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Berberati, 19 Décembre 2025 – Des policiers et des agents municipaux ont systématiquement déchiré les affiches de campagne d’Anicet-Georges Dologuélé, un candidat majeur à la présidentielle, soulevant de graves questions sur l’impartialité des autorités à deux semaines d’un scrutin crucial.

Le vendredi 19 décembre 2025, les rues de Berberati, une ville stratégique de l’ouest de la République centrafricaine, ont été le théâtre d’une opération pour le moins insolite. Sous les yeux de résidents surpris, des agents de la police nationale, accompagnés d’employés de la mairie, ont procédé à l’arrachage systématique des affiches de campagne électorale du candidat Anicet-Georges Dologuélé.

Cet événement intervient à un moment charnière, à peine deux semaines avant le quadruple scrutin présidentiel, législatif, municipal et régional prévu pour le 28 décembre. Dans un contexte électoral déjà tendu, marqué par une insécurité persistante et des enjeux de légitimité pour le président sortant Faustin-Archange Touadéra qui brigue un troisième mandat controversé, cette action ciblée a jeté un froid et ravivé de vieux démons politiques.

Le contexte d’une campagne sous haute tension

L’élection présidentielle de 2025 en Centrafrique est l’une des plus disputées de ces dernières années. Elle oppose sept candidats, dont trois figures emblématiques :

· Faustin-Archange Touadéra, le président sortant (Mouvement Cœurs Unis – MCU)

· Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et principal opposant (Union pour le Renouveau Centrafricain – URCA)

· Henri-Marie Dondra, autre ancien Premier ministre

La campagne officielle, lancée le 13 décembre, bat son plein dans un climat de défiance. Dologuélé, considéré comme un adversaire sérieux capable de mettre en ballotage le président sortant comme il l’a fait en 2015, a récemment scellé une alliance électorale avec Serge BOKOSSA. Cette coalition a été perçue comme une menace directe pour le pouvoir en place, créant une polarisation extrême.

Parallèlement, les autorités ont massivement déployé forces de police et militaires dans plusieurs villes, dont Berberati, officiellement pour « rassurer la population » et garantir la sécurité en période pré-électorale. C’est dans ce cadre de surveillance renforcée qu’est intervenue l’opération contre les affiches.

Un acte aux multiples interprétations

Les motivations derrière cet arrachage ciblé restent floues et donnent lieu à des interprétations contradictoires.

· Version officieuse des autorités locales : Certaines sources proches de la mairie évoquent un problème de régularité. Les affiches de Dologuélé auraient été placardées sur des panneaux publicitaires privés sans l’autorisation des propriétaires ou sur des supports municipaux en violation d’un règlement local. L’action serait donc une simple opération de respect de la loi et de la propriété.

· Version de l’opposition et des observateurs : Pour les partisans de Dologuélé et plusieurs observateurs politiques, l’explication est tout autre. Ils y voient un acte d’intimidation politique délibéré, visant à entraver la campagne du principal rival du président sortant. Le fait que seules ses affiches aient été visées, et que l’opération ait été menée par des forces de l’ordre, confère à l’action un caractère officiel et répressif. Un cadre de l’URCA, sous couvert d’anonymat, a dénoncé une « méthode musclée pour réduire au silence l’opposition » rappelant les pratiques d’époques révolues.

Un rappel des fragilités démocratiques centrafricaines

Cet incident à Berberati résonne comme un écho inquiétant aux fragilités structurelles de la démocratie centrafricaine. Les précédents historiques du pays sont éloquents : depuis des décennies, les dialogues nationaux, les pactes de réconciliation et les recommandations issues de grands fora n’ont été que très partiellement appliqués par les autorités successives.

Le Dialogue National de 2003 avait pourtant dressé un constat sévère, soulignant l' »absence d’institutions véritablement démocratiques » et la « fragilisation de la cohésion sociale », tout en fixant comme objectif le « renforcement des bases de la démocratie par l’assainissement du climat socio-politique ». Plus de vingt ans après, la question « Les principes démocratiques sont-ils respectés en République centrafricaine ? » reste d’une brûlante actualité, régulièrement débattue dans les médias et la société civile.

Le test de crédibilité du processus en cours repose désormais sur la réaction des institutions. La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et la Cour Constitutionnelle seront scrutées. Leur capacité à enquêter sur cet incident et à garantir un traitement strictement égalitaire de tous les candidats jusqu’au 28 décembre sera déterminante pour la légitimité du scrutin.

Alors que les Centrafricains s’apprêtent à voter, l’ombre d’un doute plane. À Berberati, des lambeaux d’affiches arrachées symbolisent les déchirures d’une nation encore à la recherche d’une paix et d’une démocratie apaisées et durables.

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