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Bangui, 12 décembre 2025 – Alors que la République centrafricaine s’apprête à des élections cruciales, un impératif moral semble plus urgent que jamais : honorer l’héritage du père fondateur Barthélemy Boganda en restaurant l’éthique dans le jeu démocratique. Dans un contexte marqué par des tensions, des accusations de fraudes et des méthodes de campagne agressives, la simple tenue du scrutin ne suffit plus. C’est l’intégrité même du processus, du comportement des candidats à la conduite de leurs équipes, qui doit être placée au cœur de la démarche électorale pour garantir une paix durable.

L’idéal bogandien : une boussole morale pour des élections apaisées

La pensée de Barthélemy Boganda, qui prônait l’unité nationale, la justice sociale et le dépassement des divisions ethniques et régionales, offre un cadre exigeant pour évaluer la campagne actuelle.

· Unité contre division : Boganda voyait dans la diversité centrafricaine une richesse. Une campagne moralisée rejette donc les discours incendiaires, les stigmatisations communautaires et les attaques personnelles qui fracturent le tissu social. Elle leur préfère un débat d’idées sur l’avenir du pays.

· Intérêt général contre ambitions personnelles : Le fondateur de la RCA plaçait le progrès du peuple au-dessus de tout. Une candidature éthique doit ainsi présenter un projet de société clair et des engagements vérifiables, plutôt que de s’appuyer sur des promesses clientélistes ou la simple dénonciation de l’adversaire.

· Dignité et transparence : L’héritage de Boganda appelle à un exercice du pouvoir transparent et redevable. Cela implique que les candidats et leurs équipes s’engagent à respecter scrupuleusement le code électoral, à financer leur campagne légalement et à accepter les résultats vérifiés par des instances indépendantes.

L’état des lieux critique : une campagne sous le signe de la défiance

Force est de constater que la pratique s’éloigne souvent de ces principes, nourrissant un climat de défiance préjudiciable à la paix.

· Un processus électoral contesté dans ses fondements : La nouvelle Constitution, adoptée par référendum en 2023 et permettant un troisième mandat présidentiel, est perçue par une partie de la population et de l’opposition comme un verrouillage des institutions. Cette contestation initiale jette une ombre sur la légitimité du scrutin à venir.

· Des méthodes de campagne agressives : Les récents incidents, comme la manifestation hostile perturbant une conférence de presse d’un candidat, illustrent la dérive des méthodes. L’usage de la calomnie, de l’intimidation ou de manifestations commanditées remplace trop souvent le débat. Ces tactiques, relevant de ce que certains observateurs qualifient de « barbarie politique », avilissent la compétition démocratique.

· Le risque d’une paix factice : Une élection gagnée par la manipulation, la fraude ou la coercition ne construit pas la paix. Elle engendre au mieux une accalmie temporaire, au pire un ressentiment profond qui peut se muer en violence future. La vraie paix, celle que Boganda appelait de ses vœux, ne peut émerger que d’un processus juste, accepté et crédible par tous.

La voie exigeante de la moralisation : une responsabilité partagée

Redonner de la noblesse à la démocratie centrafricaine est une œuvre collective qui engage tous les acteurs.

Pour une paix digne de Boganda

À l’approche du scrutin, la République centrafricaine se trouve à un carrefour. Le choix n’est pas seulement entre différents candidats, mais entre deux visions de la démocratie : l’une, faite de calculs, de coups bas et de rapports de force, qui ne produit qu’une paix précaire ; l’autre, exigeante et fondée sur l’éthique, l’argument et le respect, seule capable de construire une concorde nationale durable. C’est cette seconde voie, celle tracée par l’idéal de Boganda, qui peut permettre aux élections de remplir leur véritable rôle : non pas une bataille pour le pouvoir, mais un rendez-vous solennel de la nation avec elle-même pour choisir son avenir dans la sérénité et le respect mutuel.

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