Les villages frontaliers se vident, leurs habitants fuyant les violences et cherchant refuge plus à l’intérieur de la Centrafrique.
Bangui, le 10 Novembre 2025 – Une situation humanitaire préoccupante se dessine dans les régions frontalières entre la République centrafricaine (RCA) et le Soudan. Depuis plusieurs semaines, des incursions répétées de groupes armés non identifiés en provenance du Soudan jettent sur les routes des centaines de familles centrafricaines, contraintes d’abandonner leurs foyers et leurs terres pour échapper aux violences.
Selon des témoignages recueillis par notre correspondant et des organisations humanitaires présentes sur le terrain, ces attaques ciblent des villages dans les préfectures centrafricaines de la Vakaga et de la Bamingui-Bangoran, des zones déjà fragilisées par l’instabilité chronique. Les assaillants, qui opéreraient depuis le Darfour soudanais, sont accusés de pillages, d’extorsions et parfois d’affrontements directs avec les forces de sécurité centrafricaines.
Une fuite dans la précipitation
« Nous avons tout perdu. Ils sont arrivés à l’aube, armés. Nous n’avons eu d’autre choix que de prendre la fuite dans la brousse », raconte Amadou, un cultivateur rencontré dans la ville de Ndélé, où il a trouvé un refuge précaire avec sa famille. Comme lui, des centaines de personnes ont marché pendant des jours, souvent avec pour seul bagage le peu qu’elles pouvaient porter.
Les nouveaux déplacés viennent grossir les rangs de sites de fortune déjà surpeuplés, où les conditions de vie sont déplorables. Le manque criant d’abris, de nourriture, d’eau potable et de soins médicaux alarme les acteurs humanitaires. « L’accès à ces zones est extrêmement difficile, à la fois pour des raisons logistiques et sécuritaires. Nous faisons face à une crise silencieuse », s’inquiète une responsable d’une ONG internationale sous couvert d’anonymat.
Les racines d’une instabilité transfrontalière
Les experts pointent du doigt la porosité de cette frontière longue de plus de 1 500 km, qui sert depuis des années de sanctuaire à divers groupes rebelles et milices. La crise politique et le conflit qui déchirent le Soudan depuis plus d’un an ont exacerbé les tensions, entraînant une prolifération d’armes et une recrudescence des activités criminelles transfrontalières.
« La situation au Darfour a un impact direct sur la sécurité en RCA. Les groupes armés, qu’ils soient soudanais ou centrafricains, naviguent librement de part et d’autre de la frontière, exploitant le vide sécuritaire », analyse un chercheur spécialiste de la région.
Appels à l’action et réponse gouvernementale
Face à cette escalade, le gouvernement centrafricain a affirmé renforcer le déploiement de ses forces armées, appuyées par leurs alliés, le long de la frontière nord. Des patrouilles conjointes auraient été intensifiées pour tenter de sécuriser la zone et empêcher de nouvelles incursions.
De son côté, la Minusca, la mission des Nations Unies en RCA, a déclaré suivre la situation de très près et a appelé « au calme et au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RCA ».
Cependant, sur le terrain, ces mesures peinent à rassurer une population épuisée par des années de conflit. Les communautés locales et les humanitaires lancent un appel pressant à la communauté internationale pour une assistance d’urgence renforcée et une médiation diplomatique entre les deux pays, afin de trouver une solution durable à cette crise frontalière qui ne cesse de jeter des innocents sur les chemins de l’exil.

