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Bangui, 25 janvier 2026 – Les coupures rĂ©currentes d’électricitĂ© et le manque d’eau potable continuent de dĂ©finir le quotidien des Centrafricains, soulevant des questions brĂ»lantes sur la gestion des ressources publiques et les prioritĂ©s rĂ©elles des gouvernements successifs. Alors que le pays tente de se relever de dĂ©cennies d’instabilitĂ©, ces dĂ©faillances majeures dans les services de base rappellent cruellement que, malgrĂ© les promesses, l’accès Ă  l’Ă©nergie et Ă  l’eau demeure un privilège pour une minoritĂ©.

Une situation critique et des efforts en cours

Ă€ Bangui, l’alimentation en Ă©lectricitĂ© est « fortement perturbĂ©e », selon les termes mĂŞmes de Bienvenu Moni BĂ©a, directeur gĂ©nĂ©ral par intĂ©rim de l’Énergie centrafricaine (Enerca). La sociĂ©tĂ© publique mène actuellement des travaux de maintenance et de digitalisation aux centrales hydroĂ©lectriques vieillissantes de Boali 1 et 2, financĂ©s par la Banque mondiale.

Ces interventions visent Ă  rĂ©duire les pertes techniques et Ă  anticiper les pannes, mais les responsables reconnaissent qu’elles n’augmentent pas la capacitĂ© de production nationale. Cette situation est critique dans un pays oĂą le taux d’électrification n’est que d’environ 16 % (et seulement 2 % en zone rurale) et oĂą la demande de la seule ville de Bangui est estimĂ©e Ă  200 mĂ©gawatts, pour une capacitĂ© installĂ©e totale avoisinant 73 mĂ©gawatts.

Les ambitions vertes face Ă  l’urgence

Le gouvernement a annoncĂ© une stratĂ©gie visant Ă  porter le taux d’Ă©lectrification Ă  50 % d’ici 2030, en s’appuyant sur les Ă©nergies renouvelables qui reprĂ©sentent dĂ©jĂ  près de 70 % de la production. Des projets phares illustrent cette ambition :

· La centrale solaire de Danzi (25 MW), inaugurĂ©e fin 2023 et prĂ©sentĂ©e comme la plus grande d’Afrique centrale.

· Un nouveau parc solaire de 60 MW à Bimbo, en périphérie de Bangui, développé en partenariat avec les Émirats arabes unis.

· Des projets soutenus par la Banque mondiale ayant dĂ©jĂ  permis d’augmenter la capacitĂ© de production nationale de 40 % et de rĂ©duire la dĂ©pendance au diesel de 90 % pour la fourniture complĂ©mentaire.

Malgré ces avancées, le constat sur le terrain reste amer. « J’ai vraiment un problème d’électricité », témoigne Prince Emmanuel Fiomanada, un entrepreneur centrafricain. « La seule solution que moi j’ai trouvé c’est d’avoir une batterie et un panneau solaire ». Cette débrouille individuelle est le lot de nombreux citoyens et entreprises, tandis que les équipements publics, comme les groupes de production de Boali 2 mis en service en 1976, restent vétustes.

La question du financement et des partenariats

L’ampleur des investissements nĂ©cessaires met en lumière les choix de financement du pays. La Banque mondiale est un acteur clĂ©, avec un portefeuille de plus de 400 millions de dollars d’investissements dans le secteur Ă©nergĂ©tique en RCA et en Gambie. Cependant, la coopĂ©ration avec d’autres pays, notamment la Chine, suscite des interrogations quant Ă  son orientation.

La Chine est principalement perçue comme un partenaire dans le domaine des infrastructures routières, comme en témoignent le mémorandum avec la China Communication Construction Company (CCCC) pour la reconstruction du réseau routier et le projet de route Corridor 13 reliant Mbaïki à Mongoumba. Ces projets sont généralement présentés comme des partenariats « gagnant-gagnant » ou des marchés remportés par des entreprises chinoises, plus que comme des dons.

Cela contraste avec la demande de la population de voir les ressources minières, souvent exploitĂ©es par des entreprises Ă©trangères, bĂ©nĂ©ficier directement au financement des services essentiels comme l’Ă©nergie et l’eau.

L’urgence d’une gouvernance renouvelĂ©e

La persistance de cette crise interroge les fondements de la gouvernance. Le principe selon lequel « gouverner, c’est prĂ©voir » semble mis Ă  mal par une gestion rĂ©active plutĂ´t que prospective. L’absence de système de maintenance prĂ©ventive robuste et d’approvisionnement efficace en pièces de rechange pour l’Enerca en est une illustration.

La 7e RĂ©publique, dont se rĂ©clament les autoritĂ©s actuelles, se trouve ainsi face Ă  une promesse cruciale : celle de placer le bien-ĂŞtre de sa « population tant dĂ©sespĂ©rĂ©e » au cĹ“ur de l’action publique. Cela implique non seulement de poursuivre la modernisation technique avec une vision Ă  long terme, mais aussi d’assurer une transparence totale sur l’allocation des ressources publiques et les revenus des exploitations minières.

L’atteinte de l’objectif de 50 % d’Ă©lectrification d’ici 2030 sera le vĂ©ritable indicateur de cette nouvelle orientation. En attendant, chaque jour sans eau potable ni Ă©lectricitĂ© fiable rappelle aux Centrafricains le chemin encore long vers une reconstruction vĂ©ritablement inclusive et tournĂ©e vers l’avenir.

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