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Après avoir contesté les résultats de l’élection présidentielle, Issa Tchiroma Bakary mise tout sur la mobilisation populaire pour faire valoir sa légitimité.

Mais face à un appareil d’État verrouillé, son pari semble des plus périlleux. Faute de soutiens au sein de l’armée ou des institutions, l’opposant mise tout sur la rue pour tenter de renverser le rapport de force. Une stratégie à haut risque face au régime de Paul Biya.

 Le pari de la mobilisation populaire

Face à un pouvoir en place depuis 43 ans, la stratégie d’Issa Tchiroma Bakary repose principalement sur une mobilisation de rue pour tenter de créer un rapport de force.

Contestation de la victoire officielle : Quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote le 12 octobre, Tchiroma Bakary s’est autoproclamé vainqueur du scrutin, revendiquant 54,8 % des suffrages contre 31,3 % pour Paul Biya selon ses propres chiffres. Il a rejeté les résultats officiels qui le donnaient perdant avec 35,2 % des voix contre 53,7 % pour le président sortant.

Appel à la rue et désobéissance civile : Il a immédiatement appelé ses partisans à descendre dans la rue pour « défendre leur victoire » et a organisé des marches pacifiques à travers le pays pour contester la légitimité du processus électoral. Cette stratégie place délibérément « le peuple » au cœur de son offensive politique.

Répression et tentatives de musellement : Le pouvoir a répondu par une répression ferme. Deux de ses principaux soutiens, Anicet Ekane et Djeukam Tchameni, ont été arrêtés à Douala par des hommes « encagoulés et armés » identifiés comme appartenant au Bataillon d’intervention rapide (BIR), une unité d’élite de l’armée. Le gouvernement a également restreint l’accès à Internet sur une grande partie du territoire et interdit les rassemblements publics, des mesures interprétées comme une tentative d’étouffer la mobilisation.

Les alliés politiques et les limites de leur influence

Si Tchiroma Bakary peut s’appuyer sur une coalition et des leaders d’opinion, leur influence réelle face au régime établi semble limitée.

Le soutien de l’Union pour le changement 2025 : Sa candidature était portée par une coalition de partis d’opposition, l’« Union pour le changement 2025 », qui a dénoncé les arrestations de ses membres comme une « intimidation politique » visant à empêcher le respect du « verdict des urnes » .

Un leadership contestataire ancré dans le septentrion : L’ancien ministre est décrit comme ayant réussi à faire « prendre racine » une « fronde populaire » dans le nord du Cameroun, sa région d’origine, qui est devenue son principal bastion de soutien. Les manifestations de soutien les plus importantes ont d’ailleurs éclaté à Garoua, sa ville natale.

L’absence de soutien institutionnel clé : Aucune information dans les résultats de recherche n’indique que Tchiroma Bakary bénéficie du soutien de l’armée ou de puissantes figures institutionnelles. Au contraire, les arrestations de ses proches par le BIR et le rejet de ses recours par le Conseil constitutionnel, une institution décrite comme « remplie de loyalistes » du parti au pouvoir, montrent que les institutions de l’État restent fidèles à Paul Biya.

Les faiblesses structurelles de la stratégie

Les tentatives de Tchiroma Bakary pour inverser le rapport de force se heurtent à plusieurs réalités politiques camerounaises.

L’offre de poste de Premier ministre : Selon des sources citées par Jeune Afrique, Paul Biya lui aurait proposé le poste de Premier ministre pour désamorcer la crise, une offre que l’opposant aurait refusée. Cette manœuvre illustre une tentative du régime de coopter son principal challenger plutôt que de céder à ses demandes.

Un système politique verrouillé : Les analystes décrivent un système électoral autocratique où le parti au pouvoir, le RDPC, a « verrouillé » le système après 43 années de règne. La loyauté des forces de sécurité envers Biya, obtenue par des décennies de « coup-proofing » (mesures anti-coup d’État), rend toute prise de pouvoir par la force improbable.

Une base de pouvoir insuffisamment large : Bien qu’il ait réussi à mobiliser dans son fief du nord, il n’est pas certain que Tchiroma Bakary ait réussi à incarner un front d’opposition véritablement national et uni, capable de déloger un système aussi bien enraciné.

En définitive, Issa Tchiroma Bakary compte principalement sur une pression populaire massive pour tenter d’imposer sa légitimité. Cependant, en l’absence de soutien au sein de l’armée ou des institutions, et face à un régime déterminé à se maintenir, cette stratégie high-risk bute pour l’instant sur les réalités d’un État autoritaire.

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