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Bangui, le 20 Janvier 2026— Dans un discours empreint de détermination solennelle, Anicet-Georges Dologuélé, candidat arrivé en deuxième position lors de l’élection présidentielle de décembre 2025, a rompu le silence ce mardi 20 janvier 2026, suite à la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle. Face à une assemblée de partisans, de journalistes et d’observateurs internationaux réunis dans les jardins de son parti à Bangui, l’opposant historique a livré une déclaration qui se veut moins une concession qu’un acte de résistance politique.

« À ceux qui pensent avoir gagné par la fraude et le cynisme, je dis ceci : on peut gagner un verdict, mais perdre le peuple », a-t-il déclaré d’une voix ferme, sous les applaudissements nourris de ses sympathisants. La sentence, sans appel, de la plus haute juridiction du pays, validant la réélection du président sortant Faustin-Archange Touadéra avec 77,90 % des voix, semble n’avoir entamé ni sa combativité ni sa conviction.

Un verdict qui « consacre une mascarade »

Dans une allocution d’une vingtaine de minutes, l’ancien Premier ministre (1999-2001) a dépeint une justice « instrumentalisée », des institutions électorales « dévoyées » et un processus qui, selon lui, a trahi la volonté populaire. « Les chiffres proclamés ne reflètent pas la réalité des urnes, mais la réalité d’un système qui a choisi de confisquer la souveraineté du peuple centrafricain », a-t-il affirmé.

Dologuélé, crédité de 13,50 % des suffrages selon les résultats officiels, avait déposé un recours en annulation pour « fraude massive » et « irrégularités systématiques » le 8 janvier. Sa requête, rejetée par la Cour constitutionnelle le 19 janvier, pointait du doigt des « bulletins préférés dans des bureaux de vote fictifs », une « pression sur les électeurs » dans certaines régions, et un taux de participation « artificiellement gonflé » dans les fiefs du pouvoir.

« Ne perdez ni l’espoir, ni votre dignité »

S’adressant directement à ses concitoyens, le leader de l’opposition a lancé un appel à la résilience : « À nos populations, je leur demande de ne perdre ni l’espoir, ni leur dignité, ni leur courage. » Un message qui semble trouver écho dans un pays où près de 71 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et où la confiance dans les processus démocratiques a été érodée par des décennies d’instabilité.

« Notre combat continuera par les voies qu’offre la puissance de la démocratie et les exigences qu’elle finit toujours par imposer aux acteurs politiques », a-t-il poursuivi, évoquant sans les nommer les recours légaux, la mobilisation citoyenne et la pression internationale comme moyens d’action futurs. Une stratégie du « long terme » qui contraste avec les appels à la contestation de rue lancés par certains de ses partisans dans les jours suivant l’annonce des résultats.

« Malade d’amour pour notre pays »

La phrase la plus marquante de sa déclaration est sans doute venue en conclusion : « Si cela doit être considéré comme un réflexe pathologique, nous acceptons d’être malade d’amour pour notre pays, pour nos compatriotes et pour la démocratie. » Une formule poétique qui résume le positionnement de Dologuélé en martyr d’une cause juste, prêt à endosser le stigmate de l’obstination pour servir des principes supérieurs.

Cette rhétorique de l’amour patriotique contraste avec le langage plus technique de son recours juridique, suggérant un double niveau de communication : l’un pour les tribunaux, l’autre pour le peuple.

Les réactions en cascade

Du côté du pouvoir, le ministre de la Communication, Maxime BALALOU, a rapidement réagi sur les ondes de Radio Centrafrique, qualifiant les propos de Dologuélé de « regrets d’un mauvais perdant » et rappelant que « la Cour constitutionnelle, dans sa sagesse, a rendu une décision souveraine qui lie tous les Centrafricains ». Il a également souligné que les observateurs de l’Union africaine avaient globalement salué le déroulement du scrutin.

Dans les rues de Bangui, les réactions sont partagées. « Il a raison de continuer le combat, mais par quels moyens ? », s’interroge Sylvain, un enseignant rencontré dans le 3e arrondissement. « Les élections sont finies, et maintenant il faut penser à faire avancer le pays », estime pour sa part Marie, commerçante au marché de Miskine.

Un horizon politique incertain

À 68 ans, Dologuélé se trouve à un carrefour de sa longue carrière politique. Battu par Touadéra au second tour en 2016, puis dès le premier tour en 2020, cette troisième défaite consécutive pose la question de son avenir à la tête de l’opposition centrafricaine. Pourtant, son discours ne laisse transparaître aucune intention de retraite.

Son parti reste en lice pour les législatives, dont le second tour doit se tenir le 15 février. Cette bataille pour le Parlement pourrait offrir à Dologuélé une plateforme alternative pour poursuivre son combat, même si la majorité présidentielle est favorite pour conserver le contrôle de l’Assemblée nationale.

Alors que la République Centrafricaine entre dans une nouvelle ère politique marquée par la suppression de la limitation des mandats présidentiels, la déclaration de Dologuélé sonne comme un avertissement : la légitimité du pouvoir, même validée par les tribunaux, se jugera à l’aune de sa capacité à répondre aux attentes d’un peuple dont la patience n’est pas infinie.

Le verdict des urnes a été prononcé ; celui de l’Histoire attend encore son juge.

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