente le ressentiment, ce terreau dans lequel prospèrent les milices et les discours sécessionnistes. Elle transforme la différence ethnique, religieuse, géographique en arme politique. L’histoire récente du pays est un manuel illustré de cette funeste mécanique.
Les piliers concrets de l’inclusion
L’inclusion n’est pas un slogan généreux, mais une stratégie de survie nationale. Elle doit se traduire par des actes clairs et vérifiables :
1. Le dialogue politique sans exclusive : Il est urgent de convoquer un forum national qui dépasse le simple cadre des élites politiques de Bangui. Ce dialogue doit intégrer les leaders communautaires des préfectures, les représentants des femmes et des jeunes, les acteurs économiques et les voix critiques de la société civile. L’objectif ne peut être une simple division des postes, mais une refondation concertée des règles du jeu politique et une révision consensuelle du cadre électoral pour restaurer la confiance.
2. La décentralisation comme projet national : Les premières élections municipales depuis des décennies doivent être le point de départ, et non l’aboutissement. Il faut transférer de réelles compétences et des ressources financières aux communes et aux régions. Permettre aux populations de gérer leurs affaires locales, de voir leurs impôts investis dans leur propre santé et éducation, est le chemin le plus direct pour reconstruire un lien de citoyenneté brisé.
3. La justice et l’équité économique : L’inclusion passe par une gestion transparente et équitable des richesses du pays bois, diamants, or. Les populations des zones de production doivent en percevoir les bénéfices. Parallèlement, l’État doit rétablir les services sociaux de base sur tout le territoire et garantir le paiement régulier des fonctionnaires, colonne vertébrale d’un État digne de ce nom.
4. La réconciliation par la vérité et la réparation : La paix des cimetières n’est pas viable. Un processus crédible de justice transitionnelle, reconnu par toutes les communautés, est nécessaire pour dire la vérité sur les violences passées, identifier les responsabilités et envisager des réparations. C’est une étape douloureuse mais indispensable pour tourner la page.
Le chemin de l’inclusion est étroit, semé de défiances réciproques et d’intérêts puissants à déloger. Il est plus facile et tentant, à court terme, de gouverner par la force et la division. Mais cette facilité est un leurre. Elle mène inévitablement au cycle infernal de la révolte et de la répression.
La communauté internationale, souvent prompte à valider des processus formels au détriment de la substance démocratique, a ici un rôle crucial. Elle doit user de son influence et de ses partenariats pour soutenir, sans ambiguïté, les forces vives de la société centrafricaine qui œuvrent pour ce modèle inclusif. Elle doit conditionner son aide à des progrès tangibles dans cette direction, plutôt qu’à de simples rapports de forces géopolitiques.
À Monsieur Faustin-Archange Touadéra, réélu pour un nouveau mandat, revient aujourd’hui un choix lourd de conséquences pour des générations. Celui de clore l’ère du pouvoir solitaire, hérité des pires heures du pays, ou d’oser inaugurer celle du leadership rassembleur. La République Centrafricaine n’a plus besoin d’un vainqueur, mais d’un bâtisseur. Sa légitimité historique ne se jugera pas au nombre de mandats exercés, mais à sa capacité à être enfin le président de tous les Centrafricains, sans distinction.
Car c’est seulement sur le socle d’une gouvernance inclusive et respectueuse que pourra s’élever, enfin, l’édifice fragile et précieux d’une paix durable.

