À l’aube de ce nouveau chapitre qu’est la 7ème République, la République Centrafricaine (RCA) semble retenir son souffle. Mais au-delà des espoirs suscités par l’investiture du Président Faustin-Archange Touadéra, une voix grave et insistante s’élève depuis la diaspora pour briser la musique des louanges convenues. C’est un véritable électrochoc que propose Rémy Alazoula, Président du Collectif de la Diaspora Centrafricaine (CDC) et analyste de la société civile.
Dans une lettre ouverte adressée au Chef de l’État, dont notre rédaction s’est procuré une copie, M. Alazoula ne se contente pas de formuler des vœux pieux. Il pose un diagnostic implacable et lance un avertissement solennel : « L’histoire et la rigueur économique nous enseignent qu’aucun pays ne s’est durablement bâti sur la seule base des subventions, des dons ou du mécénat. »
Pour le leader du CDC, le temps n’est plus à la gestion attentiste. Il est à la rupture. L’heure est venue, selon lui, de tourner le dos à la dépendance chronique qui étrangle l’économie nationale pour embrasser un modèle « puissant, pragmatique et ancré dans nos réalités ».
L’incompétence, un luxe que le peuple ne peut plus payer
Mais le cœur de cet « Appel au sursaut national » réside dans une charge frontale contre les pratiques politiques qui ont, par le passé, miné la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. Monsieur Alazoula en appelle à une véritable révolution dans la composition du futur gouvernement.
« Monsieur le Président, écrit-il, l’urgence du moment ne commande plus des gouvernements de remerciement, de complaisance ou de simple ‘partage de pain’ (fâ mápâ). »
L’expression, crue et directe, résonne comme un coup de semonce dans le microcosme politique centrafricain. Elle vise cette vieille habitude de récompenser les alliés par des portefeuilles ministériels, souvent au détriment de la compétence. Le président du CDC plaide pour la mise en place d’une « Unité Gouvernementale d’Élite » : un cabinet resserré où seuls l’intérêt général et l’excellence primeront.
« C’est par le choix de l’excellence et de l’honnêteté que nous transformerons l’espoir de nos compatriotes en une prospérité concrète », insiste-t-il, lançant un appel direct à la « haute conscience patriotique » du Chef de l’État.
Un pari sur l’intelligence collective
Cette interpellation publique de la diaspora, souvent perçue comme une force de proposition mais aussi de critique constructive, met en lumière une attente immense. Celle d’un peuple fatigué des promesses non tenues et d’une administration souvent paralysée par le manque de vision.
L’appel de Rémy Alazoula est clair : il ne s’agit pas seulement de changer les hommes, mais de changer de méthode. Il s’agit de faire appel aux « forces vives », aux experts, aux technocrates capables d’épauler le Président Touadéra dans sa mission.
Alors que le pays s’engage sur la voie de la consolidation de la paix et de la relance économique, cet appel résonne comme un test décisif pour la nouvelle administration. La diaspora, par cette voix autorisée, tend un miroir au pouvoir en place. Elle lui demande de prouver que la 7ème République ne sera pas un simple label, mais le début d’une ère nouvelle, celle d’une gouvernance de résultats.
Reste à savoir si cet appel trouvera un écho favorable au Palais de la Renaissance. Une chose est sûre : l’exigence de compétence et de transparence, portée aujourd’hui par la diaspora, est devenue une condition sine qua non de la stabilité et de la prospérité future de la Centrafrique.

