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Bangui, le 22 Novembre 2025 – La République centrafricaine s’approche d’un carrefour électoral majeur, marquant près d’une décennie de gouvernance sous la direction du Président Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en mars 2016.

Alors que le président a officiellement déposé sa candidature pour un nouveau mandat, une demande pressante émerge de la société civile et de l’opposition : un bilan transparent et exhaustif de ces dix années.

Loin du narratif officiel de « véritables avancées », l’analyse d’investigation révèle une réalité plus complexe, mêlant progrès fragiles, défis sécuritaires persistants et critiques sévères sur la gouvernance.

La sécurité : Un monopole de la violence toujours partagé

La principale promesse de Touadéra était le retour de la paix. L’intervention militaire russe, notamment via le groupe Wagner (Africa Corps), a permis de reprendre le contrôle de Bangui et de certaines capitales régionales, refoulant la coalition de groupes armés (CPC). L’administration présidentielle salue ces efforts, mais le tableau est loin d’être idyllique.

Des rapports de sécurité indépendants confirment que la situation reste instable et que des groupes armés continuent de commettre des actes de violence dans de nombreuses régions du pays. L’emprise de l’État sur l’ensemble du territoire est encore partielle. Les analystes soulignent par ailleurs une dépendance accrue vis-à-vis de partenaires militaires externes, remettant en question la souveraineté à long terme et la capacité des forces nationales à assurer seules la sécurité de manière adéquate.

Économie et développement : Des promesses aux réalités criantes

Sur le plan économique, les discours officiels vantent une « montée en flèche ». Cependant, les faits sur le terrain dépeignent une population toujours aux prises avec une pauvreté endémique, malgré les abondantes ressources naturelles du pays (diamants, or).

Une investigation menée par Afrique en Plus a mis en lumière des écarts flagrants entre les promesses et les réalisations. Un exemple frappant : sur 5000 châteaux d’eau promis en 2021, un seul aurait été réalisé. De tels exemples alimentent le scepticisme populaire quant à l’utilisation efficace des fonds publics. La corruption endémique, l’informalité élevée du secteur minier et la fausse facturation restent des freins majeurs au développement économique.

Gouvernance et droits humains : Vers un autoritarisme rampant ?

C’est peut-être sur le terrain de la gouvernance et des droits humains que les critiques sont les plus vives. L’opposition, par la voix du BRDC (Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution), a dressé un bilan « insatisfait » de la gouvernance de Touadéra.

Des experts des Nations Unies ont reconnu des efforts pour le respect des droits humains, tout en soulignant une « dépendance excessive » à l’aide extérieure et la nécessité de réformes.

Des rapports académiques de Sciences Po Paris décrivent la « fabrique d’un autoritarisme » progressif, marqué par des tentatives d’altération de la Constitution pour lever la limitation des mandats présidentiels, un processus qui a abouti avec la nouvelle Constitution de 2023.

L’instrumentalisation présumée de la justice dans les affaires politiques, comme l’affaire Dologuélé autour de sa nationalité, renforce le sentiment d’une dérive vers un pouvoir concentré et peu enclin au débat contradictoire.

Un bilan qui peine à convaincre

Alors que le président Touadéra s’apprête à solliciter la confiance du peuple pour sept années supplémentaires, la demande de transparence sur son bilan est légitime. Entre les succès sécuritaires partiels et les échecs socio-économiques flagrants, le jugement du peuple centrafricain sera crucial. L’enjeu n’est pas seulement de faire le compte des réalisations, mais de déterminer si la trajectoire actuelle mène réellement à la stabilité durable et au développement promis il y a une décennie ?

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