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Bangui, le 22 décembre 2025 — À sept jours du premier tour des élections groupées en République centrafricaine, une correspondance du ministre de l’Administration du territoire au président de l’Autorité nationale des élections (ANE) jette une lumière crue sur des tensions internes qui pourraient affecter la crédibilité du scrutin du 28 décembre. L’ANE, un organe indépendant, souhaitait procéder à un déplacement de son centre de traitement des données pour des raisons techniques, mais s’est heurtée à l’opposition ferme du ministère.

Ce différend intervient dans un contexte électoral déjà fragile, marqué par des critiques récurrentes sur l’indépendance et la compétence de l’ANE, ainsi que par des campagnes anticipées en violation du code électoral. L’opposition a déjà exprimé son scepticisme quant à la capacité de l’institution à organiser un scrutin crédible, demandant même son report.

Le cœur du litige : la sécurité des données et le contrôle territorial

Selon des informations concordantes, la direction de l’ANE jugeait le déplacement de son centre de traitement des données (CTD) impératif pour des motifs de sécurité technique et opérationnelle. Ces centres hébergent des éléments sensibles du processus, comme le fichier électoral national. Or, dans une lettre formelle, le ministre de l’Administration du territoire s’y est opposé, invoquant des impératifs de coordination et de souveraineté territoriale.

Cette opposition directe d’un membre du gouvernement à une décision technique de l’autorité électorale indépendante alimente immédiatement les soupçons d’ingérence politique. Elle fait écho à de récents dysfonctionnements pointés au sein même de l’ANE, notamment des querelles internes paralysantes concernant la direction du CTD, confié à Huguette Ndindi. Son absence prolongée et les doutes sur sa gestion technique ont déjà divisé les commissaires électoraux.

Un contexte électoral miné par la méfiance

Cette affaire survient alors que l’ANE tente de rassurer sur la bonne tenue des préparatifs. L’institution affirme avoir réceptionné les cartes d’électeurs, imprimé les manuels de formation et planifié la logistique avec l’appui crucial de la MINUSCA pour le déploiement du matériel sensible. Un communiqué officiel a également annoncé le lancement de la formation des formateurs.

Cependant, ces assurances se heurtent à une réalité contrastée et à des critiques persistantes :

· Indépendance contestée : L’opposition accuse historiquement l’ANE d’être à la solde du pouvoir. Le bras de fer actuel avec le ministère nourrit cette perception.

· Retards et irrégularités : Des retards significatifs sont constatés, comme la nomination tardive des bureaux de vote, en violation du délai de 45 jours avant la campagne prévue par le code électoral.

· Campagnes anticipées et pressions : L’ANE a dû publier un communiqué le 3 décembre pour rappeler l’interdiction de toute propagande avant le 13 décembre, suite à des violations flagrantes. Des incidents, comme des menaces contre une sous-préfète ayant fait appliquer la loi, ont été rapportés.

· Problèmes internes graves : Des rapports font état de querelles intestines entre commissaires, de problèmes de gestion financière – avec des accusations de détournement de fonds – et de salaires impayés pour le personnel, ce qui démotive les équipes.

Analyse : Une crédibilité qui se joue sur des détails techniques

Le conflit autour du centre de données dépasse une simple divergence administrative. Il touche au cœur de la transparence électorale :

· Intégrité du fichier électoral : Le CTD est le gardien de la liste des électeurs. Tout doute sur sa sécurisation technique ou sur des pressions politiques ouvre la porte à des accusations de manipulation.

· Perception d’impartialité : L’incapacité d’un organe indépendant à prendre une décision technique sans veto ministériel sape la confiance des partis politiques, en particulier de l’opposition.

· Risque de contestation post-électorale : Comme le soulignait déjà International Crisis Group dans un rapport sur les tensions électorales, un processus entaché de suspicions fournit des arguments à ceux qui pourraient contester les résultats, risquant de déclencher une crise politique.

Réactions et attentes

L’opposition et la société civile observatrice suivent ce dossier avec la plus grande vigilance. Pour Joseph Bindoumi, président d’une mission d’observation de la société civile, la priorité est l’examen minutieux des listes électorales pour prévenir tout contentieux.

La balle est désormais dans le camp de l’ANE et des autorités. La manière dont ce différend sera résolu dans la transparence ou dans l’opacité sera un indicateur clé de la volonté de garantir des élections libres et régulières. Les partenaires internationaux, comme la MINUSCA et l’Union européenne qui soutiennent financièrement et logistiquement le processus, surveillent également ces développements de près.

À une semaine du scrutin, le défi pour les autorités centrafricaines n’est plus seulement logistique, il est devenu profondément politique : restaurer la confiance dans un processus dont chaque irrégularité, chaque ingérence perçue, alimente le doute sur sa crédibilité finale.

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