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BANGUI, 26 décembre 2025 – Alors que s’achève aujourd’hui une campagne électorale tumultueuse de deux semaines, un spectacle singulier s’est déployé à travers les régions centrafricaines. Des personnalités politiques habituellement inaccessibles, ces « intouchables » du pouvoir, ont soudainement revêtu les habits de l’humilité, dansant, suppliant, cherchant désespérément le contact avec une population qu’ils ont trop souvent ignorée. Cette mascarade démocratique soulève une question fondamentale : et si le peuple réalisait pleinement qu’il est lui, et lui seul, qui confère véritablement le pouvoir ?

Le carnaval des humbles soudains

Ces quinze derniers jours ont offert un tableau surréaliste. Dans les marchés poussiéreux de Bambari, sur les places publiques de Bouar, le long des artères défoncées de Bangui, on a vu des ministres, des députés, des candidats en costume impeccable serrer des mains callipyges, embrasser des enfants, partager des bols de manioc sous le regard médusé des citoyens. Hier encore protégés par des cortèges de voitures blindées et des gardes du corps, les voilà devenus subitement « gens du peuple », capables de danses traditionnelles maladroites pour séduire l’électorat.

« C’est pendant ces deux semaines que nous existons à leurs yeux », témoigne Samuel, vendeur de cigarettes à Bégoua. « Ils nous sourient, nous promettent des routes, des écoles, des hôpitaux. Mais que restera-t-il de cette considération après le 28 décembre ? »

L’illusion du choix démocratique

La rhétorique a tourné à l’incantation : « Le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple ». Une formule creuse ressassée dans chaque meeting, sur chaque banderole, par des candidats qui, pour certains, ont contribué à dilapider les ressources nationales, à perpétuer un système clientéliste, ou à fermer les yeux sur la corruption endémique.

Pourtant, cette campagne aura eu le mérite de mettre à nu les mécanismes du pouvoir. « Le spectacle de ces élites soudainement accessibles révèle une vérité simple mais souvent oubliée : sans le suffrage des Centrafricains, ils ne sont rien ». « Le problème, c’est que cette prise de conscience s’évapore trop souvent après le vote. »

Les leçons des quinze jours de carnaval

Cette campagne électorale, tant bien que mal menée malgré les incidents, doit servir de leçon. Plus jamais le peuple centrafricain ne devrait se contenter de ces deux semaines bisannuelles de considération.

1. Le pouvoir est un mandat, pas une propriété : L’humilité affichée pendant la campagne devrait être la norme du gouvernant, non l’exception électorale. Le véritable développement de la RCA ne viendra pas de promesses de circonstance, mais d’une gouvernance quotidienne responsable.

2. La redevabilité comme principe : Les élus doivent rendre des comptes régulièrement à ceux qui les ont mandatés, pas seulement les supplier périodiquement pour renouveler ce mandat.

3. Au-delà du vote, la vigilance citoyenne : L’acte électoral n’est que le début du processus démocratique. Le contrôle continu des mandataires par les citoyens est essentiel.

L’heure du choix véritable

À la fin de la campagne, les Centrafricains se trouvent face à un choix qui dépasse les personnalités. Il s’agit de choisir entre perpétuer un système où ils ne sont courtisés qu’épisodiquement, ou exiger une nouvelle relation avec le pouvoir.

Le développement de la République Centrafricaine, ces routes à construire, ces écoles à rénover, ces hôpitaux à équiper, cette paix à consolider ne viendra pas de la grâce des « intouchables » devenus temporairement « humbles ». Il viendra d’un peuple conscient de sa souveraineté, exigeant envers ses mandataires, et capable de les sanctionner par les urnes quand ils trahissent leur confiance.

« À vous de décider », clament les slogans électoraux. La décision est effectivement entre les mains des Centrafricains. Non seulement celle de choisir tel ou tel candidat ce 28 décembre, mais surtout celle d’incarner durablement cette vérité trop souvent oubliée : le pouvoir émane et retourne toujours au peuple.

Le véritable changement commence quand le peuple cesse de supplier ses dirigeants, et que ce sont les dirigeants qui servent véritablement leur peuple.

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