Dans un mémorandum adressé à Antonio Guterres, des chefs communautaires accusent l’État, les mercenaires russes et la MINUSCA de crimes systématiques.
Zémio, République Centrafricaine 19 janvier 2026 – Alors que Bangui célèbre la réélection du Président Faustin-Archange Touadéra, une voix lointaine et désespérée émerge des confins du pays.
La population civile du Haut-Mbomou, majoritairement issue de l’ethnie Azande, a adressé un mémorandum alarmant au Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres. Le document, daté du 15 janvier 2026 et obtenu par notre rédaction, décrit une situation qu’il qualifie de « tentative manifeste de génocide et d’extermination ».
L’Accusation : Une Campagne Systématique de Persécution
Le mémorandum dresse un récit accablant en sept points, peinturant une région abandonnée et soumise à une violence ethnique ciblée.
Les allégations centrales incluent :
· Abandon historique de l’État : Absence d’infrastructures, de services et de forces de sécurité régulières.
· Violences armées multiples : La communauté aurait successivement subi les exactions de braconniers, de la LRA de Joseph Kony, du groupe armé UPC, et désormais des mercenaires russes associés aux Forces Armées Centrafricaines (FACA).
· Exécutions extrajudiciaires et disparitions : Les signataires citent nommément deux soldats Azande, BAKOYOGO Célestin Lemane et GOUENGUE Elie, qui auraient été arrêtés à Bangui puis remis aux mercenaires russes pour être exécutés en janvier 2025.
· Répression collective actuelle : Le document affirme que des « rafles quotidiennes » et des chasses à l’homme visent les civils Azande à Zémio, Obo et dans d’autres localités, poussant des milliers de personnes à fuir vers la République Démocratique du Congo.
La Complicité Alléguée de la MINUSCA
L’accusation la plus lourde envers la communauté internationale concerne la Mission des Nations Unies en RCA (MINUSCA). La population l’accuse de « collaborer activement » avec les mercenaires russes, leur fournissant un appui logistique et opérationnel au détriment de la protection des civils Azande.
Cette accusation contraste avec le mandat officiel de la MINUSCA et ses communications publiques, qui mettent en avant ses efforts pour protéger les civils et stabiliser la région.
Contexte : Une Spirale de Violence Ethnique et Sécuritaire
Cette plainte s’inscrit dans un conflit complexe et enraciné. Le Haut-Mbomou, enclavé et loin de la capitale, est le théâtre de tensions anciennes entre communautés agricoles Azande et éleveurs peuls.
Chronologie des tensions récentes :
· Mars 2023 : Face aux attaques du groupe rebelle UPC (à dominante peule), des jeunes Azande forment la milice d’autodéfense Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG).
· 2024 : L’armée centrafricaine et les paramilitaires russes intègrent une partie de cette milice pour combattre l’UPC. Cette collaboration, mal gérée, dégénère rapidement.
· Mai 2025 : Bangui suspend le processus d’intégration, désarme certains miliciens. Les autres, hostiles, rejoignent la brousse, fragmentant la milice et exacerbant les risques de violence.
· Juin 2025 : La MINUSCA annonce qu’une de ses patrouilles près de Zémio a été attaquée par des « éléments armés », blessant deux casques bleus.
· Novembre 2025 : Un rapport d’International Crisis Group estime que les violences liées à cette milice ont fait près de 200 morts et des milliers de déplacés, majoritairement des Peuls, illustrant l’engrenage des violences intercommunautaires.
Les Demandes Urgentes Adressées à l’ONU
Face à ce tableau, les signataires du mémorandum lancent un appel pressant à l’ONU pour :
1. Mettre fin immédiatement aux opérations contre les Azande.
2. Ouvrir une enquête internationale indépendante sur les crimes des mercenaires russes, de certaines unités des FACA et de la MINUSCA.
3. Exiger le retrait des mercenaires russes du Haut-Mbomou.
4. Tenir l’État centrafricain responsable des crimes contre l’humanité.
Peut-on Vraiment Savoir ce qui se Passe à Zémio ?
La question posée par les civils du Haut-Mbomou est fondamentale : le monde peut-il savoir ? La réponse est mitigée. D’un côté, des organisations internationales et des médias documentent la crise. De l’autre, l’isolement géographique extrême de la région, le manque chronique d’infrastructures et la présence de multiples acteurs armés rendent l’accès et la vérification des faits extrêmement périlleux. Le contraste est frappant entre le récit de persécution du mémorandum et le discours officiel de progrès sécuritaire soutenu par la MINUSCA.
Le mémorandum conclut par une mise en garde sévère : « l’histoire jugera le silence face à l’extermination d’un peuple ».
Il place la balle dans le camp des Nations Unies, alors que la RCA, officiellement en voie de stabilisation, semble abriter dans ses provinces reculées une crise humaine d’une gravité rare.

