Exclusif – Bangui
Bangui, le 03 Décembre 2025 -Une nouvelle affaire de violation de domicile secoue Bangui et jette une lumière crue sur les méthodes de la police centrafricaine.
Dans la journée du mercredi 03 Décembre 2025, des éléments des forces de l’ordre (ORCB et CNS) ont fait irruption au domicile de Me Crépin Mboli-Goumba, coordonnateur des partis politiques d’opposition réunis au sein du BDRC.
Problème majeur : l’avocat et opposant était absent de la capitale, et les agents n’étaient pas porteurs d’un mandat de perquisition, selon plusieurs sources concordantes proches de la victime et des témoins du voisinage.
Une opération aux motivations troubles
L’action, qualifiée de « bavure » par des observateurs des droits de l’homme, s’est déroulée en l’absence de tout cadre légal « C’est une violation flagrante de la loi ».
Le domicile est inviolable. Sans mandat délivré par une autorité judiciaire, cette intrusion est purement et simplement illégale, s’indigne un juriste banguissois, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles.
L’affaire prend une dimension politique avec la fonction de la victime. Me Crépin Mboli-Goumba est une figure de l’opposition, connu pour ses critiques frontales à l’égard du pouvoir. Selon plusieurs analystes politiques locaux, cette opération relèverait moins d’une procédure judiciaire légitime que d’une manœuvre d’intimidation.
« L’amateurisme et l’envie de plaire » dénoncés
C’est l’analyse qu’en fait un cadre de la société civile, ayant requis l’anonymat. « On est face à un mélange détonnant d’amateurisme et d’envie de plaire au président de la République, encore, souffle-t-il ». Certains responsables, à la tête de la police, cherchent à montrer leur zèle en ciblant les voix discordantes, quitte à piétiner les textes qu’ils sont censés faire respecter.
La police nationale, placée sous l’autorité du Directeur Général Bienvenu Zokoue, est directement mise en cause. Elle n’a, à ce stade, communiqué aucune information officielle pour justifier cette intervention. Les tentatives de notre rédaction pour obtenir une réaction de la Direction Générale de la Police Nationale ou du ministère de l’Intérieur sont restées vaines.
Réactions et silence embarrassant
Du côté du BRDC, la colère est palpable. Le BRDC va déposer une plainte officielle et réclame l’ouverture d’une enquête disciplinaire et judiciaire contre les auteurs de cet acte. « C’est une attaque inadmissible contre la démocratie et l’État de droit. Nous exigeons des sanctions exemplaires », a déclaré un porte-parole du mouvement.
Les organisations de défense des droits de l’homme s’alarment de la répétition de tels agissements. Cette affaire s’inscrit dans un contexte inquiétant de rétrécissement de l’espace civique et de harcèlement des opposants.
L’impunité dont bénéficient souvent les forces de sécurité encourage ces dérives, estime un représentant local d’une ONG internationale.
L’absence de réaction officielle et le silence des autorités policières contribuent à alimenter les interrogations.
Cette perquisition illégale, perçue comme un signal politique adressé à l’opposition, risque d’envenimer un climat déjà tendu, quelques semaines seulement avant les tenues des élections groupées de 28 Décembre 2025.
Elle pose surtout une question fondamentale : la loi est-elle la même pour tous en Centrafrique, ou certains services se croient-ils au-dessus d’elle pour servir des intérêts particuliers ?
Notre rédaction a tenté à plusieurs reprises de joindre Me Crépin Mboli-Goumba pour recueillir son témoignage, sans succès pour l’instant.

