BANGUI, le 18 FĂ©vrier 2026 – Alors que l’État peine Ă garantir l’accès Ă une Ă©ducation de qualitĂ© sur une grande partie du territoire, une autre institution sĂ©culaire tente de prendre le relais. Depuis lundi, les États gĂ©nĂ©raux de l’enseignement catholique associĂ© se tiennent dans la capitale centrafricaine. Un Ă©vĂ©nement qui, au-delĂ des apparences technocratiques, pose une question cruciale pour l’avenir de ce pays meurtri : qui Ă©duquera la jeunesse centrafricaine ?
Jusqu’au 21 fĂ©vrier, Ă©vĂŞques, enseignants et responsables pĂ©dagogiques planchent sur un thème ambitieux « Éduquer : un appel Ă innover, servir et transformer » en prĂ©sence du ministre d’État AurĂ©lien Simplice Zingas Kongbelet et du Cardinal DieudonnĂ© Nzapalainga.
L’État et la Croix : un mariage de raison
La scène est en elle-mĂŞme un symbole fort. D’un cĂ´tĂ©, le ministre de l’Éducation nationale, reprĂ©sentant un État exsangue, dont les Ă©coles ont souvent Ă©tĂ© pillĂ©es, occupĂ©es par des groupes armĂ©s ou abandonnĂ©es faute de moyens. De l’autre, le Cardinal Nzapalainga, figure morale et mĂ©diatrice incontournable, incarnation d’une Église qui, depuis des dĂ©cennies, a souvent suppléé les carences de l’administration.
Ce face-Ă -face n’est pas anecdotique. Il illustre le paradoxe centrafricain : un État qui cherche Ă restaurer son autoritĂ© mais qui doit s’appuyer sur l’institution catholique l’une des seules Ă maille vĂ©ritablement nationale pour repenser les stratĂ©gies Ă©ducatives.
« Nous sommes ici pour repenser les stratĂ©gies Ă©ducatives de l’enseignement catholique et mettre l’accent sur l’innovation, le service et la transformation », a rappelĂ© Monseigneur Nestor DĂ©sirĂ© Nongo-Azagbia, prĂ©sident de la commission Ă©ducative Ă la ConfĂ©rence Épiscopale.
Un laboratoire pour la paix
Derrière les discours de rigueur, ces Ă©tats gĂ©nĂ©raux cachent un enjeu existentiel. En Centrafrique, l’Ă©cole n’est pas qu’un lieu d’apprentissage ; elle est un rempart contre le chaos. Dans un pays oĂą des gĂ©nĂ©rations entières ont connu la guerre plutĂ´t que les bancs de l’Ă©cole, l’enseignement catholique reprĂ©sente souvent l’un des derniers espaces de stabilitĂ© et de mixitĂ© sociale.
Le thème choisi ne doit rien au hasard. « Innover », car les mĂ©thodes traditionnelles ne rĂ©sistent pas Ă la pression sĂ©curitaire. « Servir », car l’Église est souvent la seule Ă nourrir les enfants qu’elle instruit. « Transformer », enfin, car il s’agit de former des citoyens capables de reconstruire une sociĂ©tĂ© plus inclusive, lĂ oĂą les discours politiques ont trop souvent attisĂ© les braises du communautarisme.
L’ombre de l’État
Cependant, cette rencontre met Ă©galement en lumière une rĂ©alitĂ© plus prĂ©occupante : l’Ă©cole publique centrafricaine est Ă l’agonie. La prĂ©sence du ministre d’État Ă l’ouverture est un geste politique, mais il ne doit pas masquer le dĂ©sengagement chronique de l’État.
En confiant une partie de sa souverainetĂ© Ă©ducative Ă l’institution religieuse, Bangui signe un aveu d’impuissance. La consolidation du partenariat État-Église, si elle est nĂ©cessaire, ne doit pas devenir une excuse pour abandonner le service public Ă une congrĂ©gation, aussi dĂ©vouĂ©e soit-elle.
Le défi de la transmission
Ces États gĂ©nĂ©raux, qui s’achèveront samedi, ne sont pas une simple rĂ©union de plus. Ils sont le symptĂ´me d’une nation qui cherche ses repères. Dans un pays oĂą l’instabilitĂ© chronique a brisĂ© le lien de transmission entre les gĂ©nĂ©rations, l’Église tente de rebâtir un rĂ©cit commun.
Reste Ă savoir si les conclusions de ces assises pourront irriguer au-delĂ des murs des Ă©tablissements catholiques. Car l’avenir de la RĂ©publique Centrafricaine ne se jouera pas seulement dans ses Ă©glises, mais dans la capacitĂ© de tous ses enfants, quelle que soit leur confession, Ă s’asseoir sur les mĂŞmes bancs de l’Ă©cole de la RĂ©publique. Ou de ce qu’il en reste.

