0 6 minutes 3 mois

Bangui, 9 décembre 2025 – Un récent arrêté ministériel reconnaissant un bureau dissident de l’Union des Musiciens de Centrafrique (UMC) a provoqué une vive polémique. Signé le 3 décembre par la ministre des Arts et de la Culture, Ngola Ramadan-Mamata, ce document valide une direction qui avait pourtant été invalidée par la justice, relançant le débat sur le respect de l’État de droit et l’indépendance des institutions judiciaires en Centrafrique.

Un bras de fer entre la Justice et le Ministère

Le conflit trouve son origine dans l’élection du bureau de l’UMC. Le 30 août 2025, les musiciens élisent démocratiquement Armand Touaboy à la présidence lors d’une Assemblée Générale considérée comme régulière. Contestant cette issue, le ministère de la Culture, par le biais d’un chargé de mission, convoque une Assemblée Générale parallèle pour le 31 octobre.

Le 29 octobre, le Tribunal Administratif de Bangui intervient en ordonnant le sursis à exécution de la note ministérielle convoquant ce nouveau scrutin, gelant ainsi le processus. Malgré cette décision de justice, la réunion a tout de même lieu le 31 octobre et désigne un autre bureau, dirigé par Saint-Juste Exupéry Gueret-Mbenzi Omby. Par la suite, la justice a une nouvelle fois invalidé ce bureau issu d’une assemblée jugée illégale.

Pourtant, le 3 décembre, la ministre Ngola Ramadan-Mamata signe un arrêté reconnaissant officiellement ce même bureau. Un acte que des observateurs et des sources judiciaires qualifient de « rébellion caractérisée contre l’autorité judiciaire » et qui « démontre que l’anarchie administrative règne en maître ».

Un bureau contesté et une légitimité en question

La légitimité du bureau validé par la ministre est fortement contestée dans le milieu musical. Les musiciens ayant élu Armand Touaboy dénoncent une ingérence du ministère dans les affaires d’une association apolitique.

Des sources proches du dossier décrivent les membres du bureau reconnu par l’arrêté comme des « choristes des places mortuaires », recrutés pour la circonstance, qui ne représenteraient pas la communauté des artistes professionnels. Ce bureau, composé d’une poignée de personnes, ne serait reconnu par aucune structure musicale professionnelle sérieuse selon ces mêmes sources.

Un précédent inquiétant pour l’État de droit

Cette affaire dépasse le simple cadre d’un conflit associatif. Elle pose une question fondamentale sur la séparation des pouvoirs et la primauté du droit en République Centrafricaine.

· Un défi à l’autorité judiciaire : En validant ce que la justice a annulé, la ministre envoie un signal selon lequel les décisions administratives peuvent se placer au-dessus des jugements des tribunaux.

· Des conséquences sur la crédibilité des institutions : Cette situation risque d’alimenter un cynisme généralisé et de saper la confiance des citoyens dans la justice.

· Un risque pour les partenariats internationaux : Les bailleurs de fonds, essentiels pour le pays, pourraient s’interroger sur la sécurité juridique et le respect des règles élémentaires dans leurs domaines d’intervention, y compris la culture.

Contexte : Une dépendance cruciale à l’aide internationale

Cette crise survient dans un contexte où la République Centrafricaine est fortement tributaire de l’aide étrangère pour sa stabilisation et son développement. La France et l’Union européenne sont historiquement des partenaires majeurs.

· L’Union européenne, via le Fonds Bêkou, a déjà engagé 136 millions d’euros pour soutenir l’accès aux services essentiels, la relance économique et la réconciliation.

· Récemment, lors d’une table ronde à Casablanca, des bailleurs internationaux se sont engagés à mobiliser environ 9 milliards de dollars pour financer le Plan National de Développement 2024-2028.

Ces investissements colossaux sont conditionnés à une gouvernance stable et transparente. Des épisodes de conflit ouvert entre les pouvoirs exécutif et judiciaire pourraient fragiliser la confiance des partenaires.

Les réactions et les suites attendues

Le bureau légalement élu d’Armand Touaboy a déjà manifesté son opposition. Les musiciens attendent désormais la réaction de la justice face à ce qui est perçu comme un outrage. La balle est dans le camp des tribunaux pour faire respecter leurs décisions et rétablir la légitimité du processus électoral au sein de l’UMC.

L’affaire de l’UMC est devenue le symbole des tensions entre la volonté politique, l’indépendance de la société civile et le respect des règles de droit. Son dénouement sera scruté bien au-delà du seul monde de la culture centrafricaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *