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Le coup de semonce de Washington. La République centrafricaine figure sur deux listes américaines distinctes visant à restreindre l’immigration et à réduire les « dépassements de séjour illégaux ». Une décision qui touche directement ses citoyens et place le gouvernement Touadera face à un dilemme diplomatique, entre réponse mesurée et principe de réciprocité.

Une double sanction américaine pour les Centrafricains

Les nouvelles règles, qui entrent en vigueur le 1er janvier 2026, affectent les Centrafricains de deux manières distinctes, comme l’annoncent les autorités américaines.

La caution pour visa de tourisme (B1/B2)

· Mesure : Nouveau dépôt obligatoire pouvant atteindre 15 000 USD pour tout citoyen centrafricain éligible à ce type de visa.

· Objectif officiel : Réduire les dépassements de séjour illégaux aux États-Unis.

· Procédure : Le montant exact (5 000, 10 000 ou 15 000 USD) est fixé par l’agent consulaire lors de l’entretien. Le paiement ne doit se faire que sur instruction expresse et via la plateforme officielle Pay.gov.

La suspension totale de visa (bannissement de voyage)

· Mesure : La RCA est soumise à des restrictions totales sur la délivrance de visas, tant pour les immigrants que pour les non-immigrants.

· Contexte : Cette mesure s’inscrit dans l’élargissement du « travel ban » de l’administration Trump, qui suspend l’entrée des ressortissants de 39 pays pour des raisons de « sécurité nationale ».

· Exemptions notables : Les restrictions ne s’appliquent pas aux détenteurs d’un visa valide avant le 1er janvier 2026, aux résidents permanents légaux (titulaires d’une « green card ») ou aux diplomates.

Exemptions principales (applicables aux deux mesures)

· Détenteurs d’un visa valide (avant le 1er janvier 2026)

· Résidents permanents légaux (« Green Card » holders)

· Diplomates et fonctionnaires internationaux en mission officielle

· Athlètes participant à des grands événements sportifs

Les raisons invoquées par Washington

Le gouvernement américain justifie ces décisions par des préoccupations sécuritaires et des défaillances administratives. Dans sa proclamation présidentielle, Donald Trump évoque des pays qui « continuent d’afficher des inadéquations lamentables en matière de filtrage, de vérification et de fourniture d’informations ». Les critères spécifiques incluent :

· Des taux élevés de dépassement de visa (personnes restant au-delà de la date autorisée).

· Un manque de coopération pour la réadmission de leurs nationaux expulsés des États-Unis.

· Des pratiques de documentation civile peu fiables, une corruption généralisée et des dossiers criminels inaccessibles.

· La présence d’une importante activité terroriste sur leur territoire.

Quel scénario pour la réponse de la RCA ?

Dans ce contexte, plusieurs scénarios sont envisageables pour la réaction du président Faustin-Archange Touadera, récemment réélu pour un troisième mandat.

1. La réponse ferme et réciproque

C’est la voie choisie par des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont immédiatement imposé des interdictions de visa aux citoyens américains « sur la base du principe de réciprocité ». Le Mali a explicitement regretté qu’« une décision aussi importante ait été prise sans aucune consultation préalable ». La RCA, dont les relations avec les puissances occidentales se sont distendues au profit d’un partenariat militaire et politique étroit avec la Russie, pourrait suivre cet exemple. Cette posture lui permettrait d’affirmer sa souveraineté et de s’aligner sur le bloc des États sahéliens.

2. La réponse diplomatique et mesurée

Le président Touadera pourrait également opter pour une réaction plus nuancée. Il pourrait exprimer sa désapprobation par des voies diplomatiques officielles sans déclencher de mesures de rétorsion immédiates. Cette approche serait cohérente avec son image d’« homme de la stabilité », qu’il a cultivée durant sa campagne de réélection. Elle laisserait la porte ouverte à des discussions techniques pour tenter de répondre aux critères américains en matière de sécurité et de gestion des documents, dans l’espoir d’une levée future des restrictions.

3. La réponse économique et symbolique

Une troisième voie consisterait à rejeter publiquement la mesure, en la qualifiant d’injuste et discriminatoire, tout en minimisant son impact pratique. Comme le note un commentaire sous une publication liée à cette annonce, « on reçoit difficilement le visa USA et peu des Centrafricains vivent sur leur sol par rapport à nos voisins ». Le gouvernement pourrait ainsi soutenir que cette décision pénalise davantage une élite économique et politique, sans affecter la majorité de la population, dont 71% vit sous le seuil de pauvreté.

Une tendance régionale qui s’accentue

La situation de la RCA n’est pas isolée. Sur les 39 pays désormais soumis à des restrictions complètes ou partielles d’entrée aux États-Unis, 26 sont africains. Cette décision s’inscrit dans un changement plus large de la politique américaine envers l’Afrique, marqué par la fin du programme commercial préférentiel AGOA et des coupes importantes dans l’aide au développement.

Alors que les nouvelles règles entrent en vigueur, les Centrafricains éligibles aux visas se retrouvent face à un parcours semé d’embûches administratives et financières. La réaction de Bangui, qu’elle soit ferme ou diplomatique, sera un indicateur clé de l’évolution de ses relations avec une administration Trump déterminée à durcir sa politique d’immigration.

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