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La décision judiciaire qui invalide le certificat de nationalité de l’opposant, place ce député élu dans une situation juridique inédite et potentiellement intenable.

Bangui, le 20 octobre 2025 l’actualité politique centrafricaine est secouée par une situation pour le moins paradoxale. Anicet-Georges Dologuélé, chef de file de l’opposition et ancien Premier ministre, se trouve dans une posture inconfortable : bien qu’un tribunal ait annulé le 16 octobre 2025 son certificat de nationalité centrafricaine, le rendant de fait apatride, il conserve pour l’instant son siège de député à l’Assemblée nationale. Cette contradiction juridico-politique jette une lumière crue sur les tensions qui entourent la présidentielle de décembre prochain.

Le cœur de l’affaire : une nationalité annulée

La crise actuelle puise sa source dans un passé lointain. En 1994, Anicet-Georges Dologuélé a acquis la nationalité française. Or, selon le tribunal de grande instance de Bangui, cette acquisition lui a fait perdre « automatiquement » sa nationalité centrafricaine, conformément au Code de la nationalité de 1961. Le juge a donc déclaré « nul et de nul effet » le certificat de nationalité que l’opposant s’était fait délivrer en 2012, l’accusant de l’avoir obtenu en « dissimulant » son statut de Français.

Cette décision intervient dans un contexte très particulier. M. Dologuélé, candidat à la présidentielle du 28 décembre, avait pourtant anticipé l’obstacle en renonçant officiellement à sa nationalité française fin août 2025, afin de se conformer à la nouvelle Constitution qui interdit aux binationaux de se présenter.

 Le pouvoir exécutif, par la voix du directeur de cabinet du chef de l’État, a rejeté toute accusation de manœuvre politique, affirmant que le président Faustin-Archange Touadéra « n’interférait pas dans le processus électoral ».

Un paradoxe qui interroge

La situation actuelle soulève une question fondamentale : comment un individu que la justice considère comme apatride peut-il siéger comme représentant de la nation ?

Le certificat de nationalité annulé par le tribunal était précisément le même document qui avait validé ses candidatures et son élection en tant que député en 2015 et 2020. Cette révélation remet en cause la légitimité de son mandat parlementaire depuis de nombreuses années. L’opposant lui-même reconnaît la logique de l’argumentation en dénonçant, dans une lettre au président Touadéra, une stratégie qui le déclare « apatride, donc inéligible ».

Une défense et des conséquences incertaines

Face à cette offensive, la défense de M. Dologuélé repose sur deux piliers. D’une part, il estime que le Code de la nationalité de 1961 est « tombé en désuétude » car « jamais appliqué ».

Pour étayer sa position, il a sommé le chef de l’État de « démettre de leurs fonctions » tous les ministres, députés et fonctionnaires qui se trouveraient dans le même cas que lui, affirmant qu’ils sont des « centaines ».

D’autre part, il se dit déterminé à poursuivre sa démarche et à s’en remettre au Conseil constitutionnel, seule autorité compétente pour statuer définitivement sur la validité de sa candidature présidentielle.

Le Conseil a jusqu’au 29 octobre pour examiner les dossiers des dix prétendants.

Les implications de cette affaire dépassent largement le cas personnel de l’opposant. Elle risque de raviver les tensions politiques dans un pays où une partie de l’opposition a déjà appelé au boycott du scrutin. La question de la représentativité et de la légitimité des institutions est désormais ouvertement posée.

Le siège d’Anicet-Georges Dologuélé à l’Assemblée nationale est devenu le symbole d’une crise politique et juridique.

Alors que la Centrafrique se prépare à une élection présidentielle cruciale, la résolution de ce paradoxe « un député sans nationalité » sera un test décisif pour l’État de droit et la crédibilité du processus démocratique dans le pays.

L’attention se porte désormais sur le Conseil constitutionnel, dont la prochaine décision est attendue avec une intense anticipation.

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