Bangui, 19 janvier 2026– Dans une décision sans appel, la Cour Constitutionnelle centrafricaine a, ce lundi, proclamé Faustin-Archange Touadéra vainqueur de l’élection présidentielle avec 77.90% des voix, rejetant comme irrecevables les recours pour fraude massive déposés par l’opposition. Cette validation juridique, perçue comme une formalité par beaucoup, soulève des questions brûlantes sur l’état de la démocratie et l’indépendance de la justice dans un pays encore marqué par la guerre.
Une irrecevabilité qui passe mal
Le camp d’Anicet-Georges Dologuélé, le principal challenger (13.50%), avait saisi la Cour en présentant un dossier détaillant des centaines de cas d’irrégularités présumées : bourrages d’urnes, intimidations d’électeurs et procès-verbaux falsifiés. Pour Me. Albert Yapende, avocat de la coalition de l’opposition, « une requête munie de preuves tangibles et concrètes ne peut être jugée irrecevable sur la forme. Cela revient à refuser d’entendre le fond, donc à refuser la justice elle-même ».
Les observateurs notent que la Cour, dont les membres sont nommés par le président, a utilisé des arguments procéduraux stricts comme des délais supposés dépassés ou des formulaires incorrects pour éviter d’examiner le cœur des allégations. Pour le politologue banguissois Dr. Samuel Ngana, « la messe était dite. Dans le contexte politique centrafricain actuel, l’irrecevabilité est devenue l’outil juridique privilégié pour clore toute contestation sans débat ».
Le retrait énigmatique de Dondra : pression ou réalisme ?
L’autre interrogation majeure porte sur le retrait de la requête d’Henri-Marie Dondra, pourtant arrivé troisième (2.97%) et premier à avoir crié à la fraude. Son silence soudain alimente toutes les spéculations. Son entourage évoque officiellement « l’inutilité d’une procédure biaisée » et la volonté de « préserver la paix sociale ». Mais dans les couloirs de la capitale, on chuchote d’autres raisons.
« Dans un environnement où les soutiens internationaux et les postes-clés se négocient, le retrait d’une requête peut être une monnaie d’échange », analyse une source diplomatique européenne sous couvert d’anonymat. D’autres y voient un calcul politique réaliste : éviter l’ostracisme complet et se positionner pour les futures législatives ou au sein d’un éventuel, mais improbable, dialogue national.
Un troisième mandat sous haute tension
Cette élection, permise par la modification controversée de la Constitution en 2023, consacre un pouvoir de plus en plus verrouillé.
Le président Touadéra s’appuie sur un réseau d’alliances sécuritaires, notamment avec les forces russes de l’Africa Corps, qui lui ont permis de reprendre le contrôle d’une grande partie du territoire.
Pourtant, derrière l’apparente stabilité se cache une réalité explosive :
· Fracture politique totale : L’opposition, privée de toute voie de recours, ne reconnaît pas la légitimité du régime.
· Crise sociale latente : Avec 71% de la population sous le seuil de pauvreté, les attentes sont immenses.
· Dépendance extérieure : Le pays reste sous perfusion de l’aide internationale, qui pourrait réévaluer son soutien face à des pratiques démocratiques douteuses.
Et maintenant ?
La République Centrafricaine entre dans le troisième mandat de Touadéra plus divisée que jamais. La décision de la Cour Constitutionnelle, en refusant d’examiner les fraudes alléguées, a peut-être évité une crise immédiate, mais elle a creusé un fossé de défiance qui menace la cohésion nationale à long terme.
L’avenir dépendra de la capacité du pouvoir à engager un dialogue authentique avec toutes les franges de la société, et de la volonté de la communauté internationale d’exiger plus qu’un simple calme précaire.
Pour l’heure, à Bangui, beaucoup estiment que « la messe est dite », et que les années à venir seront celles d’une paix imposée, fragile, et profondément inégale.

