Deux spectateurs tués, six blessés après la sortie de route d’un véhicule de la caravane publicitaire
Une enquête judiciaire est ouverte. La course, elle, continue. Mais pour combien de temps encore ? La première étape de la 18e édition du Tour du Rwanda a viré au drame ce dimanche, quand un véhicule de caravane a fauché la foule à Gabiro, dans l’Est du pays, sous une pluie battante. Deux morts. Six blessés. Et une question qui hante désormais le monde du cyclisme.
GABIRO (Est du Rwanda) — Par notre envoyé spécial
Il devait être un jour de fête. Une célébration du cyclisme africain sur les routes sinueuses du pays des Mille Collines. Il s’est transformé en journée de deuil. Ce dimanche, lors de la première étape de la 18e édition du Tour du Rwanda, un véhicule appartenant à la caravane publicitaire a quitté la chaussée et fauché la foule des spectateurs massés au bord de la route, dans la région de Gabiro, à l’est du Rwanda, à environ 70 kilomètres de l’arrivée. Bilan : deux morts, six blessés. Et une question qui hante désormais l’ensemble de l’épreuve comment une telle tragédie a-t-elle pu se produire ?
UNE SCÈNE DE CHAOS AU CŒUR DE LA LIESSE POPULAIRE
Il était encore loin du fil d’arrivée quand l’impensable s’est produit. Des milliers de spectateurs rwandais s’étaient massés tout au long du tracé de cette première étape reliant Rukomo à Rwamagana sur 173 kilomètres, fidèles à leur tradition d’enthousiasme populaire qui fait la réputation du Tour du Rwanda dans le monde entier. La caravane publicitaire, qui précède habituellement le peloton de plusieurs minutes, défilait à vive allure. Puis, c’est le drame.
Un véhicule dérape, sort de la route et percute violemment plusieurs spectateurs. Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux et les témoignages recueillis sur place, l’accident s’est produit dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles une pluie diluvienne s’abattait sur cette portion de l’Est rwandais depuis le début de la matinée.
La direction du Tour du Rwanda, dans un communiqué officiel publié dans les heures suivant l’incident, a confirmé le bilan sans ambiguïté : « Malheureusement, deux personnes ont perdu la vie et six autres ont été blessées. » Les secours ont été immédiatement dépêchés sur les lieux et les blessés évacués vers les structures médicales les plus proches. L’organisation a précisé suivre « attentivement l’évolution de leur état », tout en présentant ses « sincères condoléances aux familles touchées ».
« Les blessés reçoivent des soins et nous suivons attentivement l’évolution de leur état. Nos sincères condoléances aux familles touchées. Nous réaffirmons notre engagement en faveur de la sécurité publique. »
LA POLICE NATIONALE OUVRE UNE ENQUÊTE — LA MÉTÉO EN QUESTION
Face à l’ampleur du drame, la Police nationale du Rwanda a annoncé dès ce dimanche soir l’ouverture d’une enquête officielle destinée à déterminer les causes exactes de la sortie de route. Vitesse excessive ? Chaussée rendue glissante par les précipitations ? Défaillance mécanique du véhicule ? Manque de dispositif sécuritaire autour du public ? Toutes les pistes seront explorées.
La question de la météo est d’ores et déjà au cœur des premières hypothèses. Plusieurs témoins présents sur les lieux ont confirmé que la première étape s’est déroulée « sous une pluie très importante », rendant les routes particulièrement dangereuses pour les conducteurs de la caravane, contraints de maintenir un rythme soutenu pour demeurer à distance respectable du peloton.
Mais au-delà des conditions climatiques, c’est tout le protocole de sécurité autour des caravanes publicitaires dans les grandes courses cyclistes qui se retrouve une nouvelle fois sur la sellette. Ces convois de véhicules, souvent conduits à des vitesses inadaptées au contexte, représentent depuis longtemps un risque sous-estimé. À qui incombe la responsabilité de protéger les spectateurs ?
UN FANTÔME DU PASSÉ : LE TOUR DE FRANCE ENDEUILLÉ EN 2000
Cette tragédie n’est pas sans rappeler un douloureux précédent. En juillet 2000, lors du Tour de France, un enfant de 12 ans avait été mortellement percuté par un véhicule de la caravane Haribo sur les routes du Vaucluse. Cet accident avait provoqué une prise de conscience dans le monde du cyclisme professionnel, entraînant un renforcement jugé encore insuffisant par certains des protocoles de sécurité encadrant ces convois.
Vingt-cinq ans plus tard, le spectre de cette tragédie refait surface sur un autre continent. Et la question demeure entière : les organisations sportives ont-elles réellement tiré toutes les leçons de ce précédent ?
LA COURSE CONTINUE. MAIS AU NOM DE QUOI ?
Malgré le drame, la décision a été prise de maintenir la course jusqu’à son terme. C’est l’Israélien Itamar Einhorn (NSN Development Team) qui a levé les bras au sprint sur la ligne d’arrivée de Rwamagana, devançant l’Espagnol Hodei Muñoz et l’Érythréen Mewael Girmay. Un succès sportif qui passe, évidemment, très loin au second plan.
Cette décision de poursuivre la compétition soulève des interrogations légitimes. Fallait-il neutraliser l’étape ? Imposer une journée de deuil et de recueillement avant de reprendre ? Ces questions, qui agitent déjà les milieux du cyclisme international, n’ont pas encore trouvé de réponse officielle de la part des organisateurs. Aucune déclaration n’a été faite sur un éventuel arrêt anticipé de l’épreuve, dont les sept étapes restantes doivent conduire le peloton jusqu’à Kigali, le 1er mars prochain.
UN COUP DUR POUR LE CYCLISME RWANDAIS
Ce drame survient dans un moment particulièrement sensible pour le Rwanda et son rapport au vélo. En septembre 2025, le pays avait réalisé l’impensable en accueillant les Championnats du monde de cyclisme sur route une première absolue sur le continent africain. Une organisation saluée unanimement par la planète cycliste, qui avait vu dans cet événement la preuve éclatante de la montée en puissance du sport africain sur la scène internationale.
Le Tour du Rwanda 2025, classé 2.1 au calendrier international de l’Union Cycliste Internationale (UCI), devait capitaliser sur cet élan historique et confirmer le Rwanda comme une nation cycliste de premier rang. Ce rêve demeure intact dans les yeux de ses coureurs et de son public passionné. Mais il est aujourd’hui voilé d’une ombre profonde.
CE QU’IL FAUT RETENIR
La tragédie de Gabiro ne doit pas être réduite à un fait divers sportif. Elle pose, avec une acuité douloureuse, la question de la sécurisation des spectateurs dans les grandes épreuves cyclistes sur route, qu’il s’agisse des plus grands tours européens ou des compétitions en pleine expansion sur le continent africain. Les routes ouvertes, les foules massées en bordure de bitume, les caravanes en mouvement : autant d’éléments qui, mal encadrés, peuvent transformer en quelques secondes une fête populaire en scène de désolation.
Deux familles rwandaises pleurent ce soir un père, une mère, un enfant. Leur deuil mérite mieux que le silence ou l’oubli précipité qu’impose parfois le rythme impitoyable du sport de haut niveau. L’enquête est ouverte. Le monde du cyclisme, lui, a le devoir de regarder ses angles morts.

