BANGUI, 22 décembre 2025 – L’avion privé loué par Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle, a été empêché de décoller ce matin de l’aéroport de Bangui, a confirmé notre rédaction auprès du candidat et de sources aéroportuaires.
Cet incident, survenu à cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle, pose une question cruciale sur l’éthique du processus électoral en République centrafricaine.
Un blocage confirmé, une origine politique soupçonnée
Selon des responsables de l’administration aéroportuaire, la décision de clouer l’appareil au sol émanait d’une « instruction de la haute hiérarchie ».
Henri-Marie Dondra, joint au téléphone par notre rédaction, a confirmé les faits. « Je devais me rendre à Bouar et à Bambari pour des meetings cruciaux. On m’a informé au dernier moment que l’avion ne pouvait pas décoller. C’est une entrave délibérée à ma campagne », a-t-il dénoncé.
Cette situation n’est pas isolée et s’inscrit dans un contexte où plusieurs candidats d’opposition rapportent des difficultés à se déplacer en province, que ce soit pour louer des avions, obtenir du carburant ou accéder à des espaces publics pour leurs rassemblements.
L’éthique électorale en question : au-delà de l’incident
L’empêchement du vol du candidat Henri Marie Dondra soulève des interrogations fondamentales sur le respect des principes éthiques censés guider une élection démocratique.
1. Le principe d’égalité des chances
La pierre angulaire de toute compétition démocratique est brisée. Empêcher un candidat de rencontrer les électeurs prive l’électorat d’un choix éclairé et donne un avantage indu au pouvoir sortant, qui dispose, lui, de tous les moyens de l’État pour sa campagne. Cet acte transforme la compétition en une course où les couloirs sont fermés pour certains.
2. La crédibilité de l’organe électoral
L’Autorité Nationale des Élections(ANE), garante supposée de l’impartialité du scrutin, se trouve une nouvelle fois fragilisée. Alors qu’elle avait déjà été au centre d’une polémique pour son refus de déplacer son centre de données malgré une injonction ministérielle, sa capacité ou sa volonté à garantir un traitement équitable à tous les candidats est ouvertement mise en doute. Son silence face à de tels incidents est perçu comme une complicité.
3. Le climat d’intimidation
Au-delà de l’aspect pratique, ce blocage envoie un message politique clair : l’opposition peut être entravée à tout moment. Cela crée un climat d’intimidation qui va bien au-delà du candidat visé. Cela décourage ses soutiens, dissuade les éventuels ralliements et instille la peur parmi l’électorat, sapant la liberté de choix des citoyens.
Un processus déjà entaché
Cet incident s’ajoute à une liste d’irrégularités documentées par des observateurs nationaux et internationaux :
· Validation tardive des candidatures de principaux opposants, réduisant drastiquement leur temps de campagne.
· Utilisation disproportionnée des ressources de l’État (médias, logistique, financements) par le camp présidentiel.
· Dysfonctionnements et opacité au sein de l’ANE, minée par des divisions internes.
Réactions et perspectives
Les partenaires internationaux, notamment la MINUSCA (Mission des Nations Unies en Centrafrique) et l’Union européenne, qui soutiennent techniquement et financièrement le processus, suivent ces développements avec une inquiétude croissante. Ils ont à plusieurs reprises appelé à des conditions de campagne équitables.
Alors que le pays s’apprête à voter le 28 décembre, la question n’est plus seulement de savoir qui remportera les suffrages, mais si le scrutin pourra être considéré comme légitime. L’empêchement délibéré de la campagne d’un candidat majeur constitue une brèche éthique qui jette une ombre durable sur l’ensemble du processus.
La crédibilité de l’élection et à terme, la stabilité du pays, dépendront de la capacité des autorités à rétablir immédiatement des règles du jeu équitables une perspective qui semble chaque jour plus lointaine.

