Du 23 au 27 février 2026, dans un gymnase modeste de la banlieue parisienne, l’ancien meneur de l’équipe nationale centrafricaine, Mickaël Mokongo, organisera un camp de détection de jeunes talents. Une initiative louable, mais qui soulève une interrogation : pourquoi Paris, et pas Bangui ? Interrogée par notre journaliste, la légende du basketball centrafricain a livré une réponse aussi simple que désarmante, renvoyant chacun à ses responsabilités.
VILLEMOMBLE (SEINE-SAINT-DENIS), le 17 Février 2026 – Ici, pas de parquet flambant neuf ni d’infrastructures dernier cri. Juste l’odeur du vieux bois, le bruit sec des dribbles et les cris d’encouragement d’une quarantaine de jeunes basketteurs. Venus de toute l’Île-de-France, ils ont entre 13 et 18 ans et un rêve commun : percer dans le monde impitoyable de la balle orange. Pendant cinq jours, sous l’œil expert de Mickaël Mokongo, ancien joueur de Pro A et international centrafricain, ils apprendront les fondamentaux, le travail d’équipe et la rigueur.
« C’est un baume au cœur », confie Mokongo entre deux exercices, essuyant la sueur de son front. « Voir cette flamme dans leurs yeux, cette envie d’apprendre… Ça me rappelle pourquoi j’ai commencé. »
Mais alors que le camp battra son plein, une question taraude les observateurs. Pourquoi l’ancien « Fauve du Bas-Oubangui » a-t-il choisi la banlieue parisienne plutôt que sa terre natale pour transmettre son savoir ? Pourquoi ne pas aller chercher ces talents à Bangui, là où le basketball est roi, mais où les infrastructures sont en ruine ?
Notre journaliste a posé la question, sans détour. La réponse de Mickaël Mokongo, d’abord silencieux, le regard perdu dans le lointain, est cinglante de lucidité.
« J’aurais adoré. Tu ne peux pas imaginer à quel point j’aurais aimé organiser ça à Bangui, à Mbaïki, ou à Bangassou », a-t-il lâché, la voix teintée d’une amertume palpable. « Mais pour organiser un camp en Centrafrique, il faut l’autorisation du ministère des Sports. Ça fait un an que je l’attends. Un an. »
« Ils préfèrent que je reste là-bas »
Il sort alors son téléphone et fait défiler des captures d’écran. Des courriers, des relances, des accusés de réception. « Regarde. J’ai envoyé des dossiers, j’ai proposé de tout financer moi-même, d’amener du matériel, de faire venir des coachs. Je ne demande pas un franc à l’État. Je demande juste qu’on me laisse faire. Et je me heurte à un mur. Le silence. »
Le constat est terrible. Là où un simple gymnase de banlieue parisienne ouvre ses portes en quelques semaines grâce à l’appui des collectivités locales françaises, les portes de la patrie restent closes. « Alors tu vois, je suis venu là où on m’accepte, là où on veut bien de moi. En France, on m’a dit ‘viens, on a besoin de toi pour encadrer la jeunesse’. En Centrafrique, on me dit, par le silence, ‘reste où tu es’. »
Son analyse va plus loin. « Ils préfèrent que je reste à l’étranger. Un ancien sportif qui revient avec des projets, de l’expérience et une notoriété, ça peut déranger. Ça montre que l’État est absent. Ça montre qu’on peut faire sans eux. Alors ils préfèrent qu’on ne revienne pas. »
Un pays qui perd sa mémoire
Cette situation est d’autant plus paradoxale que la République Centrafricaine qui est une terre de basketball. Dans les années 70 et 80, l’équipe nationale, les « Fauves », faisait trembler l’Afrique. Mais aujourd’hui, faute d’investissement et de volonté politique, ce patrimoine se meurt.
« Regarde ces gamins », dit Mokongo en désignant les jeunes joueurs. « Ils sont concentrés, ils ont faim. En Centrafrique, il y a des milliers de Mickaël Mokongo qui dorment dans des quartiers sans terrain praticable. Mon camp ici, c’est une goutte d’eau. Mais mon camp là-bas, ça aurait été une rivière. »
Alors, il continue. Il donne des conseils, corrige des gestes, raconte ses matchs contre la France ou l’Angola. Il transmet. Mais dans le fond de ses yeux, on lit la tristesse de celui qui sait que son héritage est en train de se construire à 6 000 kilomètres de chez lui.
« Je finirai par rentrer, un jour. Et j’organiserai ce camp, avec ou sans eux », promet-il, un sourire en coin. Mais d’ici là, ce sont les jeunes de la banlieue parisienne qui profitent de la science d’un des plus grands joueurs que la République Centrafricaine n’ait jamais produits.
Une victoire pour la France. Une défaite de plus pour un pays qui, décidément, continue de laisser filer ses talents.

