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DÉCRYPTAGE – Le chef de l’État espĂ©rait inaugurer le 59e Salon International de l’Agriculture par une sĂ©quence de dialogue apaisĂ©. Il a dĂ» revoir sa copie. En refusant un format de rencontre collectif, les syndicats agricoles ont posĂ© un premier acte de dĂ©fiance, annonciateur d’une visite sous trĂšs haute tension.

C’est un rendez-vous manquĂ© qui en dit long sur l’état des relations entre l’exĂ©cutif et le monde agricole. Alors que s’ouvre ce samedi la grand-messe de la Porte de Versailles, Emmanuel Macron espĂ©rait incarner un chef de l’État Ă  l’écoute, venant « humus » les oreilles et chercher une sortie de crise par le haut. Mais dĂšs son arrivĂ©e, le protocole a Ă©tĂ© percutĂ© par la rĂ©alitĂ© du terrain.

L’ÉlysĂ©e avait imaginĂ© un format inĂ©dit : une rencontre en « collectif » avec l’ensemble des organisations professionnelles agricoles (syndicats et jeunes agriculteurs) avant de se frotter Ă  l’épreuve du feu du bain de foule. Un moyen de montrer que la porte Ă©tait ouverte, de cadrer le dĂ©bat et d’éviter les dĂ©bordements. C’était sans compter sur la dĂ©termination des syndicats, qui ont opposĂ© un « front du refus » cinglant Ă  cette invitation.

La stratégie de la chaise vide

Pourquoi un tel camouflet ? Officieusement, les reprĂ©sentants agricoles dĂ©noncent un « dialogue de dupes ». Depuis la crise de l’automne et les annonces faites lors du Sommet de l’élevage Ă  Cournon, les agriculteurs attendent des actes concrets, pas des rencontres formatĂ©es. Refuser ce prĂ©-formatage collectif Ă©tait pour eux une maniĂšre de reprendre la main sur la communication.

Arnaud Rousseau (FNSEA) et VĂ©ronique Le Floc’h (Coordination rurale) ont fait savoir qu’ils ne se prĂȘteraient pas Ă  un exercice jugĂ© trop lisse. « Ce n’est pas une photo de famille qu’on vient chercher, c’est une politique agricole qu’on veut voir inflĂ©chir », rĂ©sumait en coulisses un responsable syndical. En clair, ils signifient au PrĂ©sident que l’on ne badine pas avec la colĂšre paysanne en espĂ©rant la gĂ©rer par de simples communications de crise.

Un Président sous pression

Pour Emmanuel Macron, l’affaire est plus que symbolique. Le Salon de l’Agriculture est souvent un marqueur du quinquennat. On se souvient des bains de foule de Jacques Chirac, des dĂ©ambulations tranquilles de François Hollande, ou des poignĂ©es de main tendues du premier mandat Macron. Aujourd’hui, c’est l’image d’un chef de l’État confrontĂ© Ă  un interlocuteur qui refuse le dialogue institutionnel qui pourrait prĂ©valoir.

DĂ©sormais, le PrĂ©sident va devoir nĂ©gocier au plus prĂšs du bitume. Sa visite, qui dĂ©bute en dĂ©but d’aprĂšs-midi, s’annonce comme un vĂ©ritable parcours du combattant entre les allĂ©es bondĂ©es, les exploitants excĂ©dĂ©s et des syndicats prĂȘts Ă  en dĂ©coudre. Le format contraint du dialogue risque de se transformer en Ă©preuve de vĂ©ritĂ©.

L’arbre qui cache la forĂȘt ?

Ce boycott est aussi le symptĂŽme d’un malaise plus profond. Au-delĂ  des questions conjoncturelles (Ă©levage, concurrence dĂ©loyale, normes environnementales), c’est le modĂšle mĂȘme de la ferme France qui vacille. La nouvelle gĂ©nĂ©ration, ultra-connectĂ©e et Ă©chaudĂ©e par la malbouffe et les crises sanitaires, n’hĂ©site plus Ă  dĂ©fier frontalement l’autoritĂ© politique.

En refusant de jouer le jeu de la rencontre collective, les syndicats agricoles placent donc Emmanuel Macron face à ses responsabilités. Ils veulent des annonces concrÚtes, immédiates, et non des promesses de commissions ou de futurs projets de loi. La déambulation présidentielle de ce samedi ne sera pas une simple promenade, mais un véritable test de crédibilité.

Une chose est sĂ»re : l’image de ce refus, dĂšs l’ouverture du salon, restera comme l’illustration d’une rupture entre le pouvoir et une profession qui ne se sent plus entendue. Le chef de l’État devra trouver les mots, mais surtout les actes, pour dĂ©samorcer une colĂšre qui, elle, ne faiblit pas.

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