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Brazzaville, 21 janvier 2026 — Le président congolais Denis Sassou Nguesso convoque ce jeudi 22 janvier un sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) à Brazzaville. Cette réunion d’urgence, organisée à peine quatre mois après le dernier sommet ordinaire, intervient dans un contexte où les alertes du Fonds Monétaire International (FMI) sur les risques systémiques pesant sur la zone se font plus pressantes.

Le FMI a en effet exprimé ses vives inquiétudes concernant trois piliers essentiels de la stabilité régionale :

· Les réserves de change gérées par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC).

· La trajectoire budgétaire des États membres.

· La solidité des banques locales.

L’institution financière internationale a directement encouragé cette mobilisation politique rapide pour trouver des réponses coordonnées.

Un contexte régional alarmant

Les six pays de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Tchad) évoluent dans un environnement mondial de plus en plus contraignant. Ils font face à une conjonction de menaces :

· Resserrement des conditions financières mondiales et remontée des taux d’intérêt.

· Volatilité des prix des matières premières, notamment du pétrole, dont dépendent fortement les exportations de la plupart des pays membres.

· Une baisse anticipée des cours pétroliers qui pourrait exercer une pression directe sur les recettes d’exportation et les équilibres budgétaires.

Des fragilités structurelles persistantes

Au-delà du contexte international, la région est minée par des faiblesses internes qui amplifient les risques :

· Une dépendance économique extrême aux hydrocarbures pour plusieurs États.

· Un endettement public élevé dans plusieurs pays, avec un service de la dette qui grève les budgets nationaux.

· Une faible mobilisation des recettes non pétrolières et des retards dans les réformes budgétaires.

Cette situation fait craindre qu’un choc touchant un seul pays ne devienne rapidement systémique, mettant à l’épreuve la solidarité et la crédibilité de l’union monétaire.

Un sommet test pour la gouvernance et la solidarité régionales

La tenue de ce sommet, en dehors du calendrier habituel, est un signal politique fort. Pour le président Denis Sassou Nguesso, qui a pris la présidence tournante de la Conférence des chefs d’État en septembre 2025, ce mandat commence sous de fortes contraintes économiques, bien éloignées des auspices qu’il aurait pu souhaiter.

Son rôle est désormais de faciliter un dialogue urgent entre capitales pour dégager une ligne commune et afficher une capacité collective à sécuriser les équilibres de la zone.

Au cœur des discussions de jeudi figureront :

· L’état des finances publiques de chaque État membre.

· La soutenabilité des programmes en cours avec le FMI.

· La coordination des politiques budgétaires et monétaires.

· Le renforcement des institutions communautaires (BEAC, Commission de la CEMAC).

Des enjeux qui dépassent l’urgence

Les décisions qui seront prises ou esquissées à Brazzaville seront scrutées par les marchés, les partenaires internationaux et les populations. L’enjeu dépasse la simple gestion de crise à court terme : il s’agit de réaffirmer la viabilité du projet monétaire commun dans un monde économique devenu moins indulgent.

La CEMAC est à la croisée des chemins : elle doit démontrer qu’elle peut anticiper les chocs plutôt que les subir, et que la solidarité régionale peut prévaloir face aux intérêts nationaux immédiats. La crédibilité économique et politique de l’Afrique centrale se joue en partie dans la capitale congolaise ce jeudi.

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